
Quand on évoque la pollution atmosphérique, on pense volontiers aux transports routier, aérien ou maritime. Automobiles, camions, motos, avions et autres cargos sont en effet de gros consommateurs d’énergie et, partant, de gros pollueurs. Mais ce ne sont pas les seuls. Le secteur du bâtiment l’est encore davantage. En France, il représente ainsi 44 % de la consommation d’énergie, contre 31,3 % pour le transport.
Pour réduire cette consommation, il faut isoler les logements et lutter contre les tristement célèbres passoires thermiques. Mais il faut aussi la réduire en proposant des modes de chauffage plus écologiques et plus économiques, en construisant mieux les nouveaux bâtiments. Et puis, il faut faire en sorte que toutes les nouvelles solutions soient le plus locale possible.
Des entreprises, des start-up notamment, travaillent en ce sens et développent des produits, des équipements ou des matériaux qui peuvent contribuer à réduire l’empreinte carbone du bâtiment.
Se chauffer grâce aux ondes sonores
L’une d’entre elles entend produire de la chaleur en hiver et de la fraîcheur en été en s’affranchissant des ressources fossiles et des gaz réfrigérants fluorés. Pour ce faire, Equium, une start-up nantaise, a développé une pompe à chaleur (PAC) véritablement – pour une fois –, révolutionnaire. Cette PAC fonctionne grâce à la thermoacoustique, une discipline très complexe – elle n’est même pas enseignée – qui associe thermique, acoustique et mécanique des fluides. « Une onde acoustique est le mouvement d’un gaz autour d’un point fixe. Quand le gaz avance il se comprime, donc il s’échauffe. Quand il revient à sa position initiale, il se détend et se refroidit », explique Cédric François, le fondateur de l’entreprise à une journaliste de France Culture.
Cédric François a repris les travaux que son père a menés sur la thermoacoustique pour les poursuivre et les concrétiser. Designer de métier, il s’est pour cela entouré d’une équipe d’ingénieurs et de spécialistes. Des chercheurs du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) travaillent en effet sur cette nouvelle discipline depuis une vingtaine d’années. Et, une fois n’est pas coutume, l’Hexagone est pionnier en la matière.

© Radio France, Annabelle Grelier.
Gaz non polluant et matériaux recyclés
La PAC d’Equium a ceci de remarquable qu’elle utilise un gaz neutre, l’hélium, et qu’elle n’intègre aucune pièce mécanique. C’est le seul déplacement des ondes sonores qui génère de la chaleur dans un sens et de la fraîcheur dans l’autre. Grâce à cette caractéristique, la PAC thermoacoustique est censée garantir une longévité remarquable, de l’ordre d’une trentaine d’années. Et cela sans entretien. Très simple de conception – mais reposant cependant sur quinze brevets internationaux – , elle l’est aussi facile à installer. Inutile de faire appel à un coûteux spécialiste, un plombier traditionnel a des compétences pour le faire.
Cet équipement, qui fait office, à la fois, de chauffage et de climatisation, est fabriqué dans des matériaux recyclés, en l’occurrence de l’inox et de l’aluminium.
Une pompe à chaleur made in France adaptée aux appartements
Pour fonctionner, la PAC abrite un haut-parleur qui « injecte » une puissance sonore de 200 db, ce qui représente des kilowatts de transfert de chaleur. Et il suffit de régler la puissance de ce haut-parleur pour régler la température, ce que ne permet pas une pompe à chaleur classique. Parfaitement silencieuse malgré le déluge interne de décibels, la PAC d’Equium permet de chauffer l’eau de 35 à 70 °C, tout en divisant par deux les émissions de CO2 par rapport à une pompe à chaleur ordinaire, qui elle-même en produit 80 % de moins qu’une chaudière traditionnelle. Autre bonne nouvelle : son gabarit compact et sa facilité de mise en œuvre permettent son installation dans un appartement, contrairement aux autres PAC.
Les PAC développées par Equium seront fabriquées par Arktéos, une autre entreprise de Loire-Atlantique, implantée à Guérande. Les premiers exemplaires devraient normalement sortir d’usine au début de l’année 2023. Demain donc.
Décorer son logement grâce aux sédiments marins

C’est également en Bretagne – pour ceux qui considèrent Nantes, Guérande, Saint-Nazaire ou La Baule sont des cités bretonnes – qu’une autre petite entreprise travaille à verdir le bâtiment. Gwilen, c’est son nom, utilise ainsi les sédiments marins – boues, vases… – , présents notamment dans les ports, pour les transformer en carreaux, en plateaux de meubles et en objets de décoration.
Une fois colorés grâce à des pigments naturels, les carreaux de Gwilen ressemblent à leurs équivalents de faïence ou de terre cuite. Grâce à la technique mise au point par l’entreprise brestoise, il est donc désormais possible de valoriser les vases qui doivent être régulièrement retirées des ports pour permettre la circulation des bateaux. La ressource est abondante – elle l’est même parfois trop –, locale et naturelle.
Pas de cuisson, pas d’énergie dépensée
Les sédiments, constitués pour l’essentiel d’argile, peuvent être moulés et peuvent donc figurer toutes les formes. Les carreaux, dessous de verres et autres dessus de tables ont chacun un aspect et une teinte propres. L’aspect des sédiments marins peut en effet varier sensiblement, ce qui confère aux produits finis un caractère unique, à cent lieues des productions industrielles.
Autre atout écologique des produits Gwilen : ils sont fabriqués sans recourir à une quelconque cuisson. Le procédé de fabrication développé par la petite entreprise s’inspire de la diagénèse, c’est-à-dire du processus naturel de transformation des sédiments en roche. Selon l’entreprise, ce type de fabrication génère quatre à cinq fois moins d’émissions de CO2 que la production d’une terre cuite, qui est déjà trois fois moins émettrice que celle du ciment.
Un nouveau ciment vraiment écologique
Le ciment, justement, est la spécialité de Hoffmann Green Cement, une autre jeune entreprise française, implantée en Vendée. Son développement est plus avancé que celui des deux jeunes pousses précédentes, puisqu’elle dispose déjà de deux sites de production, flambant neufs. Le Green figurant dans le nom n’est ici pas un simple affichage, une énième tentative de greenwashing. Le ciment fabriqué par Hoffmann Green Cement est en effet dix à quinze fois plus écologique que le « bon vieux » matériau inventé par le Français Charles Vicat, au début du XIXe siècle. Matériau que l’on appelle, pourtant, ciment Portland…
En quoi le nouveau venu se distingue-t-il ? En quoi est-il plus vert ?
Tout d’abord, Hoffmann Green Cement n’utilise que des coproduits issus de l’industrie et de la construction, qu’il s’agisse de laitiers – scories de hauts-fourneaux –, de boues d’argile ou de gypse. L’entreprise n’exploite aucune carrière et ne participe donc pas à la surexploitation des ressources naturelles.

Une fabrication économique, à froid
Ensuite, ce ciment d’un nouveau genre est fabriqué à froid. D’ordinaire, les matières premières – calcaire, argile, sable – extraites des carrières sont concassées, broyées, séchées, préchauffées puis cuites à 1 450 °C, pendant dix-huit heures. Raison pour laquelle les fabricants de ciment figurent parmi les fameuses industries électro-intensives.
Tout au moins les fabricants à l’ancienne, puisque Hoffmann Green Cement ne cuit pas ses matières premières et que l’activation se fait à froid.
Enfin, l’absence de fumée, de pollution et autres nuisances lors du processus de fabrication autorise une implantation au plus près des besoins, des villes notamment. Ce qui limite le transport et réduit donc, encore, la pollution atmosphérique. La faible empreinte au sol des sites de production facilite également leur implantation.
Le ciment Hoffmann est pour l’instant uniquement fabriqué en Vendée, mais un nouveau site de production verra le jour à Dunkerque d’ici à 2024. Avant d’autres, probablement, partout en France.

Construire des bâtiments, les décorer et les chauffer en consommant moins d’énergies et en réduisant la pollution n’est donc pas une utopie. C’est possible grâce à de nouvelles entreprises, qui inventent et produisent localement. Grâce aussi – surtout ? – à une nouvelle façon de concevoir l’industrie.




