© Leroy Merlin

L’histoire s’accélère pour Tiamat, petit fabricant français de cellules de batterie. Leroy Merlin commercialise en effet, depuis peu, un petit tournevis électrique sans fil, sous sa marque Dexter, qui n’est pas tout à fait comme les autres. Ce modèle intègre des cellules de batterie au sodium, ce qui constitue une première mondiale. Ce nouveau type d’accumulateurs sodium-ion est très prometteur, car il permet de se passer à la fois de lithium et de cobalt, des ressources rares et chères, alors que le sodium est abondant et bon marché. Cette nouvelle technologie offre en revanche une densité énergétique inférieure à celle du lithium, ce qui réduit l’autonomie des appareils ou véhicules qui en sont équipés. Cette autonomie inférieure est compensée par des durées de recharge dix fois plus courtes et une longévité de dix ans, contre seulement trois ou quatre en moyenne pour les cellules lithium. Pour résumer, le tournevis Dexter est donc le premier à adopter une technologie qui, demain, pourrait changer la donne pour de nombreux secteurs d’activé, pour l’outillage électroportatif en l’occurrence. Elle permettrait à la fois de faire baisser le prix des batteries et de réduire notre dépendance aux importations.

Recharge ultra-rapide et fabrication française

La technologie de batteries au sodium utilisée pour ce tournevis Dexter a été développée par Tiamat, une start-up qui est elle-même issue du CNRS. Mieux : les cellules en question sont fabriquées en France, à Amiens. Tiamat dispose d’une petite ligne de fabrication – raison pour laquelle, sans doute, le tournevis en question n’est disponible que dans quelques magasins Leroy Merlin. L’objectif de Tiamat est de procéder à une très importante levée de fonds, de l’ordre de 150 millions d’euros, pour bâtir un usine géante de cellules qui, à terme, permettrait d’employer un millier de personnes.

Si les batteries au sodium ont une autonomie inférieure à celle de leurs équivalents au lithium, elles se rechargent en revanche en cinq minutes. © Leroy Merlin

Problème : ce projet est dans les tuyaux depuis de nombreux mois et semble difficile à concrétiser. Ou plus exactement semblait : Stellantis a en effet annoncé, le 12 janvier, avoir investi dans la jeune pousse française, le dirigeant de celle-ci précisant quant à lui que le chimiste Arkema et le missilier MBDA figuraient également parmi les nouveaux investisseurs. De quoi crédibiliser le projet, rassurer les banques et attirer de nouveaux investissements, pour boucler le tour de table.

Quatre fabricants nationaux, six usines

A cet horizon, l’Hexagone comptera quatre fabricants nationaux de cellules, à savoir ACC-Saft, Verkor, Tiamat et Blue Solutions. Cette dernière entreprise, qui appartient au groupe Bolloré, est le seul industriel au monde à fabriquer en série des cellules solides. Si celles-ci équipent seulement ses propres bus, Blue Solutions entend elle aussi monter en puissance et proposer ces mêmes batteries solides pour les voitures de tourisme, en 2028. A ces fabricants tricolores s’ajouteront le Sino-Japonais AESC-Envision – qui a déjà lancé les recrutements pour sa future usine géante – ainsi que le Taïwanais Prologium. Tous ces sites de production seront implantés dans les Haut-de-France, à l’exception de celui du Breton Blue Solutions.

Première usine géante tricolore, le site de production de cellules de batterie ACC (TotalEnergies et PSA) a été inauguré en mai 2023. © ACC

Les ambitions de Tiamat pour son futur site de production sont modestes pour commencer, avec 1 GWh dès 2025. En suite, L’entreprise espère progressivement atteindre une production de 5 GWh – soit l’équivalent de 500 000 batteries environ – à l’horizon 2029. Pour cela, elle estime qu’elle devrait employer un millier de personnes environ. Un objectif très ambitieux, puisqu’elle n’emploie que vingt personnes à ce jour. Il s’agira alors de produire une deuxième génération de batterie sodium, plus grosses et plus puissantes, qui seront capables d’équiper les véhicules particuliers.

Si l’Hexagone veut ne plus dépendre de l’Asie comme c’est le cas aujourd’hui, il n’y a pas de temps à perdre : le géant chinois CATL fabrique déjà ce type de nouvelles batteries à grande échelle. Et son compatriote JAC – détenu à 50 % par Volkswagen – a même mis au point un petit véhicule qui les embarque.