Une ville sans voiture. Les chants des oiseaux se font à nouveau entendre.
Les villes se sont vidées de leurs habitants, mais aussi de leurs voitures. Et c’est bien… © Ed Judkins_Pixabay

Étrange période. C’est sans doute la toute première fois — depuis quand, la fin du 19 e siècle ? — que l’on peut aussi bien entendre les oiseaux chanter en centre-ville. La première fois, aussi, qu’il est possible d’ouvrir ses fenêtres au cœur de Marseille, de Lyon, de Nantes, de Toulouse ou de Paris sans être incommodés par le flot incessant des camions, des voitures et des scooters.
Il a fallu qu’un sale virus tue et que des gouvernements imposent des mesures de limitations drastiques à la circulation humaine pour que les véhicules à moteur restent au garage. Et avec eux le bruit et les gaz d’échappement. On dit souvent qu’à toute chose malheur est bon. C’est encore le cas aujourd’hui. Partout, en effet, les ciels s’éclaircissent, les chapes de fumées qui recouvraient les villes se déchirent et disparaissent.
Les hommes et les femmes qui souffrent de broncho-pneumopathie chronique obstructive, ou BPCO, figurent parmi les plus vulnérables au Covid-19. Ils sont environ 4 millions de Français à être atteints par ce mal, dont 700 000 à un stade sévère. Or, la pollution atmosphérique, mais aussi les pesticides et le tabac sont les principales causes de ces bronchites chroniques. Chaque année, la BPCO est la troisième cause de mortalité en France, la cinquième dans le monde.
Il est paradoxal que le virus qui menace la santé, voire la vie de certaines de ces personnes aujourd’hui, soit aussi celui « grâce » auquel le monde entier est momentanément débarrassé de la pollution qui les rend malades.

Les paquebots de tourisme sont extrêmement polluants, notamment en raison de leur carburant "lourd".
Un énorme paquebot pollue autant qu’un million de véhicules. Une proportion importante de ces “immeubles flottants” sont fabriqués en France, par les Chantiers de l’Atlantique… Faut-il s’en réjouir ? © Donterase/Pixabay

Les animaux se sont rapidement aperçu des changements survenus dans le monde depuis le déclenchement de la pandémie. Si à Paris les oiseaux chantent comme jamais le matin, ce sont des milliers de poissons, mais aussi des cygnes et des dauphins qui ont fait leur apparition à Venise. L’eau des canaux, limpide et — momentanément ? — débarrassée de la pollution, est de nouveau accueillante, bienfaisante.
Le plus triste est d’imaginer — ou plutôt de savoir — qu’une fois cette pandémie terminée, voitures et scooters reprendront leurs rondes infernales et feront taire les oiseaux. À Venise, les énormes paquebots au fioul lourd * et leurs hordes de touristes chasseront les dauphins. Quant à ceux qui, partout dans le monde, souffrent de BPCO — et qui auront su résister au Coronavirus —, ils étoufferont à nouveau à chaque prochain pic de pollution.
Bref, quant le crise sera derrière nous, quand tout ira bien, tout ira mal…

* Les Chantiers de l’Atlantique figurent parmi les principaux fabricants de ce type de « monstres flottants ». Construiront et commercialiseront-ils rapidement
les Silenseas, ces paquebots à voile made in France qu’ils ont dans leurs cartons.