Délocaliser, ne pas délocaliser ? Logique économique implacable ou libre choix ? Les tenants de la concurrence et de la compétitivité à tout va semblent avoir gagné la bataille. La course à l’échalote se poursuit, les pays attractifs d’aujourd’hui figurant sur la liste des archaïques, des tracassiers, des loosers de demain. L’exemple de L’Irlande est à ce point édifiant : hier encore eldorado pour toutes les multinationales qui souhaitaient s’installer dans l’Union européenne, au point d’être accusé de dumping fiscal par d’autres membres de l’Union, le Dragon celtique – comme il était de bon ton de le surnommer – a aujourd’hui du plomb dans l’aile. L’immobilier s’effondre et les entreprises désertent. Ainsi Dell, qui a annoncé vouloir quitter l’Extrême-Ouest de L’UE pour se réfugier à l’Extrême-Est, en l’occurrence la Pologne, suivant en cela la dérive régulière des entreprises. En désertant ainsi, Dell emportera au passage 5% du PIB irlandais. A la recherche permanente des conditions fiscales et salariales les plus favorables, les entreprises n’ont donc pas fini de glisser vers l’Est, et avec elles leurs ex-salariés, mais vers la pauvreté. Alors, fatalité ? Un exemple en France. Guy Cotten avoue que l’entreprise qui porte son nom, et qui depuis quarante ans habille marins et pêcheurs, a elle aussi eu recours à la délocalisation : « Nous produisons en effet une gamme de vêtements de pluie que nous devrions acheter en Extrême-Orient, si nous n’avions pas décidé de les fabriquer nous-mêmes dans un atelier que nous contrôlons, à Madagascar. C’était cela où nous résoudre à ne plus vendre un seul vêtement vert aux ruraux, vignerons ou éleveurs. Cette solution nous à permis de rester présents dans les libres-services agricoles. »
Délocaliser pour fabriquer en France
Dans ce cas de figure, la délocalisation permettrait donc de rester fabricant, de conserver la main sur la production, quand bien même cela se ferait à des milliers de kilomètres de son port d’attache… Mais cela permet aussi, paradoxalement, de produire en France, comme l’explique ce patron breton :« Nous avons en fait scindé nos gammes : le professionnel pêche et le yachting, donc le haut de gamme, reste made in France, comme toute notre ligne de sacs de bord, nos polaires et nos vêtements loisirs. » Voici donc réconciliés les tenants des délocalisations et ceux du maintien de l’emploi en France… Mais à terme, le risque de voir les sites de production à bas coût grignoté petit à petit la charge de travail des usines françaises n’existe-t-il pas ? « Cela fait dix ans que nous avons opté pour cette solution, et c’est vrai qu’à présent, nous avons à Madagascar un atelier performant qui pourrait, si c’était nécessaire, produire des produits plus nobles… [l’atelier produit également des t-shirts en coton : NDLR] Mais nous évitons, car la priorité demeure le plein emploi pour notre personnel français. » Un personnel en passe d’habiller marins et pêcheurs de Norvège et de Nouvelle-Zélande, lassés de revêtir des tenues Made in China qui prennent l’eau au premier grain. Le Made in France serait-il taillé pour affronter le gros temps?
Cet article a été précédemment mis en ligne sur le site rue/eco89.com, le 17-1-09
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