La France possède le plus grand troupeau de moutons d’Europe, mais néglige d’en tirer tous les avantages. © Capture d’écran tirée d’un film réalisé par Tricolor

Drôle de période que celle des trente ou quarante dernières années. Combien de décisions ont-elles été prises qui répondaient à une seule logique, financière, et laissait de côté toutes les autres, même les plus élémentaires.
Prenons la laine par exemple. C’est doux, c’est naturel, c’est chaud et confortable. La France possède le plus grand troupeau de moutons d’Europe, qui compte entre 5 et 7 millions de têtes et près de 60 races. De cet atout, l’Hexagone aurait pu tirer de nombreux avantages. Les moutons fournissent en effet aux hommes leur laine, les brebis ajoutant leur lait. Parfois aussi, l’homme leur prend la vie, leur peau et leur viande. Curieusement, de tous ces « trésors » que le mouton offre, la France a décidé d’en négliger totalement un : la laine. Seul 1 % de cette précieuse matière première est transformé dans l’Hexagone. Ce qui signifie par conséquent que 99 % sont exportés, à un tarif extrêmement bas, pour être ensuite réimportés, beaucoup plus cher, sous forme de laine « prête à l’emploi », de vêtements le plus souvent. Cette aberration est peu ou prou équivalente à celle du lin : la France en est en effet le premier producteur mondial, mais ce sont d’autres pays, la Chine principalement, qui transforment la matière première pour ensuite exporter des produits finis. Une fois la tonte des moutons achevée, les éleveurs se retrouvent en général avec quantité de laine dont ils ne savent que faire, faute de filière locale pour la valoriser. Et lorsqu’ils trouvent, par chance, un acheteur, c’est à un prix qui couvre à peine le prix du tondeur…

Initiatives et mobilisation de la filière

Ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui les acteurs qui mobilisent pour que cesse cette ineptie, pour que la laine des moutons qui paissent et grandissent en France puisse à nouveau, comme avant-hier, être travaillée sur place. Plusieurs projets sont ainsi menés, qui fédèrent des éleveurs, des laveurs, des filateurs, des ennoblisseurs, des tisseurs, des confectionneurs, etc., bref tous les maillons de la filière lainière. La finalité de ces initiatives est, qu’à terme, des pulls, des écharpes, des manteaux, des bonnets, des chaussettes, des plaids ou des couvertures puissent être à nouveau fabriqués avec de la laine de moutons d’ici. Un objectif d’autant plus justifié que la laine française, comme le mérinos d’Arles, est excellente… C’est en particulier le cas de la laine mérinos d’Arles. C’est Louis XVI qui a fait importer des béliers mérinos d’Espagne. Ceux-ci ont ensuite été croisés avec des brebis locales pour donner naissance à une race nouvelle, riche de qualités qui lui sont propres. Selon les connaisseurs et les spécialistes, la laine des mérinos d’Arles est particulièrement fine, frisée, élastique et chaude. Alors pourquoi ne pas la transformer pour en faire de beaux, chauds et doux vêtements made in France ?

Après la tonte des moutons, les éleveurs ne savent pas quoi faire de la laine, faute de filière de transformation. © Capture d’écran tirée d’un film réalisé par Tricolor

Quelques marques se sont lancées et commercialisent de tels produits. Le Slip français propose ainsi plusieurs modèles de pulls, non seulement made in France, mais également fabriqués avec de la laine locale. Un d’entre eux, le Ludo, est tellement local et naturel que sa laine n’a même pas été traitée ni teinte. Sa couleur est en effet celle de la laine, de la toison du mouton. Il y a également le Timonier, un pull marin couleur sable, lui aussi tricoté dans de la laine de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette marque médiatique ne se contente pas de faire parler d’elle à coups de slogans et de pubs amusantes. Elle apporte, concrètement, un vrai renouveau et une vraie dynamique à l’industrie textile hexagonale. D’autres entreprises, très rares, interviennent tout au long du processus de transformation et de production. La manufacture Brun de Vian-Tiran travaille ainsi la laine — locale, mais pas seulement — depuis 1808 et maîtrise tous les métiers, tous les savoir-faire, de la réception de la laine brute jusqu’à la vente. Cette entreprise familiale fabrique et commercialise des produits — couvertures, plaids, châles, écharpes, couettes… — locaux haut de gamme, depuis toujours. Elle n’a jamais cédé aux sirènes de la délocalisation… Implanté à Mazamet, dans le Tarn, Jules Tournier & Fils n’a lui non plus jamais cessé de produire du tissus de laine depuis 1865. Ce fabricant opère lui aussi de la réception de la balle de laine jusqu’au produit fini. Elle n’a en revanche aucune relation directe avec les consommateurs finaux. Ses clients sont en effet d’autres entreprises, qui confectionnent — ou font confectionner — des vêtements, des manteaux notamment à partir de ses tissus. Ses draps de laine notamment sont appréciés pour leur qualité, leur solidité et leur imperméabilité. Les propriétaires de cabans Le Glazik et autres manteaux Dalmard Marine en font l’heureuse expérience chaque fois que le temps de gâte…

Vidéos “Made in Town” sur la filière laine en France et sur les entreprises impliquées.