
Ce n’est pas tous les jours que l’on invente un nouveau matériau ! Un matériau qui est à la fois naturel et artificiel, ancien et nouveau, chaleureux et technologique. Cette performance, c’est une jeune entreprise française qui l’a accomplie, en mettant au point trois produits, baptisés respectivement Slim, Flow et Solid. Tous trois ont un ingrédient principal : le bois. Woodoo – c’est le nom de cette entreprise – est, en effet, parvenue à travailler le bois au niveau moléculaire. Pourquoi ne pas se contenter d’utiliser le bois tel quel, sans le manipuler ? Parce que s’il a de très nombreux atouts, il a aussi quelques défauts, qui réduisent son utilisation. Le fondateur de Woodoo, Timothée Boitouzet, est à l’origine architecte ; son objectif initial était que l’on recourt davantage au bois comme matériau de construction, notamment pour les bâtiments de grande hauteur. Or, au-delà d’une vingtaine d’étages, le bois ne résiste pas, parce qu’un de ses composants, la lignine, le fragilise.
Supprimer le point faible pour faire du super bois
C’est à cause de ce même élément que le bois pourrit, se brise, brûle et est dévoré par les termites. Woodoo a mis au point un procédé qui permet de retirer cette lignine et de la remplacer par une résine – que l’entreprise se garde bien de détailler –, qui confère au bois augmenté une solidité exceptionnelle. Une fois transformé et amélioré, le bois augmenté est 4 fois plus résistant que le bois naturel ; il est aussi solide que l’acier et est 23 plus rigide que le béton. Il est en outre

imputrescible et quasi ininflammable. Par parvenir à de telles qualités, idéales pour la construction, le dépôt d’une cinquantaine de brevets ont été nécessaires. Et les points forts intrinsèques du bois Woodoo ne sont pas ses seuls atouts : selon l’entreprise française, il est également 17 fois moins énergivore que le verre, 130 fois moins que l’acier et 475 fois moins que l’aluminium. De même, alors que 1 m3 de béton dégage 900 kg de CO2 – même si une autre entreprise tricolore, Hoffmann Green Cement, fait désormais beaucoup mieux –, le bois augmenté non seulement n’émet pas de CO2, mais il en capte 650 kg.
Donner de la valeur aux bois qui en ont peu
Au total, la construction et le bâtiment – béton, acier, aluminium, verre – représentent environ 40 % du total des émissions de C02 dans le monde. Décarboner cette industrie est par conséquent indispensable. En dépit de toutes ses qualités, le bois augmenté ne coûte pas plus cher que le bois naturel, c’est-à-dire 15 fois moins que l’acier. Certes, mais recourir aux arbres pour construire des immeubles n’est-il pas dangereux à moyen et à long terme, alors qu’ils sont indispensables à la vie – animale notamment –, au captage de CO2, aux précipitations et à la retenue des sols ? Selon Woodoo, il n’est est rien. L’entreprise utilise en effet du bois de médiocre qualité – peuplier, charme, pin maritime –, qui est le plus souvent brûlé, qui pousse et se renouvelle rapidement et qui, par conséquent, capte beaucoup plus de CO2 que des essences plus nobles, comme le chêne. En outre, le procédé mis au point par la jeune pousse permet d’utiliser le bois abîmé, malade ou mort, sans que cela nuise à la qualité finale du bois augmenté. La France dispose de quantités considérables de ce type de bois – 2,6 milliards de mètres cubes –, qui généralement ne sont même pas valorisées.

Bois translucide et bois souple
Malgré cette abondance de bois, la balance commerciale du bois est catastrophique : le matériau est exporté à vil prix avant d’être réimporté, beaucoup plus cher, une fois transformé. Valoriser le bois sur place, en France, ne peut être que bénéfique à cet égard, sans même prendre en compte les qualités exceptionnelles au bois Woodoo. Ça le serait d’autant plus que la construction n’est pas le seul débouché du bois Woodoo. En effet, outre le bois augmenté baptisé Solid, l’entreprise propose le Slim et le Flow. Le premier permettra très bientôt d’avoir des produits électroniques, des appareils électroménagers ou encore des tableaux de bord de voiture recouverts de bois, translucide. Les indicateurs lumineux – marche-arrêt, volume, température ou n’importe quelle autre indication – seront parfaitement lisibles et pilotables du bout des doigts, comme le sont actuellement les touches sensitives. Mais elles le seront à travers un revêtement naturel, un plaquage en bois Slim parfaitement translucide. Dans quelques mois, il sera possible de marier la technologie d’une Tesla à l’esthétique d’une vieille Jaguar. Quant à Flow, il s’agit de feuilles de bois, qui pourraient avantageusement remplacer le cuir, dans l’industrie de l’habillement ou de l’ameublement en particulier.

Bois augmenté : un matériau qui peut changer la donne ?
Le Flow permettra donc de se passer de la peau des animaux sans pour autant recourir à des matériaux synthétiques, tout en conservant la chaleur et l’élégance que le cuir et le bois possèdent. Chaleur et élégance dont sont souvent dépourvus les cuirs dits synthétiques commercialisés en 2023. Pour fabriquer ces trois produits – le Solid est encore en développement –, Woodoo dispose de sa propre usine, implantée près de Troyes, dans l’Aube. Officiellement, c’est Louis Vicat qui a fabriqué le premier ciment artificiel, en 1818 ; quant à Henri Sainte-Claire Deville, il a mis au point le premier procédé de fabrication industriel de l’aluminium, trente-cinq ans plus tard, également dans l’Hexagone. Ces deux matériaux ont, l’un et l’autre, transformé de nombreux secteurs d’activité, notamment la construction. On sait désormais qu’ils ont aussi, malheureusement, contribué fortement à la pollution et au réchauffement climatique. Et si, avec le bois augmenté, Timothée Boitouzet et Woodoo avaient mis au point un matériau à la fois naturel et innovant, qui soit au moins aussi important que le ciment et l’aluminium et qui, en plus, serait bénéfique pour l’environnement ?




