L’usine vendéenne de Hoffmann Green Cement ressemble plus à un hypermarché qu’à une usine de fabrication de ciment. Pas de cheminée, mais des trackers solaires… © Hoffmann Green Cement

Comment vanter les mérites d’une invention extrêmement utile et répandue, quand elle est aussi très polluante ? Le ciment, par exemple, est utilisé dans près de 80 % des constructions chaque année, en France. Difficile de faire plus utile. Malheureusement, entre l’extraction du calcaire dans des carrières, la destruction des plages qui sont vidées de leur sable, le transport, la cuisson dudit calcaire dans des fours à 1 400 ° C, etc., l’industrie du ciment est très peu respectueuse de l’environnement. À elle seule, elle génère ainsi 5 % des émissions de C02 dans le monde. On peut à juste titre reconnaître l’immense impact que l’invention de Louis Vicat* a eu et a encore aujourd’hui dans le monde entier, que ce soit pour la construction de maisons, de bâtiments ou d’ouvrages d’art. Mais il est impossible de passer sous silence les nuisances environnementales qu’elle génère.
Hoffmann Green Cement, une jeune entreprise vendéenne, entend redorer l’image du ciment en débarrassant celui-ci de tous ses principaux aspects négatifs. Comment ? Principalement en supprimant le clincker inventé par Louis Vicat. Les brevets déposés par l’entreprise lui permettent en effet de fabriquer du ciment en se passant de calcaire — et donc de carrière —, de sable marin et de cuisson à très hautes températures ! Le ciment façon Hoffmann Green Cement se contente en effet d’argile, de coproduits industriels, d’activateurs et de sur-activateurs développés par l’entreprise. Surtout, toutes les étapes de fabrication sont faites à froid. L’entreprise compte sur les nouvelles obligations faites aux entreprises de revaloriser leurs coproduits, qu’elle « récupère » et transforme, pour se fournir en matières premières sans avoir à en extraire de nouvelles.

À l’intérieur, le site n’en abrite pas moins 48 silos et 1,2 kilomètre de convoyeurs. © Hoffmann Green Cement

Un de ces produits, baptisé H-P2A, peut remplacer le mortier colle traditionnel. Un autre, le H-UKR, est compatible avec les process actuels de fabrication et est destiné aux marchés du béton préfabriqué ou prêt à l’emploi. Ce ciment est également utilisé pour la fabrication des parpaings maisons.
Les ciments Hoffmann ont ouvert une première usine de production en novembre 2018, en Vendée. Les travaux de construction d’une deuxième unité devraient débuter au cours du premier semestre 2020, à proximité de la première, tandis qu’une troisième verra le jour ensuite en Ile-de-France. Et ce ne sont très probablement que les premières d’une longue série.

* C’est Louis Vicat qui est le père du ciment moderne. Il met en pratique ses travaux pour la construction du pont de Souillac — de 1812 à 1824 —, le premier pont au monde édifié avec du ciment artificiel. Louis Vicat est un ingénieur polytechnicien, pas un homme d’affaires ; il considère que son invention doit bénéficier à tous et décide de ne pas déposer de brevet. Une aubaine pour l’Anglais Joseph Aspdin, qui en dépose un en 1824, sous le nom ciment Portland… Aujourd’hui, les Ciments Vicat, entreprise fondée par le fils de Louis Vicat, sont toujours en activité.