
Les vents restent porteurs pour le secteur du cycle dans l’Hexagone. Les ventes de vélos, en particulier les modèles à assistance électrique, sont au beau fixe et la proportion de fabrication française poursuit sa progression, même si elle demeure minoritaire. Certaines marques, présentes sur le marché depuis de nombreuses années, commercialisent des gammes de modèles de plus en plus riches, leur clientèle s’élargissant en proportion. Problème : ce développement s’accompagne aussi d’un recours aux importations, qui aggravent encore le déficit commercial du pays.
Assembler des composants venus d’ailleurs
La majorité de ces entreprises sont en réalité des assembleurs, qui se fournissent hors de nos frontières en pièces et en composants – cadres, moteurs et batteries, freins, transmissions, etc. –, éléments qu’ils assemblent ensuite dans l’Hexagone. C’est le cas des principaux acteurs, que ce soit Cycleurope – qui est en fait suédois –, la Manufacture française du cycle – qui est suisse – ou encore Arcade. Certains nouveaux venus sont parvenus à s’imposer en moins d’une dizaine d’années, à l’image de Moustache Bikes. Ce dernier bénéficie d’une image haut de gamme, flatteuse, qui lui permet notamment d’exporter une partie de ses modèles, ce qui, pour le coup, contribue à réduire ce même déficit commercial.

Cette marque vosgienne vend ainsi à l’étranger 40 % environ de ses vélos à assistance électrique – de Moustache Bikes n’assemble que des VAE – assemblés en France. Arcade, qui fournit notamment ses Vélib’ à la Ville de Paris, vient pour sa part d’annoncer la mise en place d’une ligne d’assemblage supplémentaire, pour répondre à la demande.
Cependant, de plus en plus d’entreprises entendent aller plus loin, à l’image de certains fabricants de vélos cargos, longtails, bi et autres triporteurs, qui conçoivent et fabriquent – ou font fabriquer – une partie des éléments de leurs machines.
Ne plus seulement assembler, mais aussi fabriquer
C’est le cas de quelques artisans, dont toute la production est made in France, et de marques déjà « installées », qui avancent plus timidement. Douze Cycles, leader français sur le marché du VAE utilitaire, commercialise ainsi certains modèles – la gamme Hêta –, dont le cadre est fabriqué en France. Toujours plus forts : la marque Galian Cycles propose des vélos hybrides cargos et longtail qui sont à plus de 80 % tricolores, grâce à un cadre « maison » et à une motorisation Valeo. Première création de cette nouvelle marque bretonne, le Formidable est capable de transporter deux adultes et deux enfants, grâce à une structure robuste – qui affiche plus de 50 kg sur la balance – et au couple record de 130 nm du moteur Valeo.

La fabrication de ces vélos électriques utilitaires est pour beaucoup dans la renaissance, certes encore timide, des cadres dessinés et fabriqués en France. Des marques de vélos classiques lancent elles aussi dans l’aventure du cadre « bleu-blanc-rouge », à l’image d’Ultima Mobility et de son modèle Multipath, intégralement made in France, ou presque. Même Moustache Bikes commercialise désormais un premier VAE qui repose sur un cadre made in France. Baptisé J, il est décliné en trois versions : le J.on (urbain) ; le J.off (sportif) et le J.all (polyvalent).
Innover et inventer ses propres technologies
D’autres entreprises, comme Anod, ont choisi de se concentrer sur l’assistance électrique. En plus de commercialiser très prochainement son propre VAE – qui sera assemblé en Vendée –, Anod a en effet élaboré et développé son propre moteur, une batterie et un pack de supercondensateurs. Le recours à la technologie des supercondensateurs, qui sont uniquement constitués d’aluminium et de charbon, permet d’utiliser une batterie plus petite, qui contient six fois moins de lithium qu’une batterie conventionnelle de VAE. Grâce à ce système hybride, la batterie ne vient qu’en support des supercondensateurs pour alimenter le moteur. Résultat, cette batterie est légère – 650 g – et de taille réduite, ce qui lui permet de tenir facilement dans un sac et même dans une poche. Pour autant, ce petit gabarit ne l’empêche pas de pouvoir recharger d’autres appareils, comme un mobile. En outre, cette mini-batterie refait le plein d’énergie en seulement 90 minutes, grâce au minichargeur Anod. S’agissant du moteur Ano d, qui a nécessité sept années de R&D, il consomme deux fois moins d’énergie que ses concurrents, grâce notamment à la récupération d’énergie lors de chaque freinage. C’est d’ailleurs pour faciliter cette récupération que le moteur n’est pas implanté dans le pédalier, comme le Valeo notamment, mais dans la roue arrière.

Parti de zéro il y a quelques années, l’Hexagone produit désormais trois moteurs tricolores sur son territoire – Cyclee de Valeo, MHR1 d’Anod et le moteur Virvolt 900 –, auxquels il convient d’ajouter le PWseries S2 de chez Yamaha, dont 100 000 exemplaires sortiront à terme de l’usine du constructeur japonais, à Saint-Quentin.
Passer de l’adolescence à l’âge adulte
Après la quasi-disparition de l’industrie du cycle en France, sa renaissance est tangible depuis une dizaine d’années. L’enfance de la nouvelle filière vélo s’est matérialisée par la création de nouvelles marques, qui importaient tous leurs modèles. En 2024, de nouveaux noms apparaissent dans toutes les régions, au Nord comme au Sud, à l’Ouest, à l’Est et au Centre. Il est même sans doute impossible d’en dresser une liste exhaustive. Avec l’adolescence est venu le temps d’assembler localement certains éléments importants. De plus en de marques commercialisent ainsi des machines qui intègrent des composants fabriqués dans l’Hexagone, comme les roues, les pneus, les cintres, les plateaux, etc. Mieux : ce sont désormais des cadres et des systèmes d’assistance électrique made in France qu’elles veulent proposer à leurs clients. C’est-à-dire le squelette et le cœur de leurs modèles.
Ce mouvement en tout juste entamé, mais il semble durablement enclenché. La route est encore longue avant de retrouver une situation analogue à celle des années 1970-1980, quand l’industrie française du cycle était la plus puissante au monde. Mais comme chacun sait, passer de l’adolescence à l’âge adulte est un processus compliqué qui prend du temps.





Merci pour la mention d’Anod !