
D’ici à 2025, la France devrait compter – au moins – deux usines géantes de fabrication de cellules et de modules photovoltaïques. La première, construite par Carbon Solar, sera implantée tout au Sud, à Fos-sur-Mer ; la deuxième, bâtie par Holosolis, le sera au Nord-Est, près de Sarreguemines, en Moselle. Il s’agit à ce jour des deux plus importants projets de ce type en Europe. Ces deux mastodontes qui, à terme, devraient employer près de 5 000 personnes, permettront de répondre aux besoins des clients finaux – pour les toitures résidentielles, commerciales et industrielles, pour les centrales au sol et l’agrivoltaïsme –, mais aussi à ceux d’autres entreprises. Plusieurs acteurs français – Voltec Solar, Systovi, DualSun et le franco-italien Recom-Silia –, de taille modeste, fabriquent des panneaux photovoltaïques, en France, mais avec des cellules venues de Chine. Ils pourraient donc, dans un avenir proche, se fournir auprès de Carbon Solar, qui entend maîtriser l’ensemble de la chaîne de production, du lingot de silicium au panneau photovoltaïque, en passant par le wafer et la cellule. Le projet d’Holosolis est à cet égard plus flou.
Grandeur et décadence d’un pionnier tricolore
Autre acteur tricolore : Photowatt. Précurseur et leader mondial du photovoltaïque au début des années 2000, l’entreprise iséroise a été laminée par la concurrence chinoise et a frôlé la disparition à plusieurs reprises. Repris et sauvé par EDF en 2012, le fabricant français survit tant bien que mal, rapatriant telle activité une année, délocalisant telle autre l’année suivante. Qu’en est-il en 2023 ? Selon le site Internet de Photowatt, la fabrication des lingots, des briques, des wafers de silicium et, semble-t-il, des cellules serait toujours réalisée dans l’Hexagone. Quant à l’assemblage des panneaux, il est effectué « par des partenaires historiques ». Bref, Photowatt fait en interne tout ce que les autres assembleurs français ne font pas, et réciproquement. EDF cherche depuis plusieurs années à se débarrasser de Photowatt, qui est constamment déficitaire. L’avenir du fabricant pourrait passer par une association avec l’un des projets de méga-usines, mais il demeure incertain. Il serait tout de même paradoxal que ce pionnier disparaisse au moment où une filière solaire made in France semble se dessiner. Mais n’oublions pas que le dernier site de production de panneaux solaires que Maxeon-SunPower — filiale de TotalEnergies – possédait en France a fermé ses portes en octobre 2022.
Haut rendement d’un côté, souplesse et légèreté de l’autre
Heureusement, une troisième usine géante pourrait potentiellement voir le jour, grâce à un des petits acteurs susmentionnés. Associé à l’Institut photovoltaïque d’Ile-de-France (IPVF), Voltec Solar a, en effet, lancé le projet France PV Industrie, dont l’objectif est, à terme, de produire à très grande échelle des panneaux solaires d’un nouveau type. Basés sur une technologie de rupture, baptisée le Tandem 4T Pérovskite/Silicium, ces panneaux autoriseraient des rendements très supérieurs – de l’ordre de 30 % – à ceux des modèles disponibles sur le marché en 2023. Les premiers exemplaires de ces nouveaux venus pourraient être fabriqués et commercialisés en 2025.

Inutile d’espérer de tels rendements avec les modules photovoltaïques organiques (OPV) développés par Dracula Technologies. Cette petite entreprise française a mis au point des cellules souples, ultrafines et de taille réduite capables d’alimenter tous les petits appareils – télécommandes, détecteurs d’incendie, capteurs divers…– qui fonctionnent avec des piles. Grâce à la technologie Layer® — light as your energetic response –, mise au point par Dracula Technologies, ces appareils peuvent être alimentés grâce à la lumière ambiante, même très faible. Il suffit de 5 lux pour que les cellules fabriquées par l’entreprise drômoise produisent de l’énergie.
Réseau centralisé ou producteurs autonomes ?
On estime à 75 milliards le nombre d’objets connectés à l’horizon 2025, qui seront alimentés soit par le réseau électrique, soit par des piles, qui pullulent et ne sont pas recyclées. Avec Dracula Technologies, tous ces objets connectés peuvent se passer à la fois du réseau et des piles. Seule une infime lumière suffit à les alimenter.
C’est également la lumière qui permet aux films photovoltaïques de produire de l’énergie. Armor Group – et sa filiale allemande Asca – est le leader mondial de cette technologie. L’entreprise bretonne produit ces OPV en France et outre-Rhin, à échelle industrielle. Les films photovoltaïques Armor-Asca sont de plus en plus utilisés à l’étranger, à l’image de ceux qui recouvrent la façade du Pavillon Novartis, à Berne, en Suisse. Malheureusement, ils ne le sont pas en France, comme le déplore le patron de l’entreprise, Hubert de Boisredon. Est-ce parce que ces OPV permettent l’autonomie énergétique et, donc, de s’affranchir des géants que sont EDF, Engie ou TotalEnergies ? Un immeuble dont la façade est recouverte de ces films photovoltaïques peut fournir toute l’électricité dont ses occupants ont besoin, sans connexion au réseau électrique, sans intermédiaire.

Nuages sur la filière nucléaire tricolore…
Problème : cette autonomie n’est pas en ligne avec l’organisation très centralisée de l’Hexagone. En outre, cette centralisation ne pourra que se maintenir, voire se renforcer si le nucléaire reste au cœur du mix énergétique du pays, comme le souhaitent les autorités.
Pour autant, les nuages s’amoncellent au-dessus des projets nucléaires de ces mêmes autorités. Alors que les centrales françaises tournent toujours au ralenti, pour des raisons de sécurité ou de maintenance, certains partenaires européens – au premier rang desquels l’Allemagne – s’opposent à la vision « verte » que la France a du nucléaire. De même, l’Hexagone risque de devoir, demain, se passer de l’uranium du Niger, un de ses principaux fournisseurs. Jusqu’à ce jour, le nucléaire a échappé aux sanctions internationales qui frappent les exportations de gaz et de pétrole russes. Mais que se passerait-il si, demain, l’entreprise Rosatom, partenaire privilégié de la filière nucléaire française, était à son tour frappée par ces sanctions ? La Grande-Bretagne est, elle aussi, venue compliquer la donne en exprimant des réserves quant au rachat par EDF des turbines Arabelle, vendues par Alstom à General Electric en 2015, qui équipent les centrales nucléaires et les sous-marins français.
… et sur l’éolien offshore
Et les « soucis atomiques » ne sont pas les seuls auxquels les responsables du pays doivent faire face. La filière de l’éolien offshore est également confrontée à quelques turbulences. Alors que la construction des parcs éoliens au large des côtes françaises a pris beaucoup de retard, une des entreprises censées la prendre en charge est soumise à de sérieux vents contraires. Le rachat des fabricants français d’éoliennes — Adwen par Gamesa et Alstom par General Electric — avait mis un terme aux ambitions tricolores en la matière. Pour autant, la construction de sites de production sur le territoire français devait malgré tout permettre de reconstruire un semblant de filière éolienne nationale. Las : le Germano-Espagnol Siemens Gamesa, qui a récemment implanté une usine de fabrication d’éoliennes au Havre, est à son tour confronté à de graves difficultés financières. Difficultés qui pourraient remettre en cause l’avenir de cette activité.

Interdiction d’importer du gaz russe, difficultés potentielles à se procurer de l’uranium, fragilité financière de la filière éolienne : le chemin censé conduire à l’indépendance énergétique de la France est tout sauf un long fleuve tranquille.
Développer une filière solaire souveraine est plus que jamais nécessaire. Et ce serait la moindre des choses, puisque si c’est en France qu’Henri Becquerel a découvert la radioactivité de l’uranium, c’est aussi là que son père, Alexandre Edmond Becquerel, a découvert l’effet photovoltaïque. Cet effet grâce auquel on peut produire de l’électricité à partir du seul rayonnement solaire.
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