L’industrie de l’habillement est largement responsable de la pollution des cours d’eau, en Chine notamment ©Pixabay/Yogendra Singh

De beaux discours, des engagements précis et, au bout du compte, rien… La mode est une parfaite illustration de notre société de consommation et de communication. Elle délocalise, pollue, exploite, s’engage à changer et continue comme si de rien n’était.
L’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, le 24 avril 2013, devait marquer un nouveau départ. Finies les pratiques inhumaines et la destruction de l’environnement ! Place à la mode responsable.

Polluer, encore et toujours

Près de dix ans plus tard, rien n’a changé, ou presque. Selon un article du Financial Times, seul 1 % des textiles est recyclé, alors que la production de vêtements a doublé entre 2000 et 2015. Sur la même période, l’utilisation que l’on fait d’un vêtement a quant à elle diminué de 36 %.
Logique : on achète plus des vêtements de mauvaise qualité, que l’on porte moins. Toujours selon le même article, 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre étaient produits par l’industrie de l’habillement en 2018. Et au moins les deux tiers de cette empreinte carbone sont dus du choix de matériaux.
Et les conditions de travail ? Des accords et des conventions ont été signés, des engagements ont été pris, des labels ont été créés pour que les « petites-mains » puissent vivre décemment de leur travail. Très bien, mais encore faut-il que cette main-d’œuvre puisse vivre, tout simplement.

Exploiter, encore et toujours

En février 2021, vingt-quatre personnes sont mortes à Tanger, au Maroc, lors de l’inondation d’un atelier installé dans une cave. L’habitude est en effet, souvent, de fermer à clé la porte de ces caves. Dès lors, impossible s’échapper lorsque des pluies torrentielles déclenchent une inondation. Ouvrières et ouvriers finissent alors noyés, au travail, en pleine ville.
Un article du Monde révèle que de grandes marques internationales — Zara, Bershka ou Kiabi…— font travailler ce genre de structure. Où sont les progrès par rapport 2013 ? Faut-il se réjouir que les vêtements voyagent moins — le Maroc est en effet plus proche de l’Hexagone que le Bangladesh… — si la misère et les conditions de travail suivent la production ?
La mode à bas coûts est incompatible avec des conditions de travail décentes et le respect de normes environnementales. Pourquoi continuer à prétendre le contraire ?
Des enseignes populaires, à l’image de Jules — groupe Mulliez, comme Kiabi… —, tentent de relocaliser une partie de leur production. Certains jeans de la marque seront ainsi très prochainement fabriqués en France, dans le Nord, dans une usine flambant neuve.

Sous-vêtements Le Slip français made in France, fabriqué avec du chanvre cultivé en Seine-et-Marne © Le Slip français

Ou produire ici, avec des matières premières locales ?

D’autres s’associent pour fabriquer eux aussi une partie de leurs modèles, en l’occurrence des chaussures de sport, dans l’Hexagone. Mais ces initiatives sont encore rarissimes.
D’autres encore, qui se sont spécialisés dans la production française, poussent plus loin encore leur démarche. Le Slip français, qui à l’origine pouvait passer pour un phénomène passager, une mode, creuse ainsi son sillon local.
Après la confection — intégralement française —, la petite marque s’attaque désormais aux matières premières. Elle a commencé par créer des pulls en laine française, contribuant ainsi à relancer une filière française moribonde.
Elle commercialise aujourd’hui des vêtements made in France en lin 100 % tricolore, grâce à la renaissance, encore timide, d’une filière complète sur le territoire. De même, elle vient de lancer ses premières pièces en chanvre. Comme le lin, cette plante nécessite peu d’eau et pousse sans le moindre intrant chimique, en France.
Dans la mode comme dans tout, il est préférable de se fier aux actes, surtout pas au marketing et aux déclarations d’intention.