Verres Picardie, de Duralex.

© Duralex

Pas question de la jouer nostalgique ni de refaire le coup de la cantine, de l’âge inscrit au fond du verre… L’essentiel n’est pas là, même si les souvenirs, ça compte. L’essentiel, c’est qu’aujourd’hui encore Duralex fabrique des verres et de la vaisselle de très grande qualité, extrêmement solides et bon marché. Au quotidien, que demande-t-on à sa vaisselle ? Qu’elle ne s’ébrèche pas, ne se détériore pas, ne se brise pas, qu’elle passe sans souci au lave-vaisselle, etc. Rien d’extraordinaire sans doute, mais ces qualité ne sont pourtant pas si répandues. Les verres Duralex, eux, les réunissent toutes, et c’est la raison pour laquelle ils sont réputés dans le monde entier. En outre, si par malheur un verre Duralex se brise malgré tout, il le fait d’une façon bien a lui : après le caractéristique bruit mat à l’impact, il s’éparpille sur le sol en petits moreaux carrés. Des cubes sans danger, ou infiniment moins dangereux que les éclats et aiguilles laissés un peu partout par les autres verres… C’est sans doute une des raisons pour laquelle toutes les cantines scolaires en sont équipées.
Duralex est une des marques françaises les plus connues, dans l’Hexagone et ailleurs. Pourtant, le célèbre verre en verre trempé, qui fête cette année ses 70 ans — il a été inventé par Saint-Gobain en 1939 —, a bien failli disparaître en 2005, lors du dépôt de bilan de l’entreprise. Heureusement, un homme d’affaires turc la relance, ferme un des deux sites de production, mais ne parvient pas à redresser la barre, faute d’investissements notamment. Duralex change à nouveau de mains en 2008, repris cette fois par quatre Français, bientôt rejoints par un investisseur libanais. Histoire mouvementée, mais à l’image de ses produits, Duralex resiste et tient le choc. L’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, emploie environ 200 salariés, qui chaque jour fabriquent les verres Gigogne, Picardie et autres Provence.

Mémoire collective
Duralex fait partie de notre mémoire collective. Et pas seulement de la nôtre, si l’on en juge par l’article paru dans Le Devoir en 2005. Il semble en effet qu’au Québec aussi, Duralex ravive bien des souvenirs… Il est d’ailleurs légitime de se demander si, une fois encore, ce n’est pas de l’étranger que le salut du made in France viendra. Ici nombre de managers préfèrent délocaliser et gâcher l’atout considérable de ce label, tandis que les consommateurs achètent, un peu moins cher, leurs verres chez Ikea. Quitte à refaire la queue quelques mois plus tard pour remplacer les verres déjà cassés… Est-ce d’ailleurs la raison pour laquelle le site Internet de Duralex est en anglais — le PDF de la collection est heureusement bilingue ?
Un petit studio de création, Onze Dixième, n’est pas de cet avis, qui vient d’éditer une gamme de verres Duralex Gigogne personnalisés. Sur la fameuse ligne horizontale de ces verres ventripotents se baladent des animaux colorés, et quelques mots. On peut lire par exemple, à côté d’un petit lapin orange : « Et ben mon lapin… T’es plus tout jeune ! »
L’âge, toujours l’âge… Les chiffres inscrits au fond des verres correspondent aux numéros des moules dans lesquels ils ont été coulés. Et comme il n’y a « que » quarante-huit moules, impossible d’être plus âgé. Un joli subterfuge pour arrêter le temps.

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