Ces petits ventilateurs made in France sont convoités par une entreprise américaine. Pour quelle raison ? © LMB Aerospace

D’un côté, les entreprises américaines qui font leur marché en France. De l’autre, des banques et fonds d’investissement tricolores qui ne sont pas intéressés par l’industrie française. Comment faire pour assurer le maintien de l’industrie dans l’Hexagone – voire à la redéployer comme prétendent le vouloir les autorités –, tout en veillant à ce qu’elle ne passe pas entre des mains étrangères ? Après, notamment, les tentatives avortées de prise de contrôle de Photonis et de Ségault ; après le rachat réussi d’Exxelia, les Américains essaient à présent de mettre la main sur LMB Aerospace, un spécialiste des ventilateurs et autres solutions de refroidissement qui sont fournis à des clients comme Nexter et Dassault Aviation.

De redoutables moyens de pression

Les produits de cette PME équipent ainsi les Rafale, les chars Leclerc et les sous-marins nucléaires français. Trois fois rien, donc. L’État français se réserve le doit de mettre son veto si toutes les conditions qu’il fixe – maintien de la production en France, investissements et cloisonnement de l’information – ne sont pas remplies. Pourtant, la France a déjà subi quelques coups bas des États-Unis. Après l’affront que celle-là leur fit, en 2003, en s’opposant à leur intervention en Irak, les USA cessèrent par exemple de livrer les brins et les catapultes – deux technologies américaines – qui équipent le porte-avions Charles-de-Gaulle. Ces équipements permettent aux avions de se poser et de décoller ; sans eux, le bâtiment n’est d’aucune utilité. On se souvient aussi de la menace de plonger la France dans le noir et le froid après le rachat de l’activité énergie d’Alstom par General Electric, comme l’a rappelé l’ancien cadre de cette multinationale française, Frédéric Pierucci, pris en otage et détenu près de deux années dans les geôles américaines*.

Frédéric Pierucci, un ancien cadre d’Alstom, a pu constater, à ses dépens, ce dont les États-Unis sont capables pour s’emparer d’une entreprise. © Thinkerview

Les investisseurs américains répondent présent…

Sans doute serait-il plus prudent de conserver les ventilateurs de LMB Aerospace plutôt que de les céder à notre allié le plus cher et d’accorder un quelconque crédit à ses éventuels engagements. Si l’entreprise LMB Aerospace risque d’être rachetée, c’est parce que son actuel propriétaire, le fonds d’investissement français Tikehau Capital, a décidé de la vendre. Et si celui-ci trouve un acheteur qui propose un bon prix, il la cédera sans états d’âme, qu’il soit américain, allemand, anglais, italien, etc. La raison d’être de ce type d’entreprise n’est pas de faire de la politique, mais de rentabiliser leurs investissements et de réaliser des bénéfices. On est très loin, en France, de l’engagement des entreprises stratégiques d’outre-Atlantique, qui obéissent aux ordres du pouvoir américain, comme le décrit également Frédéric Perucci. Pourtant, si Tikehau Capital se débarrasse aujourd’hui de LMB Aerospace, c’est parce qu’il a jugé, un jour, qu’il s’agissait d’une entreprise de valeur, qui méritait d’être soutenue. Or ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Récemment, l’ETI française ACI Groupe a acquis les Aciéries Hachette et Driout, après avoir acheté, un mois plus tôt, les Fonderies de Sougland, la plus vieille fonderie encore en activité dans l’Hexagone.

Les Fonderies de Sougland, qui existent depuis près de cinq siècles, sont le symbole de cette « vieille » industrie qui intéresse de moins en moins les financeurs français. © Fonderies de Sougland

… quand les français sont aux abonnés absents

Si ACI Groupe a pu précéder à sa dernière acquisition, c’est parce qu’un fonds d’investissement américain est entré à son capital, à hauteur de 49 %. Le dirigeant de l’entreprise a essayé de trouver un partenaire français, en vain : Sans doute les investisseurs nationaux préfèrent-ils miser sur l’AI, la nouvelle marotte de la finance internationale. Jusqu’à l’éclatement de la prochaine bulle… Quant aux vieilles usines françaises, sorties de terre il y a parfois plusieurs siècles, elles ne sont pas suffisamment sexy, moins en tout cas que d’autres qui se révèlent, en revanche, beaucoup plus éphémères. Malheureusement, sans ces mêmes usines, sans ces maillons indispensables de l’industrie lourde, la réindustrialisation du pays, pourtant tant annoncée, ne se concrétisera jamais. Cela d’autant que la France manque d’ingénieurs ; que les ingénieurs se tournent de plus en plus vers la banque et la finance et que celles-ci négligent, voire méprisent souvent l’industrie. Ce n’est pas gagné.

* Les États-Unis étaient alors dirigés par Barack Obama, la France par François Hollande.