Concept moto électrique développé en France, par Nawa Technologies.
Concept de moto électrique à super-condensateurs, développé par Nawa Technologies.

De grosses motos made in France ! L’Hexagone sera-t-il à l’avenir être capable de fabriquer — et de vendre ! — des motos sur son territoire ? Certains y croient en tout cas, qui profitent de l’avènement du deux-roues électriques pour tenter de relancer cette industrie en France.

Un industriel, quelques artisans, deux importateurs

Car jusqu’à présent, la France n’a jamais été une terre d’élection pour la moto. Les heures de gloire toute relative de la motocyclette made in France remontent en effet au début du 20e siècle, avec des marques comme Terrot, Gnome &Rhône ou Peugeot. Plus récemment, Voxan a tenté sa chance, avant elle aussi de devoir jeter l’éponge. Même Peugeot a récemment passé la main en vendant intégralité de ses parts dans Peugeot Scooters à son partenaire indien Mahindra. Bref, il ne fait pas bon être fabricant de deux-roues motorisés dans l’Hexagone… En 2019, seule Sherco, la marque nîmoise de motos tout terrain, a survécu à cette hécatombe. Mieux : avec ses deux sites de production, l’un à Nîmes, l’autre à Barcelone, la marque française connaît un joli développement.
La moto française existe encore, cependant, mais à l’échelle artisanale, à l’image de ce que font Midual, Avinton ou encore Brough Superior. Cette dernière, si elle est une ancienne marque anglaise disparue la veille de la Seconde Guerre mondiale, est aujourd’hui devenue française. La moindre petite pièce de ces motos pour happy fews fortunés est, en effet, peaufinée à la main, à Toulouse. La petite marque a même créé un modèle en édition limitée de 100 exemplaires avec Aston Martin !
À l’opposé, deux marques, Mash et Orcal, tirent admirablement leur épingle du jeu sur le marché grand public des petites motos urbaines rétros. Mais si elles sont bien françaises et que leurs machines sont designées et développées dans l’Hexagone, elles sont en revanche animées par des moteurs japonais et sont assemblées en Chine.

Scooter électrique Eccity, fabriqué en France.
Scooter électrique assemblé en France, par Eccity.

Déjà trop tard pour les scooters ?

Qu’en sera-t-il demain des deux-roues électriques ? La transition vers la circulation silencieuse et non polluante sera-t-elle l’occasion de créer une véritable industrie du deux-roues made in France. Les retards accumulés par ses artisans et industriel et, à l’opposé, l’avance prise par les Japonais et désormais Chinois, les Italiens ou les Allemands rendent difficile, voire impossible l’émergence de constructeurs français capables de les concurrencer. Mais avec le scooter et la moto électrique, il n’est peut-être pas encore trop tard. Les constructeurs chinois ont déjà pris une sérieuse longueur d’avance en termes de petits deux-roues électriques. Les Allemands proposent eux aussi plusieurs marques, dont les modèles sont cependant assemblés ailleurs, en Chine et en Pologne notamment. Même les Italiens et les Espagnols ont leurs constructeurs.
En France, deux petites marques existent depuis plusieurs années et essaient tant bien que mal de profiter du nouvel engouement pour les cyclos et scooters électriques. E-tricks commercialise ainsi plusieurs cyclos typés tout chemin ainsi que deux petits modèles urbains. Quant au Cannois Eccity, il se concentre sur les modèles classiques de scooters équivalents 50 et 125 cm3, auxquels il a récemment ajouté un trois-roues très original. C’est peu, et ça ne présage rien de bon, même si nous n’en sommes encore qu’au tout début de cette nouvelle industrie.

Moto électrique e-Raws, développée et fabriquée en France par Essence Motocycle.

Et si la moto française était électrique !

Deux marques de grosses motos électriques tricolores entendent prendre leur place sur ce nouveau marché, en proposant des machines très inventives fabriquées dans l’Hexagone. C’est le cas de Newron, créé en 2016 et implanté à Herblay, dans le Val d’Oise. L’entreprise n’en est encore qu’au prototype et la route est donc longue encore avant de voir une moto de cette nouvelle marque sur les routes de France ou d’ailleurs.
Ce n’est plus le cas de Essence Motocycles et de ses motos électriques e-raws, des motos futuristes assemblées artisanalement à Lyon, dans un petit atelier à l’ancienne. Cette jeune marque met en outre un point d’honneur à travailler avec des fournisseurs locaux, à l’image de Beringer pour le freinage, de la Chaudronnerie Métallerie Hulin pour le cadre, d’ExpeMotion pour le design, de NC Décor pour certaines pièces de « carrosserie » ou encore de Pymco Technologies pour la chaîne de traction.
Dernier exemple avec Nawa Technologies, qui présenté le 19 décembre 2019 un prototype de moto électrique. Cette machine très futuriste est surtout l’occasion, pour la petite entreprise française, de mettre en lumière les technologies qu’elle développe, en particulier les super-condensateurs. Grâce à eux en effet, l’entreprise espère pouvoir prochainement booster la puissance et l’autonomie des batteries, un des principaux défis pour la mobilité électrique de demain.

Moto électrique de Nawa Technologies.
La moto du futur, selon Nawa Technologies.

Selon Nawa Technologies, ces surper-condensateurs permettraient de diviser par deux la taille des batteries tout en multipliant par deux leur autonomie. Des performances à même d’intéresser les fabricants d’automobiles… Nawa Technologies, qui vient de passer à la production industrielle, présentera son Racer lors du prochain salon mondial des nouvelles technologies, le désormais célèbre CES de Las Vegas, du 7 au 10 janvier prochain.
La moto made in France tant attendue sera-t-elle électrique ? Les idées et les concepts existent. Le problème est ensuite, comme souvent en France, de passer à la concrétisation.