Le Moustache J est un vélo électrique haut de gamme, assemblé en France. © Moustache Bike

Le lancement du Moustache J a été effectué hier, mercredi 6 septembre 2023. Plusieurs médias se sont d’ailleurs fait l’écho de cet événement, ce qui est plutôt rare quand il s’agit d’un nouveau vélo. Pourquoi une telle attention ? Parce que le Moustache J est assemblé autour d’un cadre fabriqué industriellement en France. Ce qui, selon les responsables de l’entreprise vosgienne, n’était pas arrivé depuis près d’un demi-siècle. Les années 1980 ont en effet marqué le début de la désindustrialisation de l’Hexagone et, en l’occurrence, la disparition progressive de l’industrie française du cycle. Une industrie qui, pour rappel, était alors, avant le grand exode, un des leaders mondiaux de la spécialité. On peine à l’imaginer aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, Moustache Bikes contribue très activement à la renaissance du vélo tricolore, en concevant et en assemblant ses modèles dans l’Hexagone.

Le retour du cadre fabriqué en France, en série

Aujourd’hui, grâce à Moustache, le cadre de vélo fabriqué en France à échelle industrielle est donc de retour. Pour autant, est-il légitime de qualifier ce Moustache J – le cadre a la forme de cette lettre – de vélo entièrement made in France, comme le titre le journal Les Échos ? Ce nouveau venu marque effectivement un progrès, puisque les autres Moustache sont uniquement en partie assemblés en France. Mais de là à parler de 100 % français est pour le moins exagéré. Le fait que le cadre, c’est-à-dire la structure du vélo, soit manufacturé dans l’Hexagone est un vrai plus, mais tous les autres éléments de la machine demeurent importés. C’est le cas notamment du moteur, de la batterie, de l’électronique et de certains pneus fournis par les Allemands Bosch et Schwalbe ; de la fourche hydraulique et d’autres pneus des Taiwanais SR Suntour et Maxxis ; du système de transmission et de changement de vitesses de l’Américain Envolio, etc. Quant aux éléments conçus par Moustache – suspension arrière, jantes, guidon, garde-boue, il est probable qu’ils soient fabriqués en Asie.

Grande première : le cadre du Moustache J est est fabriqué en France, industriellement. Cela suffit-il à faire de ce modèle un VAE made in France ? © Moustache Bikes

Assemblé et fabriqué en France ne sont pas synonymes

On est donc très loin d’un vélo à assistance électrique (VAE) totalement tricolore.
Le Moustache J est présenté par certains spécialistes et essayeurs comme le SUV des VAE. Et en effet, la bête semble robuste, confortable, performante et passe-partout. Mais à quel prix ? Plus de 30 kg et 5 199 euros pour le modèle d’entrée de gamme. C’est-à-dire 5 kg et plus de 2 000 euros de plus que le célèbre Lundi, le premier modèle de marque, commercialisé depuis une dizaine d’années. Quelle est la part du cadre made in France dans cette inflation du tarif ?
Une autre marque tricolore, plus récente et de taille plus modeste, prouve que l’on peut proposer un vélo avec un cadre made in France sans atteindre de tels sommets. Ultima Mobility a en effet mis au point un VAE très original qui, s’il n’est pas 100 % made in France, s’en rapproche sérieusement. Outre le cadre, ce sont des fabricants français qui fournissent le moteur, la boîte de vitesses, la batterie – cellules françaises (Tiamat) ou asiatiques ? — , l’électronique, les jantes, les pneus, les pédales et le guidon. Les freins, les poignées, l’éclairage et les garde-boue viennent quant à eux d’Allemagne, la selle et la béquille d’Italie.

L’Ultima Multipath est lui aussi un VAE conçu et assemblé en France. Mais contrairement au Moustache J, le cadre n’est pas le seul élément fabriqué dans l’Hexagone. © Ultima Mobility

Un cadre et des composants en majorité made in France

Le Multipath d’Ultima Mobility propose en outre plusieurs particularités et innovations nées dans l’Hexagone. Son moteur, fabriqué en France, par Valeo, intègre en effet la boîte de vitesses automatique développée par Effigear. Plus besoin de dérailleur. Les guidons développés par Baramind permettent quant à eux d’amortir les chocs tout en se passant l’amortisseur, ce qui peut être suffisant en ville. Dans sa version Trekking, le Mutipath est en outre équipé d’une fourche à un seul bras, baptisé Flex Fork, mise au point par le Lyonnais Motion Engineering, qui renforce encore l’amortissement. Cette même fourche peut encore être remplacée par la Mini-Cargo, fabriquée en France par Joker Bike, une entreprise implantée à Villeurbanne. Il est alors possible de transporter jusqu’à 40 kg ou d’installer un siège enfant. L’Ultima Mobility est non seulement à 90 % made in France, on peut même ajouter qu’il en grande partie fabriqué en Rhône-Alpes, où se trouve d’ailleurs le site d’assemblage de la marque.

Le Multipath peut être transformé en vélo cargo. Ultima Mobility commercialise en option la Family Fork, un kit développé et fabriqué à Villeurbanne. © Multipath Mobility

Deux approches différentes du vélo électrique

Le Moustache J est un vélo haut de gamme – selle télescopique, suspensions avant et arrière –, à l’image de ceux de son rival allemand Riese & Mülle. Conséquences principales de ce positionnement premium : un poids et un prix de vente très élevés, en ligne toutefois avec ceux de la concurrence. Pour celles et ceux qui préfèrent un VAE plus dépouillé, plus original et modulable, l’Ultima Multipath est tout indiqué. Cela d’autant qu’il est à 90 % local, tout en étant substantiellement  moins cher. En outre, il ne pèse que 20 kg, grâce à son cadre monocoque en carbone et polyamide fabriqué en Bourgogne. Il dispose également d’un couple moteur de 130 Nm –  contre seulement 75 pour le Moustache J –, qui lui permet de transporter des charges importantes et de grimper les pentes les plus raides. Pour ce qui est de l’autonomie, le Moustache J est, en revanche, deux fois plus endurant – 140 km contre 70* –, ce qui peut être un critère de choix déterminant pour certains utilisateurs. Il est également plus confortable, puisque totalement suspendu. Enfin, pour améliorer l’équipement l’Ultima Multipath, il faut ajouter des options, payantes. Ce qui finit par rapprocher les tarifs des deux modèles.

Quoi qu’il en soit, que l’on soit plutôt Moustache ou plutôt Ultima, peu importe : l’un et l’autre de ces fabricants illustrent le renouveau de l’industrie du cycle tricolore.

*Ultima propose une version long range de son Multipath, qui autorise une autonomie de 105 km.