Deux infos prises au hasard sur le site Internet de L’Usine Nouvelle… La première a pour titre : « Ego Paris déjoue la conjoncture sur le marché du meuble ». De quoi s’agit-il ? Pour tous ceux qui n’ont ni jardin ni piscine, précisons qu’Ego Paris est un fabricant français de meubles d’extérieur haut de gamme. Et pour lui, tout va pour le mieux : Ego Paris, créé en 2003, enregistre une croissance de 50% chaque année. Les meubles sont produits dans l’unique usine de l’entreprise, à Belleville, dans le Rhône. Les exportations partent vers vingt-cinq pays, notamment la Belgique et les Pays-Bas, principaux marchés de l’entreprise. Avec 40% du chiffre d’affaires, le marché français est cependant celui qui progresse le plus vite. Une santé insolente, à tel point que la direction a décidé de passer la vitesse supérieure et de faire appel à un fonds de capital-risque pour soutenir cette croissance et moderniser l’outil de production.

Bonne nouvelle. Enfin une entreprise florissante en France, ce n’est pas si courant aujourd’hui… Las, en guise de modernisation de l’outil industriel, la direction de l’entreprise entend certes construire une deuxième usine, mais un Tunisie. « La Tunisie est un bon compromis en termes de coût de la main d’œuvre et de proximité géographique. C’est un pays mid-cost, qui nous permettra de maintenir notre organisation en flux tendus », indique Jean Sommereux, le P-dg. Cette solution permettra à l’entreprise de limiter ses coûts et de mieux résister à la concurrence asiatique, précise le journaliste de L’Usine Nouvelle.

A ce jour pourtant, la fabrication en France ne semble pas avoir entravé la croissance de l’entreprise. Mieux, elle est probablement un atout, et le fait d’avoir ajouté « Paris » au nom de l’entreprise n’est pas innocent. Ainsi, sur le site Internet d’Ego Paris, on peut lire notamment : « Le recours à des matériaux nobles, le soin apporté aux détails et la finition haute-couture digne du meilleur artisanat français permettent aux meubles Ego Paris d’accéder aux extérieurs comme aux intérieurs les plus exigeants. » Ego Paris, c’est donc la haute-couture française du mobilier d’extérieur. Ni plus, ni moins. Et une fois installée en Tunisie, l‘entreprise vantera-t-elle autant les qualités de l’artisanat tunisien ?

Quelle fatalité ?
Aujourd’hui donc, quand une société se porte comme un charme et qu’elle peut créer des emplois, elle préfère le faire à l’étranger. Si c’est en effet trop souvent le cas, ça ne l’est pas toujours, heureusement. Une seconde information de
L’Usine Nouvelle nous apprend par exemple qu’Alsapan Furniture, qui produit des meubles en kit, va prochainement embaucher 50 personnes en Alsace. Pourtant, qui d’Ego Paris ou d’Alsapan devrait chercher à faire des économies dans un pays à bas coût ? La première, dont les produits se vendent en moyenne 1 000 euros pièce, ou la seconde, qui fournit entre autres des enseignes bon marché comme Ikéa ou Conforama? La décision d’implanter une deuxième usine de l’autre côté de la Méditerranée n’a probablement rien d’une fatalité économique. Il s’agit simplement d’un choix, comme l’est celle D’Alsapan Furniture d’étoffer ses effectifs en France. Quelle sera la prochaine étape pour Ego Paris ? Le transfert progressif de toute la production en Tunisie ? En profitera-t-elle pour remplacer son quelque peu « prétentieux » Ego Paris par un moins prestigieux, mais plus honnête, Ego Tunis ?