De haut en bas et de gauche à droite : basket cuir Atelier PM, doubles boucles Jacques & Déméter, derby Paraboot, chukka Kost, derbies souples Empreinte Shoes, running cuir et daim Delicate Run, richelieus J.M. Weston

Basket Atelier PM en daim gris, derby Paraboot en cuir noir, chukka Kost en daim kaki, derbies souples Empreinte Shoes en cuir caramel, richelieus en cuir bleu J.M. Weston, etc., il y en as pour tous les goûts. © LFH

Monter en gamme. Pour survivre, il faudrait donc que les entreprises françaises montent en gamme. Impossible en effet de rivaliser avec tous les produits venus des pays à bas coûts, alors pourquoi ne pas changer de catégorie et profiter de la bonne image de marque dont bénéficient encore les produits made in France ? Conséquence de ce positionnement : une majorité de consommateurs français ne peuvent plus s’offrir les productions hexagonales, qui s’adressent de plus en plus à la clientèle aisée du monde entier.
Bienvenu dans un monde où les Français consomment chinois, tandis que Chinois, Japonais, Russes ou Américains aisés achètent français…
Cette marche vers le haut de gamme est par exemple déjà très largement engagée pour les chaussures…

Côté hommes, quelques entreprises perpétuent — où tentent de faire renaître — un savoir-faire ancien. Commençons par JM Weston, le symbole du soulier de qualité et made in France. L’entreprise limousine fabrique toujours l’essentiel de ses modèles dans sa région d’origine (quelques modèles « décontractés » sont en revanche importés). Elle est même une des seules à posséder ses propres tanneries, pour les tiges (les Tanneries du Puy), mais aussi pour les semelles de ses chaussures. Egalement positionné très haut de gamme, Robert Clergerie (ex Joseph Fenestrier) commercialise des collections essentiellement fabriquées en France, à Romans-sur Isère, cela même si l’entreprise appartient désormais à un groupe de Hong-Kong. C’est d’ailleurs clairement indiqué sur la semelle. Quand ce n’est pas le cas, c’est que « ça » vient d’ailleurs. Encore plus simple chez Joseph Malinge : ici, toutes les chaussures sont fabriquées dans le Maine-et-Loire. C’est d’ailleurs ce même fabricant qui peaufine les souliers Jacques & Déméter, une marque qui est aujourd’hui devenue exclusivement masculine. Les collections Paraboot sont elles aussi en majorité fabriquées dans l’Hexagone (Isère), notamment les modèles cousus Goodyear ou norvégien. L’entreprise a même récemment rapatrié en France la fabrication de modèles « port » précédemment produits au Portugal. Même principe que pour Weston ou Clergerie : quand c’est made in France, c’est écrit dessus, ou dessous… Quant à l’Alsacien Heschung, il a délocalisé l’essentiel de la fabrication de ses modèles en Hongrie il y a plusieurs années déjà. Aujourd’hui, alors que le « fabriqué en France » retrouve de son lustre passé, l’entreprise produirait à nouveau dans l’Hexagone, l’essentiel des modèles venant cependant toujours de Hongrie, qui dispose d’un vrai savoir-faire qui remonte à l’empire austro-hongrois. Difficile en tout cas de de distinguer le made in France du reste, aucune indication de fabrication ne figurant sur les chaussures. Un même modèle peut semble-t-il être produit dans les deux pays, selon les besoins, les réassorts, etc.. Ce qui ne fait aucun doute en revanche, c’est que les souliers Heschung sont d’excellente qualité, leur fabrication étant véritablement haut de gamme. Il y a aussi Jean-Baptiste Rautureau, marque sœur de Free Lance chez les femmes, dont certains modèles seraient encore made in France, en Vendée. Malheureusement, aucune indication ne permet de distinguer ces modèles des autres. Les richelieus mixtes Repetto, jadis rendus célèbre par Gainsbourg, sont eux aussi made in France, comme l’unique modèle de mocassins pour homme.

Moins chère, la marque  Empreinte Shoes propose des chaussures décontractées style Clarks, 100 % fabriquées en Normandie à partie de cuir « bio » et de caoutchouc recyclé. Confortables et increvables… Quant à Mephisto, que les Allemands croient allemande et les Italiens italienne, il s’agit bien d’un marque française. Raison de cette appropriation par les consommateurs de plusieurs pays : l’absence de marque d’origine. La direction de l’entreprise veut en effet faire de Mephisto la marque internationale par excellence et refuse par conséquent d’écrire made in France. Et pourtant, Mephisto dispose de deux grosses usines, en France et au Portugal, La plus grosse partie de la production se fait désormais dans ce dernier pays, mais il est probable que le marché français soit plus que les autres alimenté par l’usine lorraine de Sarrebourg, où sont en outre effectués entretiens, réparations, ressemelages, etc. On peut également se tourner vers les créations de La Botte Gardiane, fabriquées à 100 % dans l’Hérault, qui a considérablement élargi sa gamme et propose désormais des modèles allant de la sandale à la botte des gardians camarguais, cela pour homme, femme et enfant. Il est également possible d’acquérir les sneakers en cuir et made in Romans d’AtelierPM. L’entreprise qui les fabrique, l’atelier Insoft, commercialise en outre une deuxième marque baptisée Ino (tennis légères en textile). Quant à Zespa, il s’agit d’une marque d’Aix-en-Provence qui propose elle aussi des sneakers, autrement dut des tennis. Tous les modèles Zespa, haut de gamme et très tendance, sont fabriqués dans le sud de la France.  Arcus, qui a délocalisé une partie des opérations de fabrication il y a quelques années, fabrique (assemble ?) cependant encore ses chaussures dans le Béarn. Enfin, ne pas oublier la marque Kost, fabriquée en Maine-et-Loire par les établissements Cléons. La production, exclusivement française lors du lancement de la marque (à l’exception de la ligne « Sport Chic », importée), se fait aujourd’hui en partie au Portugal. Vendues une centaine d’euros, les chaussures Kost sont de construction simple (elles sont soudées), mais suivent de près les tendances et la mode.

De gauche à droite et de haut en bas : escarpin France Mode, sandale Arcus, ballerine Hirica, sandale Parallèle, botte Stéphane Gontard, richelieu Répetto, bottine Stéphane Kélian, derby Clergery. © LFH

Escarpin France Mode, sandale Arcus, ballerine Hirica, sandale Parallèle, richelieu Répetto, derby Clergery, il existe encore des chaussures femme fabriquées en France. © LFH

 

Les femmes seraient paraît-il moins attachées au made in France. Elles changeraient en effet plus souvent de chaussures et seraient du coup moins sensibles à la solidité, aux chaussures qui durent et survivent aux modes successives.
Certaines entreprises citées ci-dessus fabriquent aussi pour femme : Paraboot et JM Weston, Mephisto par exemple, qui le plus souvent féminisent simplement quelques modèles masculins; Free Lance qui, comme sa cousine masculine Jean-Baptiste Rautureau, ne distingue malheureusement plus les éventuelles productions françaises des autres ; Empreinte Shoes, qui produit des chaussures identiques à celles des hommes, mais de couleurs différentes, ainsi que un ou deux modèles spécifiquement féminins. Idem pour Robert Clergerie, mais avec un positionnement haute de gamme luxe. A côté de ses entreprises « mixtes », il en existe aussi d’exclusivement féminines qui produisent toujours dans l’Hexagone. Citons par exemple Stéphane Kélian (haut de gamme-luxe) qui après avoir disparu a été rachetée et propose désormais des collections fabriquées en France et en Italie ; Arche, qui fabrique ses chaussures souples et colorées dans l’Indre-et-Loire ; Parallèle, dont les modèles fabriqués dans le Limousin ciblent en priorité les 24-40 ans ; Karston, marque du groupe Pindière, dont une partie des modèles est made in France, ou encore France Mode, qui produit également en grande partie dans l’Hexagone. Pour toutes ces marques, quand la fabrication est française, c’est écrit dessus. Et lorsque qu’arrivent les beaux jours, surtout ne pas oublier les ballerines Hirica, qui sortent toutes de l’usine landaise historique de l’entreprise. Celles qui préfèrent les marques plus prestigieuses et qui peuvent payer pour opteront pour les ballerines Repetto, marque qui fabrique encore une partie de ses modèles en Dordogne. Certaines ballerines Repetto à talon, quelques richelieus (les Zizi notamment) et babies sont également made in France. Tous les autres modèles de chaussures Repetto viennent par conséquent d’ailleurs, comme la maroquinerie et les vêtements.
Une nouvelle marque, Opéra National de Paris, propose également des ballerines et d’autre modèles femme haut de gamme directement inspirés de l’univers de la danse. La fabrication se fait près de Limoges. Avec son réseau de boutiques présentes partout en France, la marque Bocage est plus facilement accessible. Du coup, même si la proportion de ses chaussures made in France est plus limitée que celle des autres marques, elle a le mérite d’exister. Cela d’autant qu’elle permet à un plus grand nombre d’acheteuses d’y avoir accès, via ces nombreux points de vente.

 

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