
La pascaline restera en France ! Pour l’instant en tout cas, mais après ? Cette machine inventée par Blaise Pascal, illustre mathématicien, physicien, philosophe et théologien français, devait pourtant quitter le territoire. En effet, les autorités ne s’étaient pas opposées à ce que ce trésor national finisse entre les mains – ou plutôt dans les coffres – d’un riche collectionneur étranger. L’objet devait être mis aux enchères par Christie’s le 19 novembre dernier, lors de la vente de la collection constituée par Léon Parcé, polytechnicien et admirateur de Pascal décédé il y a près d’un demi-siècle, en 1979.
De piètres défenseurs du patrimoine hexagonal
La grande maison de vente aux enchères a finalement retiré la pascaline de la vente après que le tribunal administratif de Paris a interdit, provisoirement, que le premier calculateur au monde ne sorte du territoire. Il a fallu pour cela que plusieurs associations et professeurs lancent une pétition, publient une tribune et finalement saisissent la justice. La ministre de la Culture et les autorités compétentes, en l’occurrence un expert du centre national des Arts et Métiers et un autre du musée du Louvre, avaient quant à eux donné leur accord pour que la vente ait lieu. Après le vol rocambolesque du 19 octobre dernier – soit un mois jour pour jour avant la vente –, le Louvre ne semble décidément pas être le meilleur défenseur du patrimoine national. Mais ce n’est pas le seul, puisque si la maison Christie’s a son siège à Londres, elle est la propriété de la holding Artemis, autrement dit de la famille Pineau – notamment propriétaire de Kering – depuis 1998.
Fabriquée en 1642, la pascaline en question est pourtant un des huit derniers exemplaires qui ont résisté à l’usure du temps, aux presque quatre siècles qui se sont écoulés depuis leur fabrication.

Génies d’hier, génies d’aujourd’hui
Alors que les grands « inventeurs » contemporains, que sont notamment Bill Gates, Mark Zuckerberg, Elon Musk ou Jeff Bezos, doivent pour beaucoup leurs gloire et fortune au labeur de ceux qu’ils emploient, Blaise Pascal a inventé seul, à 19 ans, la première machine à calculer, lointain ancêtre de l’ordinateur. Le futur supercalculateur français, qui dès 2026 pourra effectuer 1 milliard de milliards de calculs par seconde, reposera quant à lui sur des technologies venues d’outre-Atlantique*. Les pouvoirs publics – mais aussi les décideurs économiques, les médias – ne cessent d’ailleurs de dresser des lauriers aux génies du Nouveau Monde, déplorant que la vieille France ne soit pas capable d’en produire. Au moins pourraient-ils tout mettre en œuvre pour que les génies d’autrefois ne soient pas pillés. Ne suffit-il pas que nombre d’entreprises tricolores fassent très régulièrement l’objet de rachats, d’OPA et de prises de contrôle par des concurrents étrangers, américains en particulier ? Faut-il qu’en plus de son présent, l’Hexagone laisse d’autres s’offrir son passé ?
* SiPearl, une start-up née en France, qui est financée par l’Union européenne et dont les puces sont fabriquées à Taïwan, équipera également, pour la première fois, une machine assemblée par le Français Eviden.




