McPhy a construit une première station d'approvisionnement de bus en hydrogène.
La première station d’approvisionnement de bus en hydrogène, construite par McPhy, a été inaugurée en juin 2019, dans le nord de la France. L’hydrogène est produit sur place, par électrolyse. © McPhy

Tous les maillons se mettent progressivement en place. La filière de l’hydrogène se structure en effet grâce à nombre d’entreprises, grandes ou petites, et à la multiplication des projets. Et comme les autorités ont lancé, le 27 janvier dernier, un appel à projets « innovants d’envergure européenne ou nationale sur la conception, la production et l’usage de systèmes à hydrogène », la tendance devrait encore se renforcer.
Récemment, deux grands équipementiers automobiles tricolores, Michelin et Faurecia, ont ainsi annoncé la construction du premier site de production de leur filiale commune, Symbio. Implantée près de Lyon, cette usine produira à grande échelle des piles à combustible pour les véhicules. Des piles à combustible Symbio équipent déjà plusieurs centaines de véhicules utilitaires Renault, le constructeur ayant en outre décidé de les intégrer lui-même sur des Kangoo, puis sur des Masters. Ces piles sont utilisées comme prolongateurs d’autonomie de véhicules électriques, autonomie qui peut ainsi être doublée, voire triplée. Les véhicules hybrides hydrogène-électricité présentent comme avantage principal d’être beaucoup moins coûteux que ceux 100 % hydrogène — japonais ou coréen — déjà commercialisés.
HDF, Hydrogène de France, a pour sa part annoncé la construction à Bordeaux d’une usine de fabrication de piles à combustible géantes, destinées à retransformer de l’hydrogène fabriqué à partir d’électricité renouvelable, en électricité. Objectif de l’opération : pallier l’intermittence du solaire ou de l’éolien pour fournir de l’énergie lorsque le vent ou le soleil font défaut.
Autre “brique” de la filière hydrogène, la première station d’approvisionnement a quant à elle été inaugurée dans le nord de la France, en juin 2019. Construite par la société française McPhy, elle permet non seulement d’approvisionner des bus — fabriqués dans le Sud-Ouest par Safra —, mais aussi de produire l’hydrogène, sur place. Celui-ci l’est par électrolyse à partir d’électricité garantie renouvelable — et d’origine française — fournie par Engie.

Pile à combustible fabriquée par Symbio. L’entreprise équipe déjà des utilitaires commercialisés par Renault. © Symbio


Produire de l’hydrogène vert

Reproche est souvent fait à l’hydrogène de ne pas être propre, puisque produit à plus de 85 % à partir d’énergies fossiles. Pour que l’hydrogène soit véritablement vert, il est donc indispensable de recourir aux énergies renouvelables pour le produire.
C’est très précisément la vocation de Lhyfe, une jeune entreprise nantaise, qui va en 2021 mener son premier projet significatif. La start-up, fondée en 2017 par un ancien ingénieur de CEA Tech, a en effet été sélectionnée pour bâtir une unité de production à proximité immédiate d’un parc de huit éoliennes, en Vendée. Ce projet prévoit également la création d’une station destinée à alimenter une ligne de bus à hydrogène. Étape suivante pour Lhyfe : d’abord construire d’autres unité la “terre ferme”, puis répliquer le modèle en mer. Pour le fondateur de Lhyfe, implanter des plates-formes de production d’hydrogène près des champs d’éoliennes offshore ne présente en effet que des avantages. D’abord, les capacités de production d’énergies renouvelables à terre risquent d’être rapidement limitées si on les met en regard de l’énorme développement potentiel de l’hydrogène.

Modèle de plate-forme de production d’hydrogène Lhyfe à proximité d’un champ d’éoliennes offshores. En réalité, ce type d’infrastructure doit être installé à une cinquantaine de kilomètres des côtes. © Lhyfe

En mer en revanche, ces capacités sont beaucoup plus importantes. Ensuite, transporter de l’hydrogène coûte dix fois moins cher que transférer de l’électricité produite en mer. Une fois acheminé à terre, l’hydrogène peut être transporté vers des stations de distribution — sans électrolyseur. Pour produire de l’hydrogène au large, il faut puiser de l’eau directement dans l’océan, puis la désaliniser et, enfin, la purifier. Ensuite, l’oxygène qui est produit au cours de l’électrolyse est injecté dans la mer sous forme de petites bulles. Cette injection contribue à l’oxygénation de l’océan, alors que celle-ci est altérée depuis près d’un demi-siècle par la pollution et le réchauffement climatique. Or, sans oxygène pas de vie, même dans l’eau. Ce serait bien la première fois que des opération destinées à la production d’énergie seraient bénéfiques pour l’environnement…