L’électricité s’échange en permanence entre membres de l’Union européenne et pays voisins. La France, le principal exportateur, est au cœur de ce dispositif. © Capture écran electricitymaps.com

En 2022, la France a importé plus d’électricité qu’elle n’en a exporté. Une première depuis 1980, alors que le parc français de centrales nucléaires n’était encore qu’en partie construit. Et ce n’est pas une coïncidence, puisqu’une proportion importante des réacteurs de ces mêmes centrales était à l’arrêt en 2022. Cet épisode a mis en lumière la fragilité énergétique tricolore, d’autant que le pays doit désormais se fournir outre-Atlantique en gaz et en pétrole, au prix fort. Or, si la France est redevenue exportatrice d’électricité en 2024 – elle a même battu ses précédents records d’exportation –, elle consomme toujours plus d’énergies fossiles que d’électricité – environ 60 % pour les premières et 40 % pour la seconde.

Convertir les acteurs économiques à l’électricité

Si l’Hexagone est exportateur net d’électricité, c’est parce qu’il en produit plus qu’il n’en consomme. La montée en puissance de l’EPR de Flamanville, qui est enfin entré en activité, devrait, au moins provisoirement, contribuer à accroître cette production. D’aucuns souhaiteraient par conséquent que les consommateurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers, se convertissent à l’électricité. Cela contribuerait à réduire la dépendance énergétique du pays – même s’il doit importer l’uranium de ses centrales – et permettrait de décarboner son économie.

La production d’électricité de l’Hexagone s’appuie principalement sur les centrales nucléaires, sur les diverses installations d’énergie renouvelables et, à la marge, sur le gaz. © Capture écran electricitymaps.com


La rénovation, la modernisation et la montée en puissance des centrales hydroélectriques ainsi que le développement de nouvelles stations de transfert d’énergie par pompage (Step) contribueraient également à diminuer cette dépendance, comme le fera à terme la mise en service plusieurs parcs éoliens offshores. Il en est de même de nouvelles centrales photovoltaïques, à condition toutefois que les projets de construction d’usines géantes de fabrication de cellules et de modules, près de Marseille et en Lorraine, n’en restent pas au stade de projets.

Le plus grand gisement d’hydrogène au monde

C’est également en Lorraine qu’une importante découverte a été faite à la fin de l’année 2023. Les équipes de GeoRessources, un laboratoire qui travaille sous la tutelle de l’Université de Lorraine et du CNRS, ont mis au jour un gisement considérable d’hydrogène naturel, ou hydrogène blanc. Contrairement aux autres hydrogènes – brun, gris, bleu, jaune ou vert –, l’hydrogène blanc est une source d’énergie primaire, qui n’a pas besoin d’une autre source d’énergie, que ce soit le charbon, le gaz ou l’électricité, pour être produit. Mieux : selon les responsables de GeoRessources, cet hydrogène serait même renouvelable, son processus de formation ne nécessitant que quelques semaines, voire quelques mois. Bref, il s’agirait d’une sorte de source d’énergie idéale, à la fois naturelle, abondante et peut-être « infinie ». Des gisements d’hydrogène blanc ont également été détectés en Aquitaine et dans les Pyrénées, mais celui de Lorraine serait, à ce jour, le plus important jamais découvert dans le monde. Celui-ci permettrait, s’il est exploité, de faire de l’Hexagone un important producteur et exportateur d’hydrogène.

Hier industrielle, prospère et polluée, la Lorraine renaîtra-t-elle de ses cendres grâce à l’hydrogène naturel, sans pour autant sacrifier son environnement ? © DR

Remplacer à terme les énergies fossiles

Mais encore faut-il pour cela que scientifiques et ingénieurs sachent exploiter et transporter cette richesse, ce qui n’est pas le cas en 2025. En attendant, il y a les énergies fossiles. En France, le pétrole consommé l’est à 70 % par les voitures et les camions, par les tracteurs des agriculteurs et les engins de construction et de travaux publics, par les cargos qui rapatrient les produits dont on a délocalisé la fabrication ou encore par les avions. Les 30 % restants sont utilisés dans l’industrie – même s’il est de plus en plus remplacé par le gaz –, notamment dans la sidérurgie, la pétrochimie, l’industrie du verre ou celle du ciment. Et puis n’oublions pas que nombre de ménages français continuent de brûler du fioul domestique, donc du pétrole, pour se chauffer. Pour toutes ces utilisations ou presque, l’hydrogène pourrait potentiellement remplacer le pétrole ou le gaz. ArcelorMittal va ainsi tenter la décarbonation de sa production d’acier en utilisant l’hydrogène fourni par la start-up Genvia. C’est également grâce à celle-ci, dont elle est actionnaire, que l’entreprise Vicat entend décarboner sa production de ciment. Pour autant, il s’agit là d’hydrogène vert ou jaune, dont les promesses sont loin d’être tenues.

De nombreux espoirs déçus

Alstom a ainsi suspendu l’exploitation de ses trains à l’hydrogène. Pour ce qui est du transport routier, Renault a liquidé l’entreprise Hyvia tandis que Stellantis s’est désengagé de Symbio, mettant la jeune entreprise française en grand danger. Quant à McPhy, un fabricant tricolore d’électrolyseurs, il a été liquidé avant même l’entrée en service de son usine flambant neuve. Cependant, d’autres industriels croient toujours à l’hydrogène, mais avec une approche différente. FTP Industrial, fabricant italien – récemment passé sous pavillon indien avec sa maison mère Iveco – de moteurs pour véhicules industriels, a ainsi mis au point un moteur de camion qui fonctionne à l’hydrogène. Mais contrairement à Renault et à Stellantis, qui ont misé sur la combinaison d’une pile à hydrogène, de batteries et d’un moteur électrique, les ingénieurs français de FTP Industrial – le site de production est implanté en Bourgogne – ont opté pour un moteur à explosion traditionnel, qu’ils ont converti à l’hydrogène. Alstom a d’ailleurs fait la même chose sur une de ses locomotives… Cette option se révélera-t-elle plus fructueuse que la précédente ? Uniquement remplacer un carburant par un autre paraît plus simple – mais beaucoup moins silencieuse –, surtout si ce carburant existe à l’état naturel, en France.

Le train Alstom iLint à hydrogène a fait naître de nombreux espoirs, notamment celui de réduire, voire éliminer l’utilisation du diesel. Les résultats n’ont malheureusement pas été à la hauteur à ce jour. © Alstom

La découverte de gisements d’hydrogène blanc fait naître de nouveaux espoirs, sauf peut-être au sein des entreprises dont la spécialité est la production d’hydrogène vert. Que la France soit demain productrice et exportatrice d’électricité et d’hydrogène blanc peut rebattre les cartes, que ce soit en matière de pollution, de déficit commercial, de dette et d’indépendance. Mais encore faut-il pour cela qu’elle sache exploiter cette nouvelle richesse, potentiellement propre, abondante et renouvelable. Pour l’instant, il ne s’agit encore que de perspectives réjouissantes. Mais en des temps qui en manquent singulièrement, c’est déjà beaucoup.