
C’est un podium sur lequel les responsables politiques et économiques français préféreraient ne pas voir leur pays. L’Hexagone figure en effet parmi les trois pays les plus smicardisés de l’Union européenne. Il partage ce triste privilège avec le Portugal et la Slovénie. C’est-à-dire avec un pays du Sud dont la population venait chez nous, il n’y a pas si longtemps, chercher une vie meilleure, et un ancien pays communiste. Selon une étude du cabinet Xerfi, un tiers des salariés français gagneraient entre 1 et 1,4 smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance), deux tiers entre 1,4 et 2 smic. Quant au dernier tiers, s’il rassemble tous ceux qui gagnent plus confortablement leur vie, il englobe aussi les moins bien lotis, qui touchent moins que le salaire minimal. Au bout du compte, seuls 20 % environ des Français perçoivent plus de 3 000 euros net par mois. Ce qui, pour un pays prétendument riche, est très peu.
Un long et patient nivellement par le bas
On peut se consoler avec le fait que si la France compte une population « modeste » plus large que les autres pays européens – 13 % contre 12 –, elle totalise également moins de pauvres – 14 % au lieu de 17. Ce dernier chiffre est cependant nettement inférieur à celui publié par l’Insee en juillet 2025, qui fait état d’un taux de pauvreté de 15,4 %. Il s’agit d’ailleurs du niveau le plus élevé depuis trente ans – l’indicateur est calculé depuis 1995. En outre, il faut même remonter aux années 1970 pour trouver un écart aussi important entre le revenu des 20 % les plus aisés et celui des 20 % les plus défavorisés. Si cela pouvait, éventuellement se comprendre alors, c’est plus difficile à accepter aujourd’hui. Il y a un demi-siècle, la proportion de bacheliers au sein d’une classe d’âge était de 20 % environ. L’une des décisions majeures des décideurs de l’époque et de tous les suivants a été de hausser le niveau d’études des Français, cela pour leur donner accès à des métiers mieux rémunérés, mais aussi pour lutter contre la fin du plein-emploi et la montée du chômage de masse.

© Statista, source Insee
Des études pour quoi faire ?
Ainsi, la part de titulaires du bac, puis d’un diplôme de l’enseignement supérieur n’a cessé de progresser depuis. Selon l’Insee, 77,5 % des femmes et 71,6 % des hommes âgés de 25 à 34 ans étaient ainsi bacheliers en 2023 ; quant aux diplômés du supérieur, ils représentaient 55,8 % des femmes et 47,8 % des hommes. Des niveaux très supérieurs à ceux affichés par les membres de la tranche des 55 à 64 ans, qui ont passé leur bac au début des années 1980 jusqu’au début des années 1990 – 45,8 des femmes et 39,1 % des femmes ont le bac, 29,9 et 27 % sont diplômés du supérieur. En dépit de cette population de plus en plus diplômée, les salaires stagnent quand ils ne régressent pas, les fermetures d’usines et de commerces se poursuivent, la précarité et le chômage de masse est la règle. Ce qui, forcément, nourrit rancœurs et frustrations, cela d’autant que ces mêmes études coûtent de plus en plus cher et que nombre d’étudiants sont contraints de s’endetter. De deux choses l’une : ou les responsables politiques et économiques de l’Hexagone – et plus largement de l’Union européenne – sont d’une impéritie crasse, ou ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, c’est-à-dire un nivellement par le bas, tout en prétendant le contraire.

La France et la Suisse, deux modèles que tout oppose
Le contraste est saisissant avec les résultats obtenus par un de nos voisins, le seul qui ait conservé son indépendance. La Suisse affiche ainsi un niveau de chômage de 3 % et un salaire moyen supérieur de 215 % à son équivalent français. En outre, la différence entre salaires moyen et médian n’y est que de 7,7 %, contre 13,6 % en France, ce qui signifie que les inégalités salariales sont presque deux fois supérieures dans l’Hexagone. Quant à la fameuse dette, elle s’élevait à 3 345,8 milliards d’euros, soit 114 % du PIB français au premier trimestre 2025, et à 142 milliards de francs suisses, soit 17 % du PIB suisse. Selon les prévisions des autorités helvétiques, ce pourcentage devrait même s’établir à 16,8 % en 2026, la dette progressant moins vite que le PIB. Le fait que la Suisse ait choisi de conserver son industrie – car c’est un choix, comme l’a été celui des délocalisations en France – et de se spécialiser dans les produits haut de gamme made in Swiss – et non pas made in Italy ou made in Portugal comme les produits de luxe des marques françaises – lui permettent d’engranger, chaque mois, chaque année, de confortables excédents commerciaux, malgré un coût du travail très élevé.

Autre différence fondamentale entre les deux pays : les autorités suisses consultent régulièrement leur population. Plus incroyable encore pour nombre de décideurs français : elles tiennent compte de son avis.
Depuis la crise du Covid et le déclenchement des hostilités en Ukraine, la situation des pays de l’Union européenne ne cesse de se dégrader. Grâce à son indépendance, pour l’instant préservée – mais pour combien de temps encore ? –, la Suisse échappe quant à elle au marasme. Sa production manufacturière s’accroît d’année en année, quand celle de son puissant voisin du Nord s’effondre. Quant à celle de son voisin de l’Ouest…




