
Un journaliste du Figaro a tenté une expérience d’un courage incroyable : ne pas acheter ou utiliser de produits américains pendant vingt-quatre heures. Quel défi audacieux, courageux, peut-être même irresponsable ! Comment, en effet, se passer de Coca-Cola, de McDo, de Google et de Chrome, de Nike, de Netflix, de Dell ou de HP, de Microsoft Office – donc de Word, Teams et Outlook –, d’Amazon, d’Apple et de ses iPhones et, bien sûr, des réseaux sociaux ? Mais au fait, pourquoi vouloir boycotter les produits américains ? Parce que la Maison Blanche est désormais occupée par un locataire peu recommandable. Lorsque notre suzerain était bien sous tous rapports – il y a de cela quelques dizaines de jours seulement –, se passer de produits et services développés outre-Atlantique – mais fabriqués en Chine, un pays pourtant dirigé par un autre vilain ! – ne serait même pas venu à l’idée de ce vertueux journaliste ni de ses donneurs d’ordres.
En Europe comme en France
Cette volonté de ne plus acheter américain n’est pas spécifiquement française : les ventes de Tesla se sont ainsi effondrées dans toute l’Europe. Les modèles de ce constructeur d’automobiles sont-ils soudainement devenus moins performants, fiables et séduisants ? Pas du tout. Le dirigeant de l’entreprise qui les fabrique a eu, en revanche, la mauvaise idée de s’acoquiner avec le sulfureux personnage sus-mentionné, en plus de proférer sur son réseau social personnel des propos qui n’ont pas l’heur de plaire aux potentiels acheteurs de Tesla. Comme quoi ces derniers peuvent, quand ils estiment que ça en vaut la peine, considérer l’achat comme un acte politique. Le font-ils d’ordinaire en privilégiant les achats locaux pour soutenir l’économie tricolore ? A contrario, il n’est pas certain que celles et ceux qui n’ont d’autres choix que d’acquérir une Dacia d’occasion soient très sensibles aux saillies d’Elon Musk. À chacun ses moyens et ses préoccupations. Peut-être ce boycott politique incitera-t-il certains automobilistes qui se détournent de Tesla à choisir à la place une Citroën, une Peugeot ou une Renault électriques et made in France ?

Des solutions existent pour chaque produit
Le courageux journaliste du Figaros trouve compliqué, voire impossible, de se passer de produits US. C’est sans doute vrai pour certains, mais il est, en revanche, tout à fait envisageable de remplacer des Nike par des Veja, des Lacoste ou, pour l’instant, par des Coq sportif. Il est encore plus facile de négliger les vêtements Levi’s, Calvin Klein ou Ralph Lauren. On peut aussi se passer de Google au profit du Français Qwant, de DuckDuckGo ou de Tor – deux navigateurs libres nés outre-Atlantique, mais développés gratuitement et maintenus par des développeurs du monde entier. Idem pour Microsoft Office, qui ne fait pas grand-chose de plus ou de mieux qu’Open Office, une solution libre et gratuite. Netflix ou Amazon Prime peuvent être remplacées par Canal Plus, qui diffuse qui plus est les films et séries d’OCS et des plateformes d’outre-Atlantique. Troquer son Coca-Cola contre du Breizh-Cola, de l’Orangina ou, mieux encore, contre de l’eau ne pose pas problème non plus ! Quant aux ordinateurs Dell ou HP, ils ne sont en rien plus performants que ceux fabriqués par Lenovo, Samsung, Asus ou Acer. Si ce même journaliste se méfie des Chinois, il négligera le premier et préférera les suivants.
Pas simple pour les réseaux sociaux…
Les ordinateurs Samsung, Asus et Acer ont, en effet, l’avantage d’être conçus et fabriqués en Corée du Sud et à Taïwan. Il s’agit certes de satellites américains, mais qui ont été défaits et/ou soumis par les USA lorsque ceux-ci étaient encore le phare de la liberté, de l’égalité, de la démocratie et de la paix – c’est-à-dire avant janvier 2025 et à l’exclusion des années de 2017 à 2021. Les réseaux sociaux sont plus problématiques : à l’exclusion du Chinois TikTok – qui bientôt ne sera peut-être plus disponible en Europe –, et du Russe Telegram – déjà sous surveillance –, tous sont américains. Ces acteurs sont dirigés par des oligarques qui ont prêté serment d’allégeance à la nouvelle administration en place à Washington, comme ils l’avaient fait avec la précédente. Côté messagerie, il existe des solutions made in France pour se passer des géants internationaux, à l’image d’Olvid ou de Skred Messenger. Pour le partage de photos, BeReal s’est déjà fait une place enviable, notamment parmi les plus jeunes.
… beaucoup plus pour la musique
S’agissant des vidéos, le pionnier Dailymotion peut faire l’affaire ; côté musique, Deezer et Qobuz n’ont rien à envier aux à Google Music, Apple Music, Amazon Music, YouTube Music ou Tidal, ni même au leader suédois Spotify. En revanche, pas de solution tricolore pour remplacer X… Peut-être le moment est-il venu de se passer définitivement des pensées et commentaires des utilisateurs de cette plate-forme. Remplacer cette logorrhée incessante par la lecture, le calme, la réflexion ou de vraies discussions ne peut pas faire de mal.

Bref, en faisant preuve d’un peu de bonne volonté, on peut se passer de beaucoup des produits et services venus d’outre-Atlantique, l’exception majeure des puces et systèmes d’exploitation qui font tourner ordinateurs et mobiles. Ainsi, s’affranchir de Visa et Mastercard pour faire ses achats au quotidien avec sa carte de paiement ne pose pas de problème en France, grâce au groupement des Cartes Bancaires. Le choix de ce réseau interbancaire national est même plus économique lors des transactions, en ligne comme en boutique. Son utilisation est en revanche quasi impossible l’étranger. Opérer ce « grand remplacement » est sans doute plus facile individuellement qu’au sein de structures, professionnelles notamment. Les Gafam sont, en effet, parvenus à les coloniser, y compris dans l’administration. Un noyautage qui, semble-t-il, ne posait pas de problème tant que les États-Unis étaient gentils. Maintenant qu’ils sont, soudainement, devenus méchants, c’est plus embêtant. Mais comme le dit un proverbe : à quelque chose malheur est bon. Attention cependant : nombre de produits de marques américaines – détergents, Coca-Cola, gâteaux Lu, etc. – sont fabriqués en France. Quant aux fast-foods, ils emploient des milliers de personnes dans l’Hexagone. Mais il est probable que les conducteurs de Tesla n’y travaillent pas, pas plus qu’ils n’y déjeunent.




