« On veut des pintades, on veut des pintades ! » Il y a de nombreuses années, cette publicité venait gaiement chatouiller les tympans des auditeurs de France Inter, juste avant le journal. On pouvait aussi entendre, en beaucoup moins décalée, des annonces pour Préfon retraite, qui s’adressait aux fonctionnaires. Après tout, France Inter était  — et est encore — une radio publique, pourquoi ne pas s’en servir pour s’adresser aux agents de l’Etat.

Puis petit à petit, ces messages publicitaires se sont insidieusement transformés, au point de s’adresser aujourd’hui à une catégorie d’auditeurs bien différente. On a ainsi pu entendre ces derniers mois des réclames qui vantaient le rendement exceptionnel de tel ou tel placement, d’autres qui faisaient la promotion des notaires, parfois celles des huissiers ou des avocats. Il y eut aussi une publicité qui conseillait amicalement aux chefs d’entreprise de proposer des chèques restaurants à leurs braves salariés. Sans oublier la voix d’une fillette qui, pour le compte d’une compagnie d’assurance, racontait que « sa maman s’était fait voler tous ses bijoux ». Plus récemment, une autre voix avançait doctement « qu’aujourd’hui, pour investir en Bourse, il faut vraiment s’y connaître ». Que nenni entendait-on alors dans le poste, grâce aux lumières de votre conseiller Crédit Agricole, ou Caisse d’Epargne, peu importe après tout, rien de plus facile. Puis vint le spot pour l’emprunt EDF, qui à l’entendre battait tous les record de rendement. Huissiers, avocats, chef d’entreprise, assurances, placements, banques, investissements boursiers, etc.

Elles sont où les pintades ? A moins qu’elles ne deviennent elles aussi objet de spéculation, comme jadis les tulipes, il y a peu de chance pour que l’on en entende à nouveau parler sur les ondes de France Inter. On a visiblement changé de radio, ou d’époque. L’année passée, une promotion pour le Pass GRL (garantie-risque-loyer) mettait en garde le gentil propriétaire contre le vilain locataire, cette souris, cette araignée qui « s’installe dans un appartement inhabité pour y tisser lentement sa toile. » Cette araignée  qu’ « il est très difficile de  déloger bien qu’elle ne paie aucun loyer et qu’elle dégrade considérablement les lieux ».

En ce moment, départs en vacances oblige, l’heure est à la SNCF. Il ne s’agit pas d’inciter le petit peuple à prendre le train et à laisser sa vielle voiture au garage, mais de faire vendre la première classe. Messages : « Quand on a voyagé en 1re classe, on s’habitue très vite à avoir plus d’espace » ; ou encore « Quand on a voyagé en 1re classe, on s’habitue très vite à être plus au calme ». Sous-entendu, ceux qui n’ont que les moyens de voyager en seconde — ce qui n’est déjà pas si mal — sont non seulement trop nombreux — des souris, des araignées ? —, mais ils sont incroyablement bruyants.  « TGV, plus de vie dans votre vie », conclut une douce jeune femme. Si la vie consiste à voyager entre notaires, banquiers, propriétaires et boursicoteurs, autant rester chez soi… A écouter une autre radio.