Atos va fournir un supercalculateur BullSequana à la Norvège. Ci-dessous, le Jolio-Curie, décoré par C-215 et livré au GENCI début juin. © DR

L’Europe du Nord et celle de l’Est sont, économiquement, les chasses gardées des entreprises allemandes. L’automobile, produit populaire s’il en est, est à cette image exemplaire : les constructeurs d’outre-Rhin dominent sans partage ces marchés, en compagnie du suédo-chinois Volvo au Nord, et de Skoda à l’Est. Les pays scandinaves plébiscitent ainsi les modèles haut de gamme de Volkswagen, Audi, Mercedes et BMW, alors que les ex-républiques populaires se rabattent sur ceux de Skoda, marque tchèque aujourd’hui propriété de Volkswagen. Dacia, marque roumaine du groupe Renault, parvient elle aussi à exister à l’Est, mais plus modestement.
Autre secteur symbolique : l’armement. Ces deux régions achètent en priorité américain, notamment pour ce qui est de leurs avions de chasse, ou allemand, pour leurs navires et sous-marins notamment. Dans ces deux régions, la France n’existe pas, ou presque…
Le succès remporté par Atos en Norvège en est d’autant plus méritoire… Le groupe informatique tricolore vient en effet de signer un contrat de quatre ans pour livrer un nouveau supercalculateur à Uninett Sigma2, le gestionnaire de l’infrastructure nationale de calcul scientifique. Ce supercalculateur, le BullSequana XH2000, deviendra alors le plus puissant du pays et permettra aux chercheurs norvégiens de bénéficier d’une puissance de calcul cinq fois supérieure à celle dont ils bénéficiaient jusqu’à présent, via la machine fournie par le Chinois Lenovo.
Outre sa puissance de calcul, l’offre d’Atos disposait d’un argument de poids pour séduire la Norvège, un pays très engagé contre le réchauffement climatique : une consommation d’énergie est très inférieure à celle de ses concurrents. Le BullSequana XH2000 est en effet refroidi à l’eau, via la solution Direct Liquid Cooling (DLC), brevetée par Atos, alors que les autres le sont grâce à la climatisation, très énergivore. Ensuite, l’essentiel de l’énergie consommée lors des calculs intensifs sera récupéré, via l’eau chauffée pendant le refroidissement, pour chauffer les bâtiments du campus de la Norwegian University of Science & Technology. Enfin, ce sont uniquement des centrales hydroélectriques qui fourniront l’électricité indispensable aux calculs.
Atos est le seul fournisseur européen de supercalculateurs — raison pour laquelle ce n’est pas une offre allemande qui a été choisie par la Norvège ? —, ses concurrents étant américains, chinois et japonais. Il l’est devenu « fabricant d’ordinateurs » grâce au rachat de Bull en 2014, ce qui permet au groupe, qui emploie 110 000 personnes dans 73 pays, d’être aujourd’hui présent sur les marchés du soft et du hardware. Il commercialise en outre des smartphones sécurisés, baptisés Hoox, également développés et fabriqués par Bull.