© Picjumbo/Viktor Hanacek

D’un côté, le prix des énergies fossiles n’en finissent pas de grimper. Celui du gaz a été ainsi multiplié par six en un an sur le marché européen. D’un autre, c’est le prix du coton s’envole. À ces hausses « nouvelles », il convient d’ajouter celle de la main-d’œuvre en Asie, régulière depuis plusieurs années ; celle des containers et celle du transport, depuis le déclenchement de la crise du/de la Covid-19.

Les faiblesses de la division mondiale du travail

Aujourd’hui, les rayons de certains magasins commencent à manquer de vêtements, de chaussures, etc. Pourquoi ? Parce que nombre d’usines d’Extrême-Orient sont contraintes de fermer leurs portes, variant delta oblige…
Combien de temps encore importer des vêtements d’Asie restera-t-il financièrement plus intéressant que de les produire localement ?
La pandémie qui paralyse tous les continents depuis bientôt deux années aura mis en lumière les limites et les risques de la « division mondiale du travail ». Reposant pour l’essentiel sur des critères de coûts de production, cette division finit en effet par concentrer géographiquement la production. Et, partant, par limiter le nombre des producteurs.
Ces producteurs ne peuvent pas faire face à la demande lorsque celle-ci augmente trop, trop vite. Une faiblesse apparue aux yeux de tous lorsque le monde entier s’est tourné vers la Chine pour se fournir en masque masques, au début de l’année 2020.

En six mois, la valeur de cette fleur de coton a progressé de 140 %. © Pexel

L’heure du retour à la raison ?

On le voit à présent avec le coton, les pays producteurs — Inde, Chine, États-Unis, Pakistan… — ne parvenant pas à satisfaire la demande, en très forte augmentation avec la reprise économique. Depuis le printemps 2021, le prix du coton a crû de 140 %. Qu’en sera-t-il demain de la laine, alors que sa production se concentre dans quatre pays — Australie, Chine, États-Unis et Nouvelle-Zélande ?
La hausse des prix du gaz — et du pétrole — incite les autorités accélérer le processus décarbonation de l’économie. Cette transition devrait, à terme, réduire la dépendance de l’Hexagone vis-à-vis des pays producteurs de pétrole et de gaz.
Et si l’augmentation du prix du coton accélérait la renaissance du lin et du chanvre ? Pas question de prétendre remplacer celui-là par ceux-ci du jour au lendemain. Comme beaucoup d’autres, les anciennes filières lin et chanvre ont été totalement détruites. Il faut aujourd’hui repartir de zéro, ou presque, pour ce qui est de la transformation de ces fibres textiles. Certains industriels ont récemment entamé un timide retour dans l’Hexagone, après l’avoir totalement déserté.

La culture du chanvre est depuis trop longtemps négligée par l’Hexagone, quant elle n’est pas interdite. Et pourtant, cette plante textile est douée de multiples vertus. © LFH

Valoriser les atouts de l’Hexagone

Mais la France a en main deux atouts de taille : elle est le numéro 1 mondial de la culture du lin ; elle est le premier producteur européen de chanvre et l’un des tout premiers mondiaux. Ces deux plantes rustiques n’apprécient pas seulement l’Hexagone : elles poussent aussi sans intrant chimique ni eau. Lin et chanvre se contentent de la terre, du soleil et de la pluie. Elles n’ont besoin de rien d’autre. Autres avantages de ces plantes : leurs fibres résistantes sont non seulement idéales pour l’habillement, mais aussi pour les nouveaux matériaux, pour la construction, etc. Quant à leurs graines, elles servent pour l’alimentation, la médecine, les cosmétiques, etc.
Le lin et le chanvre ont des vertus et des débouchés multiples, qui sont négligés depuis près d’un siècle. Depuis que le coton, venu des États-Unis et d’Inde — alors britannique — les a évincés. De même, la laine française est aujourd’hui encore considérée comme un sous-produit, voire un déchet, alors que la France abrite le plus grand troupeau de moutons de l’Union européenne. Des initiatives sont heureusement menées pour la réhabiliter.
Le temps est peut-être venu de redonner à ces fibres naturelles, écologiques et locales la place qu’elles méritent. Histoire de ne pas se retrouver dans la même situation lors d’une prochaine crise, qui ne manquera pas de se produire.