
À l’origine, il ne s’agissait que de transférer la production des produits bas de gamme et rudimentaires. Impossible de fabriquer des marchandises bon marché lorsque les coûts de production sont élevés, comme en France, disait-on alors. Puis c’est le milieu de gamme – autrement dit, l’essentiel de ce que fabriquaient les usines françaises – qui a été délocalisé. L’électroménager est à cet égard révélateur : les bouilloires, les cafetières et les grille-pain ont été les premiers à « quitter » l’Hexagone. Puis les réfrigérateurs, les lave-vaisselle, les lave-linge et les appareils de cuisson leur ont emboîté le pas. Au total, la quasi-totalité de la production de gros appareils électroménagers grand public a été délocalisée. Grâce au groupe Seb, une partie de la fabrication de petits appareils – certains aspirateurs, robots culinaires, fers à repasser ou marchine à café expresso… – a été, jusqu’à présent, préservée. Mais pour combien de temps encore ?Plus perfectionnés et vendus plus cher, certains équipements destinés aux professionnels sont encore, en 2025, fabriqués en France. C’est le cas, par exemple, d’équipements pour les blanchisseries, de fourneaux pour les restaurateurs, de réfrigérateurs ou encore de machines à expresso. Mais cela risque de ne pas durer.

15 % de marge, sinon rien
Le groupe suédois Electrolux, auquel l’on doit, notamment, la mort d’Arthur Martin – et de sa filiale Faure –, jadis fabricant tricolore d’électroménager de grande qualité, a en effet annoncé vouloir, comme toujours, améliorer sa profitabilité. Soit, selon les dires du p-dg italien de l’entreprise, 15 % de marge EBITDA. Et quoi de mieux pour atteindre ce bel et noble objectif que de fermer des usines, de licencier des hommes et des femmes et de délocaliser la production ? En ligne de mire figure principalement l’usine Unic de Carros, qui fabrique des machines à café espresso. Unic est une entreprise plus que centenaire, née en 1919 à Turin, puis implantée à Nice en 1928. Depuis bientôt cent ans, ce fabricant est resté fidèle au département des Alpes-Maritimes. Jusqu’à ce que la multinationale d’origine suédoise s’en empare, en 2019. Le site de Carros sera très probablement fermé et sa production, au mieux, transférée à Aubusson, sur le site Dito Sama racheté par Electrolux en 1987, au pis délocalisée Dieu sait où. Quant à ses salariés, ils perdront leur emploi, à moins d’accepter de quitter la Côte d’Azur pour la Creuse.
Boire le calice jusqu’à la lie
Prochaine victime potentielle d’Electrolux et consorts ? « Grâce » au jeu de massacre savamment orchestré depuis les années 1990, les candidats ne se comptent plus, désormais, que sur les doigts d’une seule main. Sur cette courte liste pourrait figurer Reneka, désormais ultime fabricant français de machines à café espresso pour les professionnels et petit concurrent des puissants fabricants italiens. Établie en Alsace depuis près d’un siècle, cette PME réputée est encore indépendante et constitue, à ce titre, une cible de choix pour les prédateurs de tout poil.
Dernière exemple en date de déstructuration d’entreprises françaises de l’électroménager : la marque Magimix, pendant grand public de Robot Coupe, entité destinée aux professionnels, vient d’être séparée de sa jumelle et vendue. Acquéreur de l’ensemble il y a un an, le fonds d’investissement français Ardian a, en effet, décidé de céder Magimix au franco-belge Lavafields et de se concentrer sur la croissance de Robot-Coupe, entreprise plus profitable. Où seront fabriqués demain les robots culinaires Magimix, alors que la marque ne pourra probablement plus s’appuyer sur l’expertise ni sur l’outil industriel de Robot-Coupe ?




