Raymond Poulidor et son célèbre vélo Mercier rose… © Ina

Peugeot, Gitane, Motobécane et Motoconfort, Lejeune, Mercier, etc. Ce sont quelques-uns des plus grands noms de la bicyclette made in France. Parmi eux, celui de Mercier a récemment fait une réapparition aussi subite qu’étonnante.
Mercier tient une place particulière dans l’histoire du vélo tricolore. C’est sous les couleurs de cette marque que Louison Bobet, puis Raymond Poulidor ont sillonné les routes de l’Hexagone. C’est sur ses vélos roses que Poulidor est devenu Poupou, l’éternel deuxième, le vaincu magnifique… Associé à Hutchinson de 1935 à 1978, Mercier était en effet une des principales équipes de cyclisme, notamment sur le tour de France. Si son ancien partenaire, filiale de Total, fabrique toujours une partie de ses pneus de vélo dans l’Hexagone, Mercier a quant à elle depuis longtemps disparu. Seul son nom figure désormais sur le cadre de bicyclettes vintage…

Renaissance d’un marque et d’une petite ville

Après être passée de main en main à partir des années 1980, Mercier est désormais la propriété d’un fonds d’investissement basé au Luxembourg. Des vélos classiques et électriques ont été commercialisés en 2019, pour marquer le centenaire de la marque. Des modèles importés d’Europe de l’Est et d’Asie. Mais cela va bientôt changer.
Les responsables de Starship Investments, le nouveau propriétaire, ont en effet annoncé leur intention de reprendre une usine désaffectée à Revin, dans les Ardennes, pour y établir un site d’assemblage de vélos. C’est là qu’étaient produits jusqu’en 2011 des sanitaires haut de gamme Porcher, une marque française détenue par Ideal Standard, un grand groupe international. Jusqu’à ce que celui-ci décide de fermer l’usine et de délocaliser la production. Revin connaît la même mésaventure quelques années plus tard, lorsque le Suédois Electrolux transfert en Pologne la production de lave-linge de son usine locale. C’est de ce site que sortaient les machines Electrolux et AEG à chargement par le dessus. Pour mémoire, le détenteur initial de ce site industriel était Arthur Martin, entreprise tricolore rachetée par le géant suédois en 1976, qui la fit disparaître en 2009. Avant de la ressusciter en 2016… Mais revenons à nos vélos.

Usine de fabrication de sanitaires Porcher hier, site de fabrication de vélos Mercier demain… © DR

Des vélos vraiment made in France ?

Au regard de cette morose histoire récente, la création d’une nouvelle activité est une excellente nouvelle pour la petite ville industrielle ardennaise. D’autant que les choses ne devraient pas traîner. Selon Starship Investments, les travaux de construction débuteront dès le mois de mars 2021. Objectif : produire des deux-roues Mercier et d’autres en marque blanche pour des distributeurs, cela dès la fin de l’année. Avec à la clé 140 emplois créés dès 2021 et 270 à l’horizon 2026.
Autre point positif : Starship Investments entend s’appuyer sur le tissu d’entreprises régionales pour produire ses bicyclettes. Il ne s’agit donc pas simplement d’assembler des composants importés d’Asie, mais si possible de se fournir localement. Bref de faire en sorte que les futurs vélos Mercier soient vraiment made in France. Ou tout au moins le plus possible. Disparu à la fin de l’année 2019, Raymond aura manqué de peu le renouveau de sa marque fétiche. À défaut, la nouvelle usine Mercier portera son nom.