Le lin, dont la France est le premier producteur mondial, est à nouveau retravaillé en France, de la culture au produit fini.

La culture et la transformation du lin est en pleine effervescence. Moribonde depuis plusieurs dizaines d’années, la filière lin reprend en effet quelques couleurs.
Annoncée il y a un peu plus d’un an, une nouvelle filature vient ainsi d’ouvrir ses portes dans le Nord de l’Hexagone. Un retour aux sources pour Safilin, l’industriel propriétaire de ce nouveau site de production, qui avait quitté l’Hexagone il y a près de trente ans.
Alors que la folie des délocalisations battait son plein, l’entreprise avait en effet choisi de fermer ses sites de production en France pour les transférer en Pologne.
Ce sont d’ailleurs des ouvriers polonais qui sont venus former les employés de la nouvelle usine, comme les ouvriers français étaient allés former les Polonais au cours des années 1990.
Faire, défaire, c’est toujours travailler…

Être présent à toutes les étapes de la transformation

Grâce à cette nouvelle filature, les marques et fabricants de prêt-à-porter vont pouvoir se fournir en lin 100 % tricolore, de la culture de la plante jusqu’au produit fini. Actuellement, plus de 80 % de la production française de lin partent à l’étranger, pour l’essentiel en Asie, pour revenir en suite sous forme de produits finis.
Une première filature a été inaugurée il y a quelques mois, en Alsace. Mais elle se concentre sur la filature au sec et fournit l’ameublement et la décoration. En mars 2022, une deuxième filature a vu le jour dans l’Eure, financée par NatUp, un groupe coopératif normand. Contrairement à son homologue alsacienne, la French Filature, c’est son nom, a fait le choix de la filature au mouillé. Elle produit par conséquent un fil plus fin, destiné à l’industrie de l’habillement et du linge de maison.
Particularité de la toute nouvelle unité récemment entrée en activité dans le Nord par Safilin : elle intègre les deux procédés, au sec et au mouillé. Un quatrième projet de filature est également en cours de lancement, cette fois en Bretagne.

N.Schlumberger fabrique en Alsace, des machine pour peigner le lin… © N.Schlumberger.

Répondre à une forte demande

Pour répondre à la montée en puissance de la demande de lin, en particulier en Chine et en Inde, d’autres entreprises augmentent quant à elles leurs moyens industriels. Ainsi, la Coopérative de teillage du plateau du Neubourg (CTLN), elle aussi implantée dans l’Eure, vient d’ajouter deux lignes de teillage aux quatre déjà existantes.
Qu’est-ce que le teillage ? Il s’agit d’extraire la fibre à partir de la « paille de lin ». C’est la première étape de transformation de la plante en « autre chose ».
Avec cette mise en ordre de bataille, certes encore limitée, la filière de transformation du lin va petit à petit pouvoir valoriser une richesse propre à l’Hexagone. Le pays est en effet le premier producteur mondial de cette plante textile écologique, qui se passe d’intrants chimiques et d’eau pour pousser. Il est vrai que sa zone de prédilection, de la Normandie aux Pays-Bas, est naturellement très arrosée…
Le prêt-à-porter tricolore peut désormais commercialiser des vêtements intégralement locaux, de la culture au produit fini. C’est quand même plus raisonnable que de ne vendre que des produits importés de lointaines contrées, fabriqués dans du coton assoiffé et gorgé de pesticides.