© Louis Quatorze

Louis Quatorze a vu le jour en France en 1980. Pourtant, dès ses débuts, c’est au Japon, à Hong Kong, à Singapour et à Taïwan que cette marque de de luxe prend son envol. En 1990, elle est d’ailleurs reprise par un homme d’affaires coréen, Joen de Taejin, qui en fait rapidement une marque de référence dans son pays.
Aujourd’hui, Taejin International revient aux racines françaises de la marque en ouvrant un bureau de création et de développement à Paris, Hôtel de Retz. Racines françaises certes, mais plus largement européennes puisque, même si la création des nouvelles collections a été confiée à Pierre-Louis Mascia et à Patricia Lerat, les différentes gammes de la marque sont en effet fabriquées un peu partout sur le continent.
La maroquinerie est ainsi confectionnée au Portugal, les parapluies et les foulards en soie et cachemire en Italie, les bijoux et les objets en verre pressé en Allemagne.
Et en France ? D’abord les peausseries, qui sont exclusivement fournies par Dupire, tanneries implantées dans le Maine-et-Loire. La ganterie ensuite, fabriquée à Saint-Junien, en Haute-Vienne, par Georges Morand. Enfin, bijoux et articles de passementerie — sacs, pochettes et autres ceintures — sont quant à eux confectionnés à Saint-Paul-en-Jarez, à proximité de Saint-Etienne, dans les ateliers du Prince du Sud, la marque de Bernard Serra.
Quelle ironie en tout cas de voir une entreprise aujourd’hui coréenne porter le nom d’un des souverains français les plus emblématiques, sous le règne duquel se développa le fameux colbertisme. Quelle ironie aussi que cette entreprise revienne en France pour y trouver techniques et savoir-faire que tant de grands noms de l’Hexagone s’empressent aujourd’hui d’abandonner, au profit de coûts de production plus intéressants. Ce cas d’école n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Huawei, le géant chinois des télécommunications, qui choisit la Bretagne il y a quelques années pour y implanter un bureau de R&D. Au même moment ou presque, Alcatel-Lucent, son concurrent franco-américain, y fermait au contraire la quasi-totalité de ses sites.
Il s’agit d’une guerre économique paraît-il. Peut-être, mais alors il est de plus en plus difficile de choisir son camp…