La maladie de Panama menace de détruire les plantations de bananes d'Amérique centrale et de Colombie.
Partout, dans tous les magasins, la même banane : la Canvendish. © Pixabay

Une seule espèce est touchée et tout est décimé. Cette version reformulée d’un célèbre vers de Lamartine s’applique à merveille au monde agricole actuel, et en particulier à celui de la culture de la banane. Le champignon qui menace désormais les plantations géantes d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud risque à terme de provoquer la disparition de la banane des magasins. La fusariose TR4, c’est le nom de ce champignon, fait en effet pourrir les bananes et, à ce jour, il n’existe aucun remède. Pis : la fusariose TR4, que l’on appelle aussi « maladie du Panama », peut rester pendant plusieurs dizaines d’années dans le sol. Résultat : impossible pour les cultivateurs de planter de nouveaux bananiers.

La même banane pour tous : un modèle qui a déjà failli

D’ordinaire, ce type de parasites s’attaque plus particulièrement à une variété de plante et ne nuit pas — ou moins — aux autres. C’est le cas de celui-ci, qui est particulièrement friand de bananes Cavendish. Le problème est que cette espèce représente aujourd’hui 95 % environ des bananes commercilisées. Où il a apparaît que l’homme n’apprend décidément rien, ou très peu, de l’histoire et des expériences passées. Avant que la Cavendish ne devienne la reine des bananes, dans les années 1960, c’était la banane dite Gros Michel qui dominait le marché. Jusqu’à ce qu’une certaine fusariose TR1, grand-mère — ou grand-tante — du champignon actuel, ne ravage ses cultures. Destinée à maximiser les rendements et donc les profits, cette politique de la banane unique a été décidée par des multinationales américaines comme Chiquita, ex United Fruit Company. Celles-ci disposaient en effet d’immenses exploitations dans les pays d’Amérique centrale et en Colombie et pouvaient imposer leurs choix, malgré la résistance des petits exploitants locaux. Ces pays latino-américains sont alors très rapidement soumis aux intérêts économiques états-uniens. Au point de donner naissance à une nouvelle catégorie de pays : la république bananière. L’histoire risque donc de se répéter très prochainement, malgré les pesticides dont sont gorgées les bananes produites par ces multinationales. Mais quelle banane pourrait demain remplacer la Cavendish, alors que la Gros Michel, qui reste très présente dans d’autres régions du monde, ne résiste pas non plus à « la maladie du Panama » ?

Introduire de la variété et promouvoir la banane tricolore

En France, plus précisément en Guadeloupe et à la Martinique, on prend cette menace très au sérieux. La culture de la banane y est un effet le secteur économique le plus important. La fusariose TR4 risque de s’implanter sur ces îles alors qu’un effort sans précédent y est mené depuis une dizaine d’années pour se débarrasser des produits phytosanitaires. Et les résultats sont — étaient ? ­— très encourageants, comme en témoigne la commercialisation à petite échelle de la banane Cirad 925. Cette nouvelle espèce, mise au point par la Cirad, l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes, pourrait même décrocher le précieux label bio européen. L’arrivée de la fusariose TR4 risquerait donc, à terme, de détruire tout le travail accompli, même si la Cirad 925 semble mieux résister aux champignons que la Cavendish, cela sans utiliser le moindre pesticide. Les ingénieurs agronomes tricolores travaillent en outre sur un autre « prototype » de banane, la MA13 Cavendish, qui semble résister à la fusariose TR4…
L’agriculture intensive et industrielle, introduite après la Seconde Guerre mondiale sous l’impulsion des États-Unis, montre de plus en plus ses limites, souvent ses dangers.
Peut-être cette nouvelle catastrophe bananière permettra-t-elle de mettre un terme à la domination de la toute puissante banane-dollar et de réintroduire un peu de variété. Il existe près de 1 000 espèces de bananes et plus nombreuses sont les variétés cultivées, plus limités sont les ravages provoqués par un seul et même champignon ou insecte. Après tout, ne dit-on pas parfois qu’à quelque chose malheur est bon ?