
La révolution de la mobilité électrique va-t-elle uniquement déboucher sur le remplacement de grosses voitures à moteur thermique par de grosses voitures à moteur électrique ? Si tel est le cas, les villes risquent de rester encombrées par les véhicules, certes électriques, mais qui monopoliseront le même espace. Il y aura toujours autant de voitures en circulation et autant de voitures stationnées le long des trottoirs. Quant aux habitants des villes – piétons, cyclistes –, ils disposeront du même espace réduit, en marge de la circulation automobile. Points positifs cependant du remplacement d’un type de motorisation par un autre : moins de nuisance sonore ; moins d’émissions polluantes.
Bicyclettes et vélos cargos
Pourtant, d’autres solutions permettraient de changer plus profondément la donne, comme le prouve le retour en force de la bicyclette, électrique ou non. De même, la démocratisation du vélo cargo apporte un complément de réponse à la question du transport de marchandises en milieu urbain. Ces véhicules peuvent prendre la forme de biporteurs, de triporteurs ou de tricycles. Ils permettent en effet non seulement de se déplacer rapidement, mais aussi de transporter des sacs de provisions, des paquets, des bagages, etc. Certains modèles sont même spécialement conçus pour transporter un ou deux enfants, voire un animal de compagnie. Cette solution est préférable, en ville, aux files de voitures, même électriques, qui stationnent devant les écoles à chaque sortie des classes. Un SUV électrique de cinq ou sept places pesant 2 tonnes n’est pas plus raisonnable que son équivalent à essence s’il s’agit de transporter un ou deux bambins sur quelques kilomètres, quand ce n’est pas sur quelques centaines de mètres seulement.
Cependant, tout le monde ne peut ou ne veut pas circuler à deux-roues ou à trois-roues en ville, pour des raisons de condition physique ou de sécurité notamment.

De petits véhicules électriques pour la ville
Heureusement, il existe aussi des véhicules électriques à quatre roues, légers et peu encombrants. Ces quadricycles ont des gabarits deux ou trois fois – voire davantage – inférieurs à ceux des voitures classiques. Ils démarrent vite au feu rouge, se garent dans un mouchoir de poche et peuvent transporter, selon les modèles, une, deux ou trois personnes, en plus du conducteur. Idéal pour aller faire les courses, chercher les enfants à l’école ou rejoindre des amis.
Renault, avec le Twizy, et Citroën, avec l’Ami, ont tenté de démocratiser ce type de véhicules de taille réduite, silencieux et non polluants. Renault semble croire en eux puisqu’il prévoit de remplacer le Twizy par la Mobilize Duo. Comme son nom l’indique, ce nouveau venu pourra transporter deux personnes. Pour se garer, trois de ces Mobilize Duo peuvent occuper une seule place de stationnement. De quoi libérer de l’espace en ville. À noter : la version Bento de ce petit véhicule sera équipée d’un caisson de 700 litres, histoire d’en faire un petit utilitaire.
Une jeune pouce française, Circle Mobility, doit quant à elle se lancer, en 2023, avec un quadricycle lourd, pour deux personnes. Cette petite voiture, baptisée Circle, devrait être assemblée en France et être disponible en autopartage. Capable de rouler à 70 km/h, elle pourra sortir des villes et emprunter les périphériques et autres rocades pour contourner les villes.

Convertis et nouveaux venus
Les fabricants de voitures sans permis, comme Aixam ou Ligier-Microcar, se convertissent aussi à l’électrique. Résultat : les petits véhicules poussifs, pétaradants et polluants qui sillonnent nos routes de campagne vont céder la place à de petits bolides vifs et silencieux.
De nouveaux acteurs se lancent également sur ce marché, à l’image de Kate. Cette jeune entreprise, qui a récemment repris la fabrication et la commercialisation de la NoSmoke – rebaptisée L’Originale (même si la vraie « originale » est anglaise) –, produira en France un tout nouveau modèle citadin, dès l’été 2023.
D’autres encore imaginent même une nouvelle approche industrielle, à l’image de Gazelle Tech. Cette jeune entreprise entend commercialiser une petite voiture électrique, mais aussi l’infrastructure pour l’assembler. Soit, simplement, quatre conteneurs. Cette approche est particulièrement intéressante pour les pays du Sud, qui ne disposent pas d’industrie automobile, mais dont les habitants ont, eux aussi, besoin de se déplacer. Une Gazelle n’est constituée que de dix pièces, qui peuvent être assemblées en une heure, façon Lego.

Revenir à l’essentiel et produire localement
Une fois montée, la Gazelle électrique pourra transporter quatre personnes, à une vitesse de 100 km/h. Il s’agit donc d’une « vraie » voiture, mais plus simple, plus dépouillée, plus légère et plus économique. Elle disposera d’une autonomie de 180 km et sa batterie pourra être rechargée en quatre heures, sur une prise domestique.
À contre-courant du high-tech et du « toujours plus », Gazelle Tech prône le low-tech et l’essentiel. À cet égard, son modèle est le vrai héritier de la 2 CV et de la 4 L.
La Gazelle pourra être assemblée n’importe où, sans usine, dans de modestes ateliers, facilement transportables, qui pourront être installés n’importe où. Une façon de rétablir activité et emploi plus équitablement, loin des giga-usines qui les concentrent en quelques points de la planète uniquement.
Bref, les solutions se dessinent pour que l’automobile électrique ne soit pas la copie conforme de la voiture à pétrole. Pour que le gros, le lourd, le complexe et le coûteux cède la place au petit, au léger, au simple et au bon marché.
Pour le transport de marchandises aussi
Cette mutation n’est pas seulement envisageable pour le transport de personnes. Celui de marchandises peut lui aussi changer du tout au tout. Et ça marche, comme le prouve le succès de la remorque motorisée inventée et fabriquée par K-Ryol, ou celui des fabricants français de tricycles et triporteurs, dont les machines remplacent avantageusement les camionnettes bruyantes, polluantes et encombrantes en centre-ville.

Dans ce domaine aussi il existe des solutions à quatre roues pour celles et ceux que pédaler rebute. Goupil est ainsi un des pionniers en la matière, avec ses minuscules véhicules utilitaires électriques. Ligier Professional produit également de petits utilitaires électriques à quatre roues, avec ou sans permis. L’entreprise a également développé le Pulse 3, un scooter électrique à trois roues. Preuve de sa qualité, de sa fonctionnalité et de son utilité : le Pulse 3 équipe La Poste et d’autres opérateurs en Europe depuis près de dix ans.




