Les vélo électriques de chez Ultima sont presque 100 % made in France. © Ultima

Il se passe quelque chose dans le petit mode de la bicyclette made in France. Il n’y a pas si longtemps, juste une petite dizaine d’années, la quasi-totalité des vélos vendus en France était importée. Quelques modèles étaient au mieux assemblés dans l’Hexagone par des marques comme Gitane, Peugeot ou par le Vendéen Intercycles, devenu depuis Arcade Cycles. Puis de nouveaux acteurs ont fait leur apparition, dont la caractéristique principale était la volonté d’assembler leurs modèles, à plus ou moins grande échelle, dans l’Hexagone. Mais l’assemblage, même s’il est un premier pas vers la relocalisation, n’en pas moins qu’un premier pas.

Des engins à vocations professionnelle et familiale

L’avènement du vélo à assistance électrique a permis à nombre de nouvelles marques de s’imposer sur ce marché naissant. C’est le cas notamment de Moustache Bike, le plus important de ces nouveaux venus, mais aussi de son fournisseur. Ainsi, en 2023, le géant allemand est devenu incontournable en matière de motorisation et de batterie, aux côtés d’un ou deux autres fabricants d’outre-Rhin, de deux ou trois Japonais et Sud-Coréens et d’une myriade de Chinois.
Les vélos assemblés en France étaient donc – et sont encore – pour l’essentiel composés de batteries et de moteurs allemands, chinois ou japonais, de cadres taïwanais et de multiples composants provenant des mêmes pays.
Aujourd’hui, il est devenu très difficile de connaître tous les assembleurs tricolores, tant ils sont nombreux, sur tout le territoire. Beaucoup se consacrent aux vélos électriques, beaucoup d’autres encore aux modèles cargos, triporteurs et autres longtails, destinés à des usages professionnels et /ou familiaux.

Les cadres des tripoteurs pendulaires développés par Ili Cycles sont fabriqués à la main, près de Nantes. © Ili Cycles

Cargos, triporteurs et longtails changent la donne

C’est grâce à ces machines particulières qu’une nouvelle étape est en passe d’être franchie. De plus en plus de marques – on peut même, désormais, parler de fabricants – produisent eux-mêmes leurs cadres. À défaut, d’autres les font réaliser par des sous-traitants, de plus en plus souvent dans France. C’est le cas, par exemple, de VUF, de Douze, d’Oklö, d’Ili Cycles et de bien d’autres. Les cadres de ces machines, complexes, coûteux à réaliser et qui répondent à des demandes souvent spécifiques, redonnent du travail à des entreprises locales.
Pour les vélos classiques, c’est semble-t-il plus compliqué. Quelques artisans n’ont jamais cessé de peaufiner des cadres à la main, mais les tarifs élevés de leur production limitent forcément leur diffusion. Certains, à l’image d’Ultima, ont choisi de contourner cette difficulté en concevant des cadres très originaux, fabriqués en France à partir de matériaux composites et recyclés.

Fabriquer les cadres, les moteurs et les batteries

Mais, là aussi, la situation évolue. Une entreprise du Sud-Ouest, baptisée Milc – pour Made in Le Coin – Industry, qui jusqu’à présent concevait et fabriquait des prototypes de divers clients, a annoncé investir pour se lancer dans la fabrication industrielle de cadres en marque blanche. L’objectif est de répondre à une très forte demande des nouvelles marques françaises, qui souhaitent faire fabriquer leurs cadres dans l’Hexagone, dans des quantités trop modestes pour les usines géantes implantées à Taiwan.

Développée et fabriquée en France par Effigear, la boîte automatique marque-t-elle la fin du dérailleur ? © Effigear


Côté motorisation, l’arrivée de Valeo et de son Cyclee permet désormais d’accéder à des systèmes d’électrification – moteurs, batteries, électronique – made in France, à même de concurrencer, à terme, les Bosch, Brose, Bafang, Yamaha – dont le nouveau moteur sera assemblé en France – et autres Shimano. Caractérisée par un couple très supérieur à ceux proposés par la concurrence, la solution développée et fabriquée par Valeo est particulièrement adaptée aux marchés des vélos professionnels et familiaux. Ce qui n’empêche pas certaines marques, comme Ultima et Héritage, de les proposer sur des modèles de ville ou des VTT.

La fin du dérailleur ?

Le système Cyclee est d’autant plus original qu’il intègre une boîte de vitesses automatique, mise au point par Effigear, une autre entreprise tricolore, qui permet de se passer de dérailleur, un des éléments les plus fragiles sur un vélo. Est-ce la fin de ce même dérailleur, inventé et industrialisé en France dans la première moitié du XXe siècle ? Longtemps leaders mondiaux, des fabricants comme Simplex et Huret se sont fait rattraper, puis dépasser par le Japonais Shimano, avant  de disparaître ?
Outre le problème des capacités de production – en France – de cadres, de moteurs, de batteries et de composants divers, il y a celui du coût. Les éléments qui y sont fabriqués sont nettement plus chers que leurs homologues asiatiques, voire est-européens — les systèmes Bosch sont manufacturés en Pologne. Ainsi, le système Cyclee de Valeo, qui est fabriqué en France – moteur et batterie –,  est à ce jour monté sur des machines qui coûtent plusieurs milliers d’euros. Ce qui le rend inaccessible au plus grand nombre.

Grâce au moteur Virvolt, fabriqué à Flins, on peut transformer son vieux bicloune en vélo électrique. © Virvolt

Transformer son vieux bicloune en vélo électrique

L’idéal serait de pouvoir transformer son vélo traditionnel en vélo électrique. Ce qui est désormais possible, avec des éléments made in France qui plus est. Ainsi, la société Virvolt a développé un kit d’électrification adaptable sur 98 % des vélos dits musculaires. Ce kit inclut un petit moteur, léger et performant, une batterie gourde, un écran de contrôle et un chargeur. Le moteur est donc « l’œuvre » de Virvolt, qui l’a conçu et développé et qui le fait fabriquer à Flins, par Renault. Quant à la batterie, elle est fabriquée par Gouach, une jeune entreprise bordelaise. Pour l’instant, les cellules sont encore japonaises (Panasonic), mais avec la prochaine production de ces éléments en France, il est possible qu’elles soient à l’avenir, elles aussi, fabriquées localement.

Fabriquées en France, les batteries Gouach sont sans soudure. Du coup, on peut les réparer soi-même. © Gouach

Réparer soi-même sa batterie

Point fort des batteries Gouach : leur fabrication, sans soudure, qui permet de remplacer soi-même les cellules défectueuses. Il s’agit donc de batteries réparables. Un argument de poids pour qui a vu l’endurance de sa batterie de vélo décliner rapidement et qui se trouve dans l’incapacité d’y faire quoi que de soit. Cet argument est également revendiqué par Virvolt, dont le moteur peut lui aussi être réparé. Pour celles et ceux qui aimeraient disposer de ces deux innovations sur un vélo neuf, il existe aussi une solution : elle s’appelle Jean Fourche, du nom d’une nouvelle marque de cycles made in France.

En 2023, il est clair que le vélo bleu-blanc-rouge a achevé sa descente aux enfers. Tout se met en place, progressivement, pour que se dessine une vraie renaissance de la bicyclette made in France.