Fabrication d'une machine à laver professionnelle Electrolux, en France, à Troyes.
Fabrication d’une grosse machine à laver professionnelle à Troyes, chez Electrolux Professional. © Hospitalia TV/ Electrolux

La fabrication de gros électroménager grand public a plus ou moins disparu en France. Les derniers fabricants appartiennent depuis longtemps à des groupes étrangers et la fabrication dans l’Hexagone est de plus en plus réduite. Seule subsiste la fabrication d’appareils de cuisson chez Brandt — et les différentes marques du groupe — et de quelques autres également chez Rosières. À part cela, plus rien. Heureusement, il reste le petit électroménager, notamment le géant Seb.


Des entreprises intégrées à de grands groupes étrangers

Pourtant, une récente annonce est venue rappeler que ce n’est pas aussi simple : la future cotation en Bourse par Electrolux de sa branche professionnelle. Le groupe suédois d’électroménager a décidé en effet d’ouvrir le capital de sa filiale Electrolux Professional qui, semble-t-il, est la plus rentable du groupe. Huit entreprises et usines constituent cette entité : deux Suédoises, une Suisse, une Italienne, une Thaïlandaise et trois Françaises.
Trois sites de production d’Electrolux Professional sont, en effet, implantés en France : une est spécialisée dans la fabrication de matériel de laverie, deux dans celle d’appareils pour la cuisine. Implantée à Troyes, dans l’Aube, la première regroupe en fait les deux usines de l’ex Dubix, une entreprise fondée à Paris au tout début du 20e siècle (en 1903), qui s’est ensuite installée à Troyes. On y fabrique de grosses machines à laver à chargement latéral ainsi que « d’énormes » repasseuses, à cuvette ou à cylindre, le tout destiné aux collectivités — les hôpitaux, les Ehpad… Voilà pour la branche « laverie ».

Machine à repasser professionnelle Electrolux, fabriquée en France, à Troyes.
Une énorme machine à repasser fabriquée par Electrolux Professional, à Troyes.


Les deux autres entreprises du groupe ont comme spécialités les fourneaux pour l’une et la préparation culinaire pour l’autre. Contrairement à Dubix, qui a disparu, elles sont l’une et l’autre conservé leur nom. La première, Molteni, est un grand fabricant sur mesure de fourneaux de prestige, depuis 1923. Les plus grands restaurants du monde entier sont équipés de ces pièces d’exception, fabriquées dans le sud-est de la France. Le seconde ne fabrique pas du gros électroménager, mais de multiples appareils destinés à préparer plats et repas. L’histoire de Dito Sama remonte à l’immédiat après-guerre, avec la création de l’entreprise Sama, à Montluçon, en 1945. Et c’est dans une nouvelle usine, à Aubusson, que sont fabriqués depuis 2000 quantité de machines pour éplucher, couper, hacher, mélanger, pétrir, fouetter, etc. Autant d’appareils de qualité professionnelle, fabriqués pour durer.
Electrolux n’est pas le seul groupe étranger à avoir intégré des constructeurs tricolores. L’Italien Ali possède ainsi les entreprises sœurs Friginox et Rosinox, qui jadis formaient la branche professionnelle de Rosières. La première est spécialiste du froid et fabrique dans l’Yonne des armoires et des meubles bas réfrigérants à destination des professionnels des métiers de bouche. Quant à la seconde, Rosinox, elle élabore et produit à Bourges tous les appareils de préparation et de cuisson dont les professionnels ont besoin — fourneaux, bains-marie, friteuses, cuiseurs à pâtes, plaques de cuisson, sauteuses, etc. Ali a également mis la main sur les spécialistes de la cuisson pour les boulangers que sont Pavillier, Bertrand-Puma et Bongard. Ou encore sur CFI, un autre spécialiste du froid, qui produit plus spécialement pour les boulangers et les pâtissiers.
Autre poids lourd de la restauration collective et de la « grande cuisine », ITW-Hobart a également fait ses emplettes en France. Le groupe américain a ainsi racheté le Français Horis, leader du marché, en 2007, s’emparant du même coup des entreprises Bonnet, Maestro et Thirode, trois spécialistes de la cuisson, des fourneaux sur mesure et du froid.

Cuisine professionnelle équipée par Rosinox. Du matériel 100% made in France.
Une cuisine de restaurant équipée par Rosinox. Tout le matériel est fabriqué à Bourges. © Rosinox/Ali


Quelques acteurs français encore indépendants

SIL, un petit groupe 100 % tricolore, est également présent sur ce marché, via notamment l’entreprise Charvet. Celle-ci, fondée en 1934, conçoit, développe et fabrique dans l’Isère une large gamme d’appareils de préparation et de cuisson pour la restauration et les collectivités. Le groupe SIL, qui signifie Société industrielle de Lacanche, comprend également la marque Ambassade de Bourgogne, qui fabrique elle aussi des équipements pour les professionnels de la restauration, les traiteurs et les petites et moyennes collectivités.
L’entreprise Enodis faisait elle aussi partie d’un groupe étranger, en l’occurrence de l’Américain Manitowoc/Welbilt. Lassé par les changements incessants d’actionnaires et de noms, le fondateur de l’antenne française du groupe décide finalement d’acquérir son autonomie, via un LBO, en 2010. Aujourd’hui, Enodis — qui a donc repris le nom d’un ancien groupe britannique, lui aussi racheté par Manitowoc — est indépendante et fabrique à Auxerre ses propres produits, tout en continuant de distribuer ceux de son ancienne maison mère…
Installée en Bretagne, à Quimper, Capic a quant à elle toujours été indépendante et familiale, ce depuis sa fondation, en 1956. Cette entreprise fabrique elle aussi des équipements pour la cuisson — Capic signifie Construction d’Appareils Professionnels et Industriels de Cuisson — pour la restauration professionnelle et les collectivités. Elle commercialise en outre plusieurs modèles de lave-vaisselle et lave-verre, un cas presque unique parmi les fabricants français.
Si la rayon « laverie » n’est pas, de toute évidence, le point fort des entreprises tricolores, le froid n’est pas non plus leur spécialité, contrairement à la préparation et à la cuisson des aliments et des plats.
Ce sont pourtant des équipements frigorifiques qu’Odic, une petite entreprise d’une soixantaine de salariés, fabrique depuis 1975, en Bourgogne. Armoires froides à chariot ou à grille, meubles bas, les produits fabriqués par Odic s’adressent à la restauration pour certains et à la boulangerie-pâtisserie pour d’autres. Quant à l’entreprise Dagard, établie dans la Creuse depuis 1951, elle conçoit et installe des chambres froides. Mais ce n’est plus à proprement parlé de l’électroménager…
Deux autres fabricants français de petit matériel pour les professionnels sont eux aussi parvenus à survivre aux délocalisations et à rester indépendants. Le premier, Santos, élabore et fabrique une très large gamme de presse-agrumes, bluetooth Écouteuses, de centrifugeuses, de blenders, de distributeurs de boissons, de batteurs-mélangeurs, de coupe-légumes et autres hachoirs. Sans oublier les moulins et les machines à café. Tous sont fabriqués dans l’usine de l’entreprise, à Lyon. Le second est l’inventeur de robot culinaire, autrement dit Robot-Coupe. L’entreprise bourguignonne fabrique en effet quantité d’appareils pour les professionnels, de l’éplucheuse au blender-mixeur, de l’extracteur de jus au trancheur de pain. Et contrairement à tous ses concurrents, Robot-Coupe vend aussi au client final, via sa filiale grand public, Magimix.

Equipement de cuisine haut de gamme fabriqué en France, par Lacanche
Une cuisine équipée par Lacanche, ni vraiment professionnelle, ni vraiment grand public. Du matériel luxueux fabriqué en Bourgogne. © Lacanche blackpod.co.uk


Enfin, n’oublions pas les fourneaux et autres pianos fabriqués en France par Lacanche et par La Cornue. Ce ne sont pas à proprement parler des équipements pour les restaurants ou les collectivités. Mais ce ne sont pas davantage des produits grand-public, prix obligent… Ces deux fabricants et tous les autres sus-mentionnés témoignent en tous cas de savoir-faire qui existent toujours dans l’Hexagone, en dépit des délocalisations. Même s’ils ne sont plus accessibles, pour beaucoup, au plus grand nombre.