Les résultats de l’enquête de la NOAA (l’agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère) parue en février 2009 n’a pas eu beaucoup d’écho en France. Pourtant, elle révèle clairement que la pollution provoquée par le transport de marchandises sur les océans est plus importante que celle occasionnée par tous les véhicules circulant sur la terre ferme.
A eux seuls, selon les explications du Guardian (en anglais), les quinze plus gros cargos et porte-conteneurs polluent autant que les 760 millions de voitures qui roulent sur toutes les routes de tous les pays du monde. Et au total, ce sont 90 000 cargos qui sillonnent les océans, utilisant pour cela un carburant 2 000 fois plus polluant que ceux utilisés par les véhicules terrestres. Environ 70 % des « polluants maritimes » sont émis à moins de 400 kilomètres des côtes, ce qui bien entendu n’est pas sans effet sur la santé des populations. Les USA et le Canada ont d’ailleurs prévu de mettre en place une de zone sanitaire autour de leur pays, à l’intérieur de laquelle les navires de transport de marchandises n’auront pas le droit de circuler. Les autorités américaines espèrent ainsi épargner la vie de 8 000 personnes, sur les 60 000 qui meurent chaque année des conséquences du transport de marchandises.

Combien de victimes en France ?
Et en Europe ? Au Danemark, on estime qu’un millier de femmes et d’hommes meurent tous les ans, victimes indirectes de la mondialisation. Et combien en Bretagne, en Normandie et dans le Nord de la France, régions baignées par la Manche, sur laquelle transitent 20 % du trafic maritime mondial, ce qui en fait la zone maritime la plus fréquentée du globe ?
La délocalisation des activités industrielles vers l’Est et le Sud provoque au moins autant de dégâts environnementaux que de misère humaine. On sait depuis longtemps qu’elle engendre l’exploitation éhontée de la main-d’œuvre du Sud par les entreprises du Nord, dans les usines et dans les soutes des cargos. On sait aussi qu’elle ruine les ex régions industrielles et laisse des millions de femmes et d’hommes sans travail. On apprend aujourd’hui que cette organisation du commerce mondial tue, concrètement, des dizaines, probablement des centaines de milliers d’habitants partout dans le monde. Et plus particulièrement dans l’hémisphère Nord, où se concentrent 85% des polluants émis par les bateaux. Faut-il alors sincèrement s’attrister des difficultés aujourd’hui rencontrées par le Français CMA CGM, lui qui a si grassement profité de l’explosion du transport de marchandises par bateaux ces dernières années ? L’Etat pourrait venir en aide à cette entreprise pour le biais du FSI (Fonds stratégique d’investissement), au nom de la sauvegarde de l’emploi sans doute. Mais à ce propos, combien d’emplois industriels français CMA CGM a-t-elle indirectement contribué à détruire, par sa seule activité ? Combien de dockers ont-ils perdu leur travail à cause de la généralisation du transport par conteneurs ? Il suffit en effet de quelques grues pour déplacer et empiler les immenses boîtes en ferraille.
Finalement, le prix d’une paire de chaussures ou d’une veste de ski made in China est beaucoup, beaucoup plus élevé qu’il n’y paraît. Mais attention, c’est également le cas d’un t-shirt ou d’un jeans en coton bio, fabriqués dans de sympathiques petits ateliers familiaux, en Inde, au Pérou ou en Turquie…