Ce superbe vélo été (re)fabriqué avec 82 % de composants made in France recyclés. ©Panache

C’est un peu comme un chef qui, du jour au lendemain, se retrouve dans l’incapacité de servir ses clients, faute d’ingrédients pour préparer les plats. C’est ce à quoi sont confrontés de plus en plus d’industriels, sur tous les continents — à l’exception probable de l’Asie…
Après l’industrie automobile qui doit faire face à des pénuries de composants — électronique, acier, plastique… — depuis plusieurs mois, c’est au tour de celle du cycle de connaître les mêmes soucis.


Une offre made in France inexistante ou presque

Deux phénomènes concourent à gripper la jolie bicyclette mondialisée : la crise du Covid et les problèmes d’acheminement des marchandises ; la forte demande intérieure.
Les Français se sont en effet remis au vélo et commandent à tour de bras. Bonne nouvelle, a priori : le retour en grâce du deux-roues — avec et sans moteur électrique — est bon pour les poumons, bon pour le cœur et les oreilles, bon pour l’environnement, etc.

Parmi les composants qui font défaut figurent les dérailleurs. Il y a quarante ans, Huret en était le premier fabricant mondial. © Panache.


Dans une économie localisée, cette forte croissance de la demande devrait profiter aux entreprises tricolores. Les fabricants de cadres, de roues, de rayons, de pneus, de cintres, de roulements, de chaînes, d’éclairage, de moteurs électriques, de batteries, de selles, de sonnettes…, tous devraient déborder d’activité.
Malheureusement, si l’engouement de la population est là, en face, il n’y a plus de producteurs pour le satisfaire. La majorité des marques tricolores sont aujourd’hui des assembleurs qui se fournissent à l’étranger. Ils sont désormais plus commerçants — ils achètent et ils revendent, plus cher — qu’industriels. Et un commerçant, si ses fournisseurs ne le fournissent plus, il n’a plus rien à vendre. Il est nu.

Vélo d’époque (1936) parfaitement restauré, sans composant importé. Lumière arrière mise à part peut-être…. © La Bicicletta

Cela n’a rien de nouveau en soi, puisqu’un fabricant, quoi qu’il fabrique, a besoin de pièces ou de matières premières. Et en général, il s’approvisionne auprès d’autres entreprises et tout le monde y trouve son compte. Les Gitane, Motobécane-Montoconfort, Lejeune, Mercier, Ginet, Liberia, Peugeot et autres Métropole pouvaient jadis se fournir auprès de leurs compatriotes Huret et Simplex pour les dérailleurs, Mafac ou CLB pour les freins, Maillard pour les pédales et les moyeux, Rigida ou Mavic pour les jantes, Sedis pour les chaînes, etc.
Peu importait alors qu’un navire bloque le canal de Suez ou qu’un virus entrave le commerce international. Toutes les pièces nécessaires à la fabrication d’un vélo avaient leur(s) fabricant(s) * dans l’Hexagone. Mais tous ou presque ont aujourd’hui disparu.

Dépendance totale à l’étranger

Ça se complique sérieusement lorsque ces mêmes fournisseurs ne sont plus que quelques-uns, qu’ils se trouvent tous dans un ou deux pays d’Asie et qu’ils ont pour clients les marques et assembleurs du monde entier.
Aujourd’hui, il ne reste plus guère que quelques fabricants français de pédaliers, de roues et de pneus, quelques artisans cadreurs, d’anciens grands acteurs devenus simples marques et des assembleurs, bien démunis sans leurs composants importés.

Les bricoleurs peuvent “retaper” eux-mêmes d’antiques vélos made in France, avec des pièces vintage elles aussi… © La Bicicletta


À défaut de pouvoir acquérir une bicyclette neuve, faute de composants, il est toujours possible de s’offrir un vélo vintage made in France soit « dans son jus », soit parfaitement restauré, soit totalement refabriqué.
Et au diable la pénurie de composants chinois ou taïwanais…