
© Duralex
Ce sont des « madeleines de Proust » pour toutes celles et tous ceux qui ont fréquenté les cantines des établissements scolaires de l’Hexagone. Crèches, maternelles, collèges et lycées de l’Hexagone sont, pour beaucoup, restés fidèles à Duralex depuis la création de la marque, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ? Parce que les verres commercialisés par le fabricant français sont solides, faciles à ranger et très bon marché. Ils ne coûtent pas plus cher – ils sont même, en général, plus économiques – que leurs concurrents, même venus d’Asie, tout en étant plus robustes. Que demander de plus, surtout lorsque les « buveurs » sont des enfants et des adolescents, le plus souvent turbulents et très peu soigneux avec le matériel. Or les verres Duralex, qu’il s’agisse des modèles Gigogne – créé en 1946 – ou Picardie – né en 1952 –, les deux plus célèbres de la marque, résistent aux chocs, aux coups, aux rayures et même, souvent, aux chutes.
En difficultés depuis plus de vingt ans
La spécialité de Duralex est le verre trempé, un procédé inventé par Saint-Gobain – le propriétaire de l’entreprise de 1934 à 1997 –, utilisé à l’origine pour les vitres, pare-brise et autres lunettes arrière des automobiles. En créant la marque Duralex, en 1945, le groupe a trouvé un nouveau débouché pour ce type de verre ultrasolide. Et tout se passe à merveille pendant une trentaine d’années, jusqu’à la toute fin du XXe siècle, lorsque Saint-Gobain décide de se séparer de cette activité – puis, quelques années plus tard, de celles réunies au sein de Vérallia –, pour se concentrer sur les matériaux de construction et l’automobile. Passé depuis entre des mains italiennes, turques, libanaises et françaises, Duralex a failli disparaître à plusieurs reprises. Derrière péripétie en date : son placement en redressement judiciaire en avril 2024, en raison de la hausse du prix de l’énergie et, surtout, à cause du 1,3 million d’euros de quotas carbone – droits à polluer – réclamé par le tribunal administratif d’Orléans.

Enfin la sortie du tunnel ?
Le 26 juillet 2024, le tribunal de commerce d’Orléans a décidé de retenir l’offre de la majorité des salariés de l’entreprise et de son dirigeant, c’est-à-dire la création d’une Scop (société coopérative et participative ou société coopérative de production), offre soutenue par les collectivités locales et les banques. S’agit-il d’un nouveau départ, alors que Duralex compte à peu près, en 2024, le même nombre de salariés qu’en 1934, après en avoir totalisé 1500 dans les années 1970 ? Si tel est le cas, souhaitons à ses membres d’aussi belles années que celles que le vénérable fabricant a connues au cours de Trente Glorieuses, afin que les enfants puissent, comme leurs parents et leurs grands-parents, regarder au fond de leur verre et demander à leur voisin de table : « T’as quel âge ? ».
Duralex : verres made in France, indestructibles et bon marché.




