Le télétravail va-t-il devenir la norme ?

Un été pourri ! Les mois de juin, de juillet et le début de celui d’août 2021 battent en effet des records en termes de pluviométrie ! Désagréables pour les vacanciers, la pluie incessante est une calamité pour celles et ceux qui comptent sur la chaleur de l’été pour assainir leur logement. L’humidité ambiante — il est possible de consulter le taux d’humidité avec de petits appareils — est d’autant plus problématique que le télétravail risque de devenir la norme à la prochaine rentrée. Et s’il ne devient pas la norme, sans doute le télétravail va-t-il durablement s’installer dans le quotidien des Français, qui devront à l’avenir partager leur temps entre l’entreprise et le domicile.
Un certain nombre d’entreprises ont en effet dores et déjà décidé de franchir le pas et de proposer à leurs salariés de travailler chez eux tout ou partie de leur temps. De même, nombreux sont les hommes et les femmes qui ont choisi de ne plus travailler à plein temps en entreprise, en accord avec celle-ci ou en changeant d’employeur.
Dès lors, se pose alors la question des conditions de travail. Il y a quelques années seulement, l’équipement en matériel informatique et en moyens de communication aurait été un frein au développement du travail à distance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pour autant, toutes les conditions sont-elles, à présent, réunies pour l’on puisse, chez soi, faire dans de bonnes conditions ce que l’on faisait hier au travail ?

Aux travailleurs distants d’aménager leur “nouveau bureau”…

Si les entreprises sont tenues d’équiper leur personnel, en ordinateur en particulier, elles ne contribuent pas ou peu à l’amélioration du « nouveau » lieu de travail de leurs salariés distants. Le développement du télétravail leur permet de se défaire — pour certaines d’entre elles — de vastes et coûteux bureaux. Elles les remplacent par des espaces plus petits, moins chers, suffisants pour accueillir leurs employés de temps en temps, à tour de rôle. Pour le reste, elles considèrent que ce n’est pas de leur ressort.


Les nouvelles technologies n’ont aucun secret pour les jeunes générations. Le télétravail ne présente aucun problème pour eux. Si ce n’est qu’ils sont les premières victimes du mal-logement. © Fondation Abbé Pierre/© Séb!Godefroy

C’est donc aux hommes et femmes qui n’ont plus de bureaux fixes de soigner leur nouvel espace de travail, chez eux. À charge pour eux de s’offrir une meilleure chaise ; de placer leur ordinateur au bon endroit pour éviter les reflets sur l’écran et de faire en sorte que ce même écran se trouve à la bonne hauteur ; de se déplacer régulièrement pour ne pas rester de longues heures sans bouger, etc. Tout cela pour éviter les problèmes de dos et d’articulation, pour ménager leurs yeux de vue, pour faire un minimum d’exercice, etc.

Télétravail et mal-logement

Mais que peuvent faire les salariés renvoyés chez eux et qui n’ont pas de « chez eux », qui sont hébergés par un tiers ? Ou ceux qui ne disposent pas d’une pièce où s’isoler pour travailler ? Ou ceux encore qui vivent dans un environnement bruyant, à cause des autres membres de leur famille, de voisins indélicats, de la circulation automobile, de travaux à proximité, etc. ?
Et plus largement, quelle est la solution pour tous ceux qui souffrent du mal-logement ? Certes, parmi eux, trop nombreux sont ceux qui dorment dans la rue et ceux qui n’ont pas d’emploi. Mais une fois retranchés les femmes et hommes les plus mal lotis, combien sont-ils ces salariés qui ne peuvent tout simplement pas travailler chez eux ?
Selon le rapport 2020 de la Fondation Abbé Pierre, entre 12 et 15 millions de personnes souffriraient en France du mal-logement. Soit près de la moitié de la population active, estimée à un peu moins de 30 millions en 2018.

© Fondation Abbé Pierre

Travailler dans des conditions dégradées

Il y a aussi les salariés qui certes disposent de l’espace pour travailler, mais qui vivent des logements mal isolés. Les fameuses passoires thermiques sont responsables d’une proportion importante des émissions de gaz à effet de serre de l’Hexagone. Mais ce n’est pas tout : elles offrent à leurs occupants de piètres conditions de vie.
Dès lors, comment travailler en hiver dans une pièce où la température n’excède pas, au mieux, de 12 à 16 °C ? Et à contrario, en été, lorsqu’elles dépassent les 30 °C ?
De même, nombreux sont le Français qui souffrent d’un taux d’humidité trop important dans leur logement. Une humidité excessive qui peut provoquer des pathologies respiratoires, des allergies, surtout si l’on y est exposés en permanence, la journée comme la nuit. Et des épisodes météorologiques comme ceux que nous connaissons en cet été 2021 ne risquent pas d’améliorer la situation…
Une chaleur trop intense et un taux d’humidité trop élevés ne sont pas non plus sans effet sur les machines. Ce n’est pas un hasard si les salles informatiques en entreprises sont climatisées et protégées de l’humidité.

Mauvaise isolation, humidité, surfaces réduites… : les logements de l’Hexagone sont loin d’être adaptés au télétravail. Près de la moitié des Français souffriraient d’une des nombreuses formes du mal-logement.

Ne pas oublier ceux qui travaillent à distance

Pour certains, le télétravail permet et permettra de reprendre leur vie en main, notamment en s’installant à la campagne tout en conservant leur emploi en ville. Pour d’autres au contraire, l’obligation de rester un ou plusieurs jours à la maison chaque semaine va se traduire par une nette dégradation des conditions de travail. Et, plus largement, des conditions de vie. Les entreprises vont réaliser de confortables économies en se séparant de leurs anciens bureaux. Espérons qu’elles ne négligeront pas pour autant le sort de celles et ceux qu’elles renverront chez eux.