© Malongo

Les machines qui peuplent nos logements sont désormais toutes importées, à l’exception de quelques fers à repasser, aspirateurs, friteuses, robots culinaires, voire de certaines enceintes acoustiques. Quelques acteurs ont choisi d’élargir ce maigre choix, à l’image de Daan Tech, qui fabrique un petit lave-vaisselle, en France, dans sa propre usine. La jeune entreprise entend même s’agrandir prochainement.

Malongo EOH, machine expresso made in France

Leader français sur le marché du café, Malongo a également essayé de produire son propre modèle de machine à café, il y a une dizaine d’années. Les défauts successifs de sous-traitants (S20, Prolab) ont bien failli mettre un terme à l’expérience. Heureusement, les dirigeants de l’entreprise familiale, torréfacteur, à Nice, depuis 1934, ont décidé de ne pas jeter l’éponge et de monter leur propre petit site de production. Aujourd’hui Malongo fabrique la machine expresso EOH, un modèle préalablement produit en Chine. Grâce à une nouvelle approche – division par deux du nombre des pièces, qui à 70 % viennent de France –, le prix de revient d’EOH n’est que 10 à 20 % plus élevé qu’en Chine, où le coût de la main-d’œuvre est pourtant quatre fois plus bas. Simple et locale, la machine expresso EOH est également beaucoup plus durable, comme l’atteste sa garantie de cinq ans. Malongo projette à présent de bâtir une nouvelle usine, cinq fois plus vaste, pour à terme faire passer la production annuelle de 60 000 à 400 000 machines. C’est également un projet que développe Daan Tech, qui est déjà à l’étroit dans son usine actuelle.

Producteur hier, consommateur aujourd’hui

Ces premiers pas sont encore modestes et timides, mais ils sont importants. Ils marquent peut-être le début de la reconstruction, après la destruction massive menée ces trois ou quatre dernières décennies. Jusqu’à la fin des années 1980-1990, l’Hexagone fabriquait tout, ou presque. En 2023, il ne reste plus grand-chose : l’industrie textile est en miettes ; celle du deux-roues – avec ou sans moteur – ne va guère mieux ; la production automobile a été divisée par deux et l’agroalimentaire baisse d’année en année. Le marché du gros électroménager est particulièrement révélateur de cette transformation de pays producteur en simple pays consommateur. Celles et ceux qui ont aujourd’hui plusieurs dizaines d’années au compteur se souviennent des lave-linge, des lave-vaisselle, des réfrigérateurs, des gazinières, des téléviseurs, des radios et des téléphones made in France. Ils portaient les marques Alcatel, Arthur Martin, Brandt, Faure, Rosières, Radiola, Thomson, Vedette, Schneider, Sauter, Scholtès ou encore Sagem. Et dans la majorité des cas, il ne s’agissait pas seulement de marques, comme aujourd’hui, mais de fabricants à part entière, qui produisaient eux-mêmes leurs appareils, dans leurs propres usines, en collaboration avec des fournisseurs locaux.

Ce que plusieurs générations ont construit, patiemment, une ou deux seulement ont suffi pour le détruire. © Peter H./Pixabay

Tout détruire, systématiquement

Et puis des managers – et non plus des chefs d’entreprise – ont décidé, un jour, alors que leurs parents et grands-parents avaient bâti tout cela, qu’il était grand temps de tout casser, de tout effacer, pour dépenser moins et pour gagner plus. Et force est de constater qu’ils ont remarquablement bien réussi. Chapeau !
Aujourd’hui, il n’est guère possible de descendre plus bas, à part peut-être dans l’industrie automobile et dans l’agroalimentaire, qui n’ont pas encore tout à fait touché le fond, mais qui s’en rapprochent à grands pas. Quant à l’industrie tricolore de la défense, certains parmi nos alliés, nos amis, aimeraient bien les rayer de la carte, elle aussi.

Toucher le fond avant de rebondir ?

En 2023, les secteurs les plus sinistrés tentent de renaître de leurs cendres, tant bien que mal. Certains acteurs de l’industrie textile essaient ainsi de relancer des filières – celles du lin ou de la laine –, démantelées, consciencieusement, dans les années 1990. La montée en puissance de l’automobile électrique marque peut-être un changement de cap, en particulier chez Renault, constructeur qui a le plus délocalisé sa production. Les prochains modèles devraient, en effet, être produits en France, dans le Nord en particulier. Et pour une large proportion d’entre eux, ils embarqueront des batteries fabriquées en France. Une tendance qui ne semble pas encore se dessiner chez Stellantis, qui pourtant participe activement au développement de la batterie made in France, avec ACC.

Projet de gigafactory ACC, usine de fabrication de batteries en cours de construction, dans le nord de l’Hexagone. ©ACC


En attendant que les prochaines Renault, Alpine, Peugeot, Citroën et DS 100 % électriques sortent d’usines tricolores, on peut toujours déguster un expresso Malongo, préparé par une petite machine vendéenne. Car il faudra s’armer de patience : construire prend toujours plus de temps que détruire ce que d’autres ont bâti.