Le Chambord, un des modèles made in France les plus populaires de Paraboot. © Paraboot/L’Exception

Le meilleur moyen de bien commencer la nouvelle année est encore de trouver chaussure à son pied. Mais en France, ce n’est pas toujours facile.
Deux informations récentes illustrent, de façons opposées, la façon dont certaines marques tricolores ont traversé les dernières années. Trois des derniers fabricants français de souliers ont en effet connu des sorts très différents.
Le premier, Paraboot, avoue avoir toutes les peines du monde à satisfaire la demande. Cette demande, plus jeune, est notamment drainée par les réseaux sociaux. Un phénomène nouveau pour l’entreprise, qui bénéficie d’un capital de confiance et de sympathie important auprès d’une clientèle d’ordinaire plus âgée. Paraboot est, en effet, réputé pour la qualité de ses chaussures et leur faculté à passer les années. Des qualités dont se soucient en général bien peu les plus jeunes. La fabrication française est également un des signes distinctifs de l’entreprise. Contrairement à la majorité de ses concurrents tricolores, Paraboot n’a jamais délocalisé sa production. Elle au contraire relocalisé un type de fabrication préalablement sous-traité au Portugal, faute de compétences en interne.

Le made in France au féminin, version Clergerie. © Clergerie/L’Exception

Le — mauvais — choix de la délocalisation

C’est une démarche diamétralement opposée qu’a suivi son voisin Hardrige. Pour mémoire, c’est un ancien de chez Paraboot qui a fondé Hardrige dans les années 1980. Pour ce faire, il a repris le vénérable fabricant isérois Trappeur, fondé en 1887, avant de le rebaptiser. Las, ses héritiers ont fermé l’atelier de fabrication au début des années 2010 pour transférer celle-ci au Portugal. Jetant ainsi aux oubliettes plus de 120 années de savoir-faire…
C’est un parcours en partie similaire qu’à suivi l’Alsacien Heschung. Ainsi, c’est le petit-fils du fondateur qui a délocalisé une partie de la fabrication des chaussures maison. Objectif avancé : réduire les coûts, faire face à la concurrence et sauver les emplois de l’entreprise. Car en effet, contrairement à Hardrige, l’atelier de fabrication d’origine est conservé en Alsace. Dès lors, impossible pour les clients de savoir où sont fabriquées les chaussures Heshung. Pour certains acheteurs, cela n’a guère d’importance. Pour celles et ceux qui veulent soutenir la production locale, c’est en revanche rédhibitoire. Le flou entretenu par l’entreprise se révèle contre-productif. Alors que la made in France a le vent en poupe, Heschung ne peut pas le revendiquer, « flou » oblige.

Le fameux mocassin de chez JM Weston, toujours made in France. JM Weston

Le modèle familial malmené

Heschung est finalement placé en redressement judiciaire en 2020, son atelier hongrois fermé. Restée familiale depuis sa création, en 1934, Heschung change finalement de mains en 2021. L’entreprise est reprise par French Legacy Group, un fonds d’investissement qui a déjà mis la main sur Clergerie l’année précédente. Clergerie ? Un autre fabricant français, drômois cette fois, qui, après le départ de son créateur, Robert Clergerie, est passé sous pavillon chinois. Basé à Hongkong, ce propriétaire a « tué » la marque homme — Joseph Fenestrier —, mais a conservé l’atelier maison, à Romans-sur-Isère. Ce qui fait que les chaussures femme Clergerie, haut de gamme et très originales, sont toujours fabriquées en France. Même si certains modèles sont cependant importés.
French Legacy Group, qui s’appuie sur le groupe financier suisse Mirabaud, a pour ambition de redonner ses lettres de noblesse aux savoir-faire tricolores. Ce fonds n’est pas dirigé par un homme d’affaires inconnu, mais par l’ex-ministre Renaud Dutreil. Espérons que cette nouvelle aventure industrielle de l’homme d’affaires-homme politique ne se soldera pas comme s’est tristement soldé la première.

Derby femme Un Si Beau Pas, fabriqué en France. © Un Si Beau Pas

Changements de stratégies ?

Faute de main-d’œuvre hongroise, Heschung confie désormais une partie de la fabrication à un partenaire italien. Parallèlement, la mention « fabriqué en France » a fait son apparition sur le site de la marque, pour certains modèles. Les chaussures sont-elles toutes partiellement fabriquées en Alsace — la piqûre des tiges étant sous-traitée en Italie ? Ou seuls certains modèles sont made in France, mais en intégralité ? Le flou subsiste…
L’heure semble en tout cas aux grandes manœuvres au sein de « la chaussure française ». Un autre de ses représentants, Rautureau Apple Shoes, a lui aussi changé de propriétaire récemment (2017). Fondée en Vendée, en 1870, par Jean-Baptiste Rautureau, l’entreprise et ses nombreuses marques — Jean-Baptiste Rautureau, Free Lance, No Name, Schmoove… — ont quitté le giron familial pour intégré le groupe Marco Polo. Ce nouveau venu, fondé par l’ancien dirigeant de Maisons du Monde, ajoute une nouvelle entreprise à celles qu’il regroupait déjà — Paula K, Bonton, Eric Bompard et Avril Gau. Si Rautureau Apple Shoes a conservé un atelier en France, la majorité de la production se fait à l’étranger (au Portugal et en Tunisie). De nombreux modèles femme de marque Free Lance restent cependant toujours fabriqués en Vendée, à la Gaubretière. Là aussi, difficile pour un client de s’y retrouver…

Bottine 100 % made in France, de chez La Botte Gardiane.

Sous-traitance étrangère vs production locale

Heschung, Clergerie et Rutureau sont, fréquemment, présentés comme les derniers gardiens des savoir-faire haut de gamme français. Force est pourtant de constater qu’ils ont tous, en grande partie, cédé aux sirènes de la délocalisation.
Quelques acteurs — Paraboot, La Botte Gardiane, JM Weston, Kleman (Manufacture Cléon)… — permettent de se chausser local. sans se poser de question (voir ci-dessous). Et lorsque de rares modèles, de chez Paraboot ou JM Weston par exemple, sont fabriqués à l’étranger, c’est clairement précisé.
Ces entreprises démontrent qu’il est possible de fabriquer en France et de prospérer. Avec la Manufacture Cléon et sa marque Kleman, on sait qu’il est même possible de produire du « milieu de gamme » dans l’Hexagone… Quant à La Botte Gardiane, elle demeure familiale et travaille exclusivement en France. Pour ce faire, elle a d’ailleurs inauguré une nouvelle usine, en 2018…
D’autres au contraire prouvent que vendre des chaussures haut de gamme, en partie ou totalement fabriquées à l’étranger, n’est pas synonyme de bonne santé financière. Les nouveaux « maîtres » de ces vieilles maisons rapatrieront-ils la production en France ou continueront-ils à la sous-traiter à l’étranger ?
Réponse dans quelques mois, quelques années…

Vers quelles marques se tourner pour acheter des chaussures made in France, sans se poser de question ?

  • Paraboot Modèles haut de gamme mixtes — derbies, richelieus, bottines, mocassins, sandales —, dont les célèbres Michael, Chambord ou encore Avignon. Tous sont fabriqués en France, à part les sneakers, importés d’Espagne. Cuirs en majorité fournis par des tanneries françaises. Paraboot fabrique ses propres semelles en caoutchouc naturel. Cousu Goodyear, Norvégien et Blake
  • JM Weston Chaussures luxe mixtes, pour l’essentiel made in France. Les sneakers et deux-trois références viennent du Portugal. Les semelles en cuir sont fabriquées avec le cuir de la propre tannerie de l’entreprise. Cousus Goodyear et Blake.
  • La Botte Gardiane Fabrication haut de gamme 100 % française, mixte et enfant. Modèles phares : les fameuses bottes de gardians camarguais. Cuir d’origine française le plus souvent. Montages soudé, mixtes (bottes) et sandalette. L’entreprise propose un ressemelage complet de ses chaussures, même soudées.

  • Manufacture Cléon
    Kleman Chaussures mixtes classiques, milieu de gamme, soudées, mais très résistantes. Elles étaient en effet à l’origine destinées aux professionnels. Cuirs d’origines européennes.
    Le Formier Nouvelle marque homme, milieu de gamme, 100 % made in France. Collection encore réduire de derbies, bottines et sneakers.

  • Clergerie Chaussures femme (bottines, bottes, derbies, escarpins, sandales, etc. ) luxe, très originales. Pour l’essentiel fabriquées en France, à Romans.
  • Un si beau pas Chaussures femme (escarpins, bottines, sandales, tennis… ) 100 % fabriquées en France, à Romans.

  • Atelier Insoft
    AtelierPM Sneakers haut de gamme mixtes en cuir et/ou en toile 100 % made in France, à Romans. Une partie des cuirs (les lisses) et des semelles sont d’origine française. Ressemelage possible.
    Ector Sneakers mixtes en textile recyclé, 100 % made in France.

  • Le Coq Sportif Tennis et baskets homme et femme en partie made in France. Ces modèles « locaux » sont minoritaires, mais clairement identifiés (onglet « Fait en France »).
  • Jules & Jenn Tennis homme et femme en partie made in France. Les autres chaussures sont importées. Les baskets de fabrication française sont facilement repérables (onglet made in France).
  • Sessile Tennis et baskets haute de gamme et écologiques intégralement made in France. Pour homme et femme.