L’Hexagone devrait demain produire le meltblown, le non-tissé filtrant des masques jetables.

Fabriquer des masques chirurgicaux, c’est bien. Mais avec quelles matières premières ? Si l’Hexagone, comme nombre d’autres pays européens, s’est “retrouvé fort dépourvu quand là bise fut venue”, les Autorités ne veulent pas se retrouver dans une situation analogue. Lorsque l’épidémie de COVID 19 s’est déclarée à la fin de l’hiver 2020, les Français ont découvert qu’ils étaient presque totalement dépendants de l’étranger pour se protéger. Ils n’étaient cependant pas les plus mal lotis sur le continent, puisque seules l’Allemagne, la Pologne, la République tchèque et la France étaient en capacité de fabriquer des masques chirurgicaux. Mais en quantités trop insuffisantes pour faire face aux besoins…
Les projets d’usines de fabrication de masques chirurgicaux se sont multipliés un peu partout en France cours des derniers mois. Selon les Pouvoirs publics, l’Hexagone ne serait plus, aujourd’hui, tributaire de la Chine. Reste cependant l’épineux problème de la matière première.
Baptisé meltblown, le tissu synthétique filtrant — du polypropylène fondu, puis soufflé, d’où son nom… — qui constitue l’essentiel des masques jetables est lui aussi presque intégralement importé. Seule une entreprise française, Fiberweb — désormais filiale du groupe américain Berry —, en produit en Alsace. Puisque le gouvernement a décidé de faire de la France un pays autosuffisant en termes de masques chirurgicaux, il a été décidé de développer une filière complète sur le territoire. Dans un premier temps, cinq projets de production de meltblown ont été validés. Outre Fiberweb, deux entreprises françaises se sont lancées dans la fabrication de ce non-tissé. Il s’agit du groupe Chargeurs, dans la Somme, et de Savoy International, en Haute-Savoie. Un nouveau venu, Meltblo France, s’est lui aussi lancé dans l’aventure, dans le Doubs. C’est également le cas de la filiale française du groupe américain Lydall, qui va produire dans le Morbihan.

Des projets dans toute la France

Ces nouveaux sites de production doivent permettre, à terme, de fournir suffisamment de meltblown pour une fabrication annuelle de près de 1 milliard de masques FFP et de plus de 2 milliards de masques chirurgicaux.
Cinq nouveaux projets ont depuis émergé. La Coop des Masques, une société coopérative d’intérêt collectif, entend ainsi fabriquer des masques et du meltblown en Bretagne, dans les Côtes d’Armor. C’est aussi dans ce département que M3 Sanitrade, filiale du Suisse M3, compte développer une unité de fabrication. Protechnic, spécialiste des textiles techniques et industriels, va faire de même en Alsace. Arkema, le premier chimiste français, projette quant à lui de développer cette activité en Normandie. Enfin, Texinov, un autre spécialiste des textiles techniques, a décidé de construire une unité de production dans l’Isère, juste à côté de celle de fabrication de masques FFP2, en activité depuis août 2020.
Ces masques jetables en meltblown doivent permettre, avec les réutilisables en textile, de limiter la propagation du virus. Pour une large majorité de Français, en premier lieu les personnels soignants, ils sont en effet indispensables. Pour d’autres, qui sont hostiles au port du masque, les uns comme les autres sont inutiles, voire dangereux.
Au moins les premiers pourront-ils faire ce qui est en leur pouvoir, à savoir se protéger — et accessoirement protéger les autres… — en cas de recrudescence de l’épidémie.