Raymond Poulidor et son célèbre maillot Mercier. L’idole populaire par excellence. © Capture écran film Ina.

L’article relate une belle aventure : celle de deux hommes qui depuis plusieurs années travaillent patiemment à faire renaître la marque familiale, en l’occurrence Mercier. Il ne s’agit pas ici des vélos, censés revivre eux aussi d’ici à la fin de l’année, mais du textile de la marque. Pour ce faire, un des fils du fondateur de Mercier et son gendre se sont associés pour mener à bien le retour des maillots que portait Raymond Poulidor.
Le même article retrace aussi une autre renaissance : celle des cycles Dilecta (https://dilectacycles(point)com). Intéressant en effet de mettre en parallèle ces deux histoires, qui illustrent le nouvel appétit des Français pour d’anciennes marques disparues. Ici, il s’agit de proposer des vélos haut de gamme, intégralement fabriqués en France, de manière artisanale. Celui qui porte ce projet revendique un certain élitisme. Il déplore, en revanche, que beaucoup se contentent, au pis de simplement peindre leurs deux-roues en France, au mieux d’y assembler des éléments venus d’ailleurs. Tout en revendiquant une fabrication française ! Bref, l’homme d’affaires qui préside au retour de Dilecta cible la quasi-totalité des marques actuelles… Certes.
Mais ces nouveaux vélos haut de gamme ne s’adressent pas franchement aux classes populaires ! Celles-là même qui, jadis, encourageaient les champions qui traversaient l’Hexagone aux guidons de vélos Mercier ou Dilecta. Et qui pouvaient, à l’époque, rouler sur les mêmes bicyclettes que leurs idoles. Or, les vélos Dilecta sont facturés entre 4 000 et 9 000 euros pièce. À ce tarif, il est sans doute plus facile de produire en France. Certains font même fabriquer — et non pas assembler — des vélos électriques dans l’Hexagone pour un prix équivalent, voire nettement inférieur

Les vélos Dilecta sont à nouveau fabriqués en France. Mais ils ne sont pas à la portée de tous les cyclistes… © Dilecta

Une marque et rien d’autre

Si les pur-sang Dilecta ne sont pas à la portée du plus grand nombre, au moins sont-ils made in France. Ce qui n’est pas le cas des élégantes tenues Mercier. Pas un seul des produits de la légendaire marque — exception faite du tissu des cuissards — n’est fabriqué dans l’Hexagone. Maillots, cuissards, t-shirts, sweat-shirts et même chaussettes sont fabriqués ailleurs !
Les promoteurs de la renaissance du textile Mercier font en effet produire leurs collections en Italie, au Portugal et en Chine. Peut-être après tout est-il impossible de fabriquer des tenues de cyclistes en France. Las : Noret en produit depuis 1939, en Bretagne. Et ne parlons même pas des t-shirts, sweat-shirts et autres chaussettes…
Difficile dans ces conditions d’invoquer le savoir-faire ou l’héritage de Mercier pour justifier le « retour » de la marque. C’est pourtant ce que fait cette nouvelle marque, en multipliant les références (https//www.mercier(point)cc/) à l’ancienne usine de cycles, implantée à Saint-Étienne. Et là aussi, Mercier ne s’adresse qu’à une minorité de cyclistes. Il faut en effet signer un chèque de 700 euros pour avoir le privilège d’enfiler un maillot, un cuissard et une veste de pluie Mercier. Avant d’enfourcher sa bicyclette à 9 000 euros ? Pas sûr que cela aurait plu à Raymond Poulidor… Dilecta commercialise également des tenues de cyclisme, elles aussi importées. Et elles sont vendues deux fois moins cher que les Mercier !
Loin de symboliser la renaissance d’anciennes gloires populaires tricolores, le pseudo-renouveau du textile Mercier rappelle au contraire l’attitude de tous ceux qui ont activement participé à leur disparition, en dissociant marque et production. Et en délocalisant celle-ci.
Le cyclisme était le sport populaire et bon marché par excellence. Ces marques vintage contribuent à le dévoyer et à en faire un passe-temps pour classes aisées. Dommage qu’un grand quotidien — populaire — comme Ouest-France se prête à ce genre « d’enfumage ».