Deux chiffres, simplement : la France a fabriqué moins de 1 million de voitures au premier semestre 2011, pendant qu’il en sortait environ 3 millions des usines allemandes. Il y a dix ans, le différentiel de production n’était que de 40%, en faveur de l’Allemagne. Outre-Rhin, les constructeurs ont depuis augmenté leur production de 1 million d’unités ; en France, les constructeurs nationaux ont divisé la leur par deux. Encore un coup de la Chine sans doute…
Comme le précise La Tribune, « En 2010, le solde commercial des voitures neuves était négatif de plus de 7 milliards d’euros pour les voitures particulières, auquel il faut ajouter un déficit de 1,3 milliard pour les utilitaires légers. Le secteur contribue d’ailleurs à hauteur de 10 % aux importations totales de la France. » Il n’y a pas si longtemps, l’automobile était encore un des rares postes excédentaires de la balance commerciale française.
Ce déficit n’est pas dû à une plus forte pénétration des marques étrangères, mais à la diminution de la production domestique.
Premier responsable, Renault. L’ex régie nationale, dont l’Etat détient toujours 15 % environ, ne fabrique plus que 20% de voitures dans son pays d’origine. Soit le taux le plus bas de tous les grands constructeurs ! On est le numéro 1 que l’on peut… Les 80 % « restants » sont espagnols, marocains, roumains, slovènes, turcs, coréens, bientôt algériens, etc. Renault, la “mondialisation heureuse” à lui tout seul !  Certes, il y aura bien quelques voitures électriques, censées sortir d’usines française dans un avenir plus ou moins proche. Mais encore faudra-t-il pouvoir recharger leurs batteries facilement…
Nissan, son partenaire dans l’Alliance, vient de faire un petit geste pour l’industrie française. L’entreprise japonaise a en effet sélectionné cinq fabricants européens de bornes de recharge rapide — capables de redonner 80 % de son énergie à une batterie en une demi-heure — pour produire, sous licence, les modèles qu’il a conçus. Le Japonais espère ainsi faire baisser le prix de ces bornes rapides — qui permettraient une utilisation presque « normale » du véhicule électrique — de 25 000 à 10 000 euros. Il s’agit pour ce constructeur d’accélérer le déploiement des points de rechargement et d’inciter ainsi les consommateurs à rouler électrique, en Nissan Leaf de préférence. Parmi les fournisseurs sélectionnés, DBT, une petite entreprise française, leader mondial sur son marché, qui n’avait pourtant été ni conviée ni consultée par les pouvoirs publics hexagonaux lorsqu’il s’était agit d’élaborer les infrastructures nécessaires à l’expansion de la voiture électrique. Las, Renault sera peut-être le seul constructeur à choisir un standard différent de celui adopté sur les bornes DBT-Nissan…
Mais peu importe après tout, puisque les autorités et la filière voiture-électrique française viennent de réaffirmer leur engagement. N’est-ce pas là l’essentiel ? En ce qui nous concerne, pendant que tout ce beau monde pond rapports sur rapports et livres de toutes les couleurs, nous nous contenterons de guetter les premières Autolib-Bolloré (à ce jour franco-italiennes) dans les rues de Paris…