TheTimeChanger, développée par Silmach, est la première montre au monde à embarquer un moteur silicium. © Silmach

La spécialité de Silmach est très originale, puisqu’elle marie le silicium, c’est-à-dire le plus célèbre des semi-conducteurs, les mems – micro electro mechanical system – et les techniques traditionnelles de l’horlogerie. Implantée à Besançon, la capitale française de la montre, elle développe depuis vingt ans des technologies de rupture, qui sont désormais mûres pour l’industrialisation. L’une d’elles est l’invention et la mise au point d’un micromoteur sur silicium qui pourrait, demain, remplacer le traditionnel moteur Lavet.

Deux inventions tricolores

Pour mémoire, le moteur « pas à pas » Lavet, qui équipe les montres à quartz du monde entier, a été inventé par un ingénieur français, Marius Lavet, à la fin des années 1940. Cela n’a pas empêché l’horlogerie tricolore d’être quasiment rayée de la carte au profit des entreprises suisses et asiatiques. Pourquoi ? Notamment parce qu’un moteur Lavet doit être vissé à la main dans chaque montre, une opération dont le coût est trop élevé pour être effectuée dans l’Hexagone. Bonne nouvelle : l’implantation du micromoteur PowerMems inventé par Silmach est automatisé. Il est soudé sur la carte électronique, comme n’importe quel autre composant. Ce procédé permet de se passer de la coûteuse intervention humaine et peut, potentiellement, ouvrir d’intéressantes perspectives pour l’industrie horlogère hexagonale.

Les mems, spécialité de Silmach, permettent de remplacer le traditionnel mouvement à quartz inventé par Marius Lavet, il y a quatre-vingt ans. © Silmach

L’ambition de Silmach est d’ailleurs de contribuer à sa relance, en fabriquant son micromoteur en France, en quantité industrielle, et en permettant aux marques locales de l’intégrer dans leurs propres montres. L’entreprise dispose déjà d’une ligne pilote d’assemblage, à Besançon, dont la capacité de production est de 300 000 micromoteurs par an. Loin d’être anecdotique, cette production ne représente cependant qu’une infime proportion du milliard de montres à quartz qui sont commercialisées chaque année.

Rapatrier en France une production de masse

L’objectif de Silmach est désormais de monter en puissance et de changer d’échelle, pour produire en masse, remplacer à terme le vieux Lavet et (re)faire du Doubs une place forte de l’horlogerie mondiale. Un micromoteur PowerMems offre en effet de nombreux avantages. Ainsi, il ne comporte que cinq pièces, ce qui est synonyme de simplicité de fonctionnement et de fiabilité – a contrario, la multiplication des éléments est source de complexité et de fragilité. Illustration de cette simplicité : l’entraînement direct des aiguilles par le micromoteur, qui se traduit par une fluidité de mouvement incomparable. Elle offre également une frugalité exemplaire et autorise une autonomie de dix ans, avec une pile classique. En outre, grâce à la taille et à l’épaisseur réduites du micromoteur PowerMems – très inférieures à celles d’un moteur Lavet –, il est possible d’implanter d’autres éléments et fonctions à la montre. Un argument de poids quand il s’agit de montres hybrides connectées – c’est-à-dire à aiguilles –, marché visé par Silmach.

Silmach a obtenu la plus haute récompense lors du dernier CES de Las Vegas, dans la catégorie Technologies embarquées.

TheTimeChanger, une montre révolutionnaire 100 % made in France

Pour démontrer tout le potentiel de cette nouvelle technologie, Silmach a conçu un premier modèle de montre, The TimeChanger. Une montre entièrement conçue, fabriquée et assemblée en France. C’est l’Américain Timex, plus précisément Fralsen, sa filiale implantée dans le Doubs depuis plus de soixante ans, qui a en charge sa production. Fralsen et Silmach ont d’ailleurs créé une coentreprise en 2017, pour développer et fabriquer le micromoteur PowerMems. Fralsen est aujourd’hui un important fabricant de pièces microtechniques de précision pour l’horlogerie, la défense, le médical et la connectique. La TimeChanger est une montre très originale, dotée de deux cadrans, totalement autonomes. L’aiguille des heures peut ainsi tourner dans le sens habituel et celle des minutes dans le sens opposé. Deux boutons-poussoir – un rouge et un jaune – permettent d’actionner, chacun, une aiguille. Autre qualité de la technologie « cœur de silicium » : son insensibilité totale au magnétisme, une qualité propre au silicium. Dessinée par Giorgio Galli, le designer de Timex, la TimeChanger mesure 42 millimètres de diamètre et pèse 64 grammes. Elle commercialisée à seulement 1088 exemplaires, soit le nombre maximal de cœurs que peut accueillir un wafer, autrement dit une galette de silicium.

Les premiers mouvements mécaniques made in France de France Ébauches équipent déjà plusieurs marques tricolores. © France Ebauches

Après la création de mouvements automatiques très haut de gamme par Pequignet ou BRM, la mise sur le marché de calibres plus abordables par Yema, après le renaissance de France Ébauches grâce à l’Espagnol Festina, voici donc un nouveau type de moteur qui pourrait, demain, rendre les montres made in France beaucoup plus accessibles – ce qui n’est malheureusement pas encore le cas de la Time Changer. Non seulement l’horlogerie française n’est pas morte, mais elle semble de plus en plus dynamique et ambitieuse.