En Occident, en France notamment, les « bullshit jobs » ont depuis longtemps remplacé les métiers utiles. © Généré par l’IA

On peut légitimement se demander ce qu’il va rester. L’Hexagone se dessine petit à petit comme un vaste espace vide d’activités où, après les usines, se sont les commerces qui disparaissent.

Descente aux enfers

Depuis les années 1990, ces mêmes commerces avaient tiré leur épingle du jeu, grâce à la mondialisation et à l’arrivée sur le marché de produits à bas coûts. Si les fabricants français, tous secteurs d’activité confondus, ont petit à petit disparu du paysage, les commerces ont remplacé les produits préalablement fournis par ces entreprises tricolores par des marchandises importées. Ils en ont même profité, pour beaucoup, pour améliorer leurs marges, puisqu’il leur était alors possible de se fournir à moindres coûts sans pour autant baisser leur prix de vente.
Jadis terre de créateurs et de fabricants, la France est alors devenue un pays de commerçants, de revendeurs. Or, que se passe-t-il aujourd’hui ? Les commerces disparaissent à leur tour. Les prix pratiqués par les pays à bas coûts augmentent progressivement, tandis que les moyens financiers dont disposent les acheteurs français stagnent, quand ils ne déclinent pas. Ces mêmes clients consomment de moins en moins, en particulier en matière d’habillement, ou se convertissent aux produits d’occasion. Résultat : les commerces jettent l’éponge les uns après les autres et les rideaux définitivement baissés se multiplient dans les centres-villes de l’Hexagone, y compris à Paris.

Après les usines, ce sont les commerces qui sont contraints de fermer leurs portes, même à Paris. © LFH

Bullshits jobs**

Si le transfert de la production en Asie ou ailleurs a permis de « faire illusion » pendant deux ou trois décennies, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La vérité se dessine, crue : la France est devenue une coquille vide dont les habitants comptent leurs sous avant de faire leurs emplettes dans des solderies ou des boutiques de seconde main. Parmi ceux qui ont un emploi bien rémunéré, beaucoup ne produisent plus rien si ce n’est, entre deux réunions Teams, des rapports, des comptes rendus, des brochures ou des Powerpoint qui finissent à la poubelle avant d’être lus*. Faute de débouchés industriels, les plus forts en maths, les ingénieurs notamment, font le choix de la finance. On les retrouve dans les openspaces des banques et des assureurs, où ils élaborent des algorithmes ou des formules magiques qui permettront de gagner plus et plus vite, quitte à ponctionner davantage ceux qui n’ont presque plus rien – de loin les plus nombreux –, pour redistribuer les fruits de la rapide à ceux qui ont déjà trop. Au sein de grands cabinets internationaux de conseil, d’autres sont chargés de définir des stratégies destinées à licencier les derniers salariés de l’Hexagone.

Pas sûr que cela puisse durer longtemps, surtout si la seule perspective qui se profile est la fabrication de chars, de missiles et de drones tueurs, qu’il faudra bien utiliser pour pouvoir les remplacer.

Après avoir perdu ses usines pensant plusieurs dizaines d'années, la France perd à présent ses commerces.
Grâce à l’industrialisation de leurs pays et à l’amélioration de leurs conditions de vie, les jeunes venus d’Asie sont de plus en plus nombreux à visiter la France, désindustrialisée et appauvrie. © Générée par l’IA

La revanche du Sud

Ailleurs, là où vivaient hier encore les masses exploitées par les entreprises européennes ou américaines, c’est à l’inverse que l’on assiste. Grâce à leur industrialisation à marche forcée, nourrie et financée par les décideurs occidentaux au détriment de leur propre population, ces pays se développent et s’enrichissent. Les conditions de vie de leurs habitants s’améliorent et les plus aisés d’entre eux viennent désormais faire leurs emplettes sur le Vieux Continent. Mais combien de temps les touristes chinois accepteront-ils de payer fort cher des produits pour l’essentiel fabriqués dans leur propre pays, ou à côté ? En dehors de leurs paysages, du patrimoine architectural que leurs anciennes générations ont bâti et de ce qui leur reste de culture, la France et l’Europe n’auront bientôt plus rien à offrir aux touristes venus de loin. Qui finiront peut-être par ne même plus venir. Combien de générations faudra-t-il pour reconstruire tout ce que seulement une ou deux ont suffi à détruire ?

* Cette évolution n’est pas propre à la France et concerne la majorité des grands pays occidentaux, exception faite de l’Allemagne, voire de l’Italie.

** Expression, que l’on peut traduire par « boulots à la con », popularisée par feu l’anthropologue David Graeber. Ces boulots peuvent, au mieux, être parfaitement inutiles, au pis profondément nuisibles. Ils sont en général très bien rémunérés, contrairement aux métiers qui sont utiles, voire indispensables au bon fonctionnement de la société.