Les produits fabriqués en France coûtent plus cher que leurs équivalents importés de pays à bas coûts, mais aussi que ceux venus du Portugal, d’Espagne voire Italie. Et lorsque l’inflation atteint des sommets, ils le sont encore davantage. Plus chers avant la hausse des prix, ils deviennent rapidement inabordables pour la très grande majorité des consommateurs, y compris pour ceux qui, jusque là, faisaient l’effort de payer plus cher pour soutenir l’économie locale. Avec la désindustrialisation, l’Hexagone a perdu ses sites de production et, partant, la possibilité de réaliser des volumes. Et sans volume, les prix sont inévitablement plus élevés.

Des règles qui favorisent l’enrichissement de quelques-uns

Si l’on ajoute à ces maux la perte de savoir-faire et son corollaire le manque de main-d’œuvre qualifiée, on ne peut que maudire l’OMS, les tenants des entreprises sans usine et les directions des achats qui ont contribué, méticuleusement, usine après usine, à la destruction du tissu industriel, que des générations d’entrepreneurs avaient bâti au cours du siècle précédent. Or si détruire est rapide et facile, reconstruire est long, difficile et coûteux. Les règles et l’organisation du commerce international permettent aujourd’hui de fabriquer à très bas coûts des quantités astronomiques de marchandises. Celles-ci qui sont ensuite vendues à des consommateurs, dont il n’est plus nécessaire d’augmenter les salaires pour qu’ils puissent se les offrir.

C’est en Afrique, notamment dans la rivière Nairobi, au Kenya, que finissent des quantités astronomiques de vieux vêtements et d’invendus des « grandes » marques occidentales. © Greenpeace.

Mieux, celles et ceux qui ont perdu leur emploi peuvent même acheter quelques articles à vils prix, sans qu’il soit nécessaire de leur donner du travail pour cela. Mêmes les bénéficiaires des minima sociaux peuvent ainsi contribuer, avec leurs maigres moyens, à cet énorme gâchis. Pour les tenants du système, c’est ce qu’on appelle « gagner sur toute la ligne ». Le différentiel entre le prix de revient et celui de vente, même très bas, permet de réaliser des bénéfices colossaux. Cette déconnexion entre pays de production et de consommation a offert à une infime minorité la possibilité de s’enrichir éhontément, pendant que la majorité s’appauvrissait. Pis : une fois produites et « consommées », ces marchandises finissent pour beaucoup en Afrique, où elles polluent l’environnement et empoisonnent la vie des habitants.

Baisser ses prix pour survivre

Une timide réindustrialisation est à l’œuvre dans l’Hexagone depuis quelques années, mais elle est aujourd’hui menacée par l’inflation. Les quelques industriels et marques de prêt-à-porter qui commercialisent des produits fabriqués en France ont ainsi vu leurs ventes décliner sensiblement au cours des derniers mois. C’est notamment le cas du Slip français, marque emblématique s’il en est, qui souffre comme les autres de cette baisse des achats made in France, déjà marginaux avant la hausse des prix. Pour tenter de l’enrayer, le fondateur de l’entreprise a fait un pari : commander de grandes quantités à huit fabricants tricolores – Le Slip français ne dispose pas de ses propres moyens de produits –, pour faire baisser les coûts de production. Il s’agit de faire des économies d’échelle pour, ensuite, proposer des tarifs plus abordables à ses clients. Pour ce faire, l’entreprise a commandé 400 000 pièces, alors que, d’ordinaire, les commandes n’excèdent pas 5 000 à 10 000 exemplaires. Selon Le Slip français, cette prise de risque – il faut en effet acheter ces 400 000 pièces, sans être assuré de les vendre – permet de diviser par deux le prix d’un boxer ou d’un slip.

Grâce aux packs, Le Slip français fait baisser de 25 % supplémentaires le prix de ses boxers made in France. © Le Slip français.

Certains consommateurs ont une vraie responsabilité

Avec un tarif de l’ordre de 25 euros, un boxer Le Slip français n’est pas plus cher que son équivalent Calvin Klein ou Ralph Lauren, importés d’Inde, du Pakistan ou du Bangladesh – la Chine, que les marques occidentales ont très largement contribué à polluer, est désormais trop chère. Ce prix reste cependant deux fois plus élevé que celui d’un boxer Dim et trois à quatre fois plus qu’un produit générique, vendu en hypermarché. Malgré l’effort important accompli par Le Slip français, ses sous-vêtements s’adressent donc, encore, à une minorité de consommateurs. C’est à eux, à ceux qui peuvent s’offrir des produits de marque, que Le Slip français s’adresse. C’est à eux de bien choisir les produits qu’ils achètent et, ce faisant, d’aider l’industrie textile tricolore à résister en cette période difficile. S’ils ne le font pas, ils contribueront à enrichir davantage les acteurs du système, tout en condamnant celles et ceux qui essaient, coûte que coûte, de créer des emplois dans l’Hexagone. D’aucuns diront que c’est aux pouvoirs publics d’agir pour favoriser les producteurs locaux. Sans doute, mais doit-on pour autant se dispenser de faire sa part ?

Aujourd’hui, beaucoup dénoncent l’arrivée d’acteurs comme Shein ou Temu pour expliquer les difficultés rencontrées par les enseignes textiles françaises, dont les fermetures se multiplient. Les Chinois semblent avoir toutes les qualités quand il s’agit de produire chez eux pour vendre ensuite chez nous, mais tous les défauts quand ils deviennent, logiquement, des concurrents. On comprend en effet que ceux qui ont grassement profité de la main-d’œuvre asiatique pour bâtir leur juteux business s’inquiètent aujourd’hui de l’arrivée de ces nouveaux venus. Mais on ne peut pas toujours gagné. Quant aux petits fabricants tricolores, au Slip français en l’occurrence, ces nouveaux venus ne vont sans doute pas changer grand-chose pour eux.

Le Slip français : sous-vêtements et vêtements made in France, pour homme et femme