Nouveau changement de propriétaire pour Heschung. La fabrication française devrait être préservée, voire développée…
© Heschung

Deux des derniers fabricants français de chaussures haut de gamme ont bien failli disparaître cet été. Et il n’est pas étonnant que ce risque survienne au même moment, puisque les deux entreprises avaient le même actionnaire principal, piloté par un ancien membre du gouvernement de Nicolas Sarkhozy.

Deux reprises, deux échecs, cinq entreprises liquidées

Même animé des meilleures intentions, on peut échouer. Comme le disent les érudits, « errare humanum est ». Et en effet, l’erreur est humaine. En général, ils s’empressent cependant d’ajouter :  « perseverare diabolicum ». Car recommencer les mêmes erreurs, n’en tirer aucun enseignement, est diabolique.
Au cours des années 2017 et 2018, un ancien secrétaire d’État, reconverti dans les affaires, rachète les entreprises Degorce, Ferrand, Laubuge et Rondinaud. Objectif : bâtir un champion tricolore de la pantoufle, baptisé La Manufacture charentaise. Las : dès 2019, l’entreprise est liquidée, une centaine de salariés sont licenciés. Fin 2021, le même homme – épaulé par le fonds Mirabaud Patrimoine Vivant et par French Legacy Group  – vole au secours de deux fabricants de chaussures : Clergerie et Heschung. L’idée est cette fois de créer le roi de la chaussure de luxe made in France. Rebelote : début 2023, French Legacy Group, la holding qui chapeaute Clergerie, Heschung, mais aussi Avril Gau et Violet Tomas, est placée en redressement judiciaire. Raisons évoquées : le covid-19 et la guerre en Ukraine, qui ont mis un frein au tourisme, raréfié les acheteurs étrangers, renchéri les matières premières et aggravé les difficultés d’approvisionnement.

Les chaussures femme Clergerie ont toujours eu deux caractéristiques principales : l’originalité et la forte personnalité ; la fabrication française. Avec le nouveau propriétaire américain, on sait déjà que la seconde risque de disparaître. © Clergerie

Délocalisation d’un côté, relance du made in France de l’autre

Si Avril Gau et Violet Tomas sont liquidées, Clergerie et Heschung peuvent trouver des repreneurs. Clergerie est finalement reprise par l’Américain Titan Footwear ; celui-ci prévoit de garder 40 % environ des effectifs – notamment au sein de l’usine de Romans-sur-Isère – et de délocaliser l’essentiel de la production en Inde, en Chine et au Maroc.
Quant à Heschung, c’est l’homme d’affaires Philippe Catteau qui est désigné comme repreneur. Il s’est associé avec Pierre Heschung, le petit-fils du fondateur. Au cours des dernières années, les dirigeants ont tenté de relancer la fabrication française. Ils ont ainsi fermé l’atelier que l’entreprise possédait depuis de nombreuses années en Hongrie et rapatrié une grande partie de sa production. Tous les modèles fabriqués selon la technique du cousu norvégien ainsi que certains Goodyear sont désormais made in France. La production des autres chaussures est en revanche sous-traitée à l’étranger, en Italie pour l’essentiel. Et demain ? Selon Pierre Heschung, Philippe Catteau entend préserver le patrimoine de l’entreprise ; il souhaite investir dans de nouvelles machines – pour se passer de sous-traitance italienne ou portugaise ? — et embaucher des artisans. Ces mesures suffiront-elles à faire décoller les ventes des souliers maison, qui sont vendus de 400 à plus de 700 euros ?

Les charentaises Rondinaud ont bien failli disparaître : elles ont été sauvées in extremis par l’arrière-petit-fils du fondateurs. © Rondinaud

Redémarrer modeste pour durer, puis se développer

C’est également un « descendant » qui a permis que des charentaises soient encore fabriquées à La Rochefoucauld. Olivier Rondinaud, arrière-petit-fils du fondateur de l’entreprise éponyme, et un associé ont ainsi racheté les machines de La Manufacture charentaise, après la – première – débâcle de French Legacy Group. Sur la centaine d’emplois concernés par la faillite, les deux associés sont parvenus a en sauver quelques-uns. Grâce à ce sauvetage de dernière minute, l’activité a pu être relancée – modestement, mais peut-être plus durablement – et le savoir-faire préservé. La nouvelle entité a même hérité des modèles créés par feu Degorce, ce qui lui permet de commercialiser deux collections : la première, baptisée Rondinaud, est classique et traditionnelle ; la seconde, – L’Atelier charentaises – est plus moderne et originale. Signe que la confiance n’a pas disparu, malgré les déboires de ces dernières années : les clients, comme Le Slip français – qui a monté son propre atelier pour répondre à la forte demande –, continuent de faire faire appel aux spécialistes de La Rochefoucauld.

Il y a deux ans, le leader de charentaise made in France à bien failli disparaître. © Rondiaud


L’argent, la réputation et le carnet d’adresses sont certainement utiles dans les affaires. Mais il semblerait qu’ils ne soient pas suffisants pour « faire tourner » une entreprise.