Le marché de l’immobilier repart à la hausse. Excellente nouvelle. En effet, les quelques miettes que l’énorme gâteau immobilier a semées ces derniers mois ne laissaient pas d’inquiéter les constructeurs, les agences immobilières, les banques, les notaires, les collectivités territoriales et l’Etat, qui perçoivent leur écot à chaque transaction, etc. Sans oublier les petits propriétaires, endettés sur vingt-cinq ou trente ans, qui ne voyaient pas non plus d’un bon œil leur précieux bien se dévaloriser. Et que dire des propriétaires, plus gros, dont le métier consiste à percevoir chaque mois les sommes que leur versent leurs locataires… Pour toutes ces parties prenantes, la stagnation et, pis encore, la baisse des prix de l’immobilier n’est vraiment pas une bonne chose. Et pour les autres, malgré tout plus nombreux ? Pour les locataires qui doivent chaque année trouver un moyen de payer l’augmentation systématique de leur loyer, alors que leur revenu suit une courbe inverse ? Ils peuvent toujours acheter leur logement me direz-vous… C’est vrai, et dans ce cas, ce n’est plus au propriétaire qu’ils rendront un tiers ou la moitié de l’argent qu’ils ont mis un mois à gagner, mais à un banquier. C’est une question de choix.
Mais ne nous attardons pas sur le terrain sensible de la « sainte propriété privée », qui peut facilement crisper beaucoup de monde et brouiller les meilleurs amis… Et pourtant. Les conséquences du gonflement artificiel et entretenu des prix de l’immobilier ne concernent pas que les particuliers qui paient à d’autres le droit d’avoir un toit au-dessus de la tête. Ces conséquences concernent aussi les entreprises, les PME , les artisans, etc.

Etiquettes made in France
Il y a quelques années, au plus fort de la bulle, le timide boucher du coin de ma rue a dû mettre la clé sous la porte et chercher « un patron » qui accepte de l’employer, malgré sa cinquantaine depuis longtemps sonnée. Impossible de faire face à l’augmentation de son loyer. Impossible également de trouver une autre échoppe abordable. Fermée la boucherie. Le local est resté vacant de nombreux mois, avant d’être finalement loué par une agence immobilière.
Pas plus tard que le week-end dernier, histoire de participer moi aussi à la grande fête des soldes d’hiver, j’ai poussé la porte d’une petite boutique du XIVe arrondissement de Paris. Spécialité maison : le vêtement marin. Outre les produits Guy Cotten, on y trouve des cabans et des duffle-coats Le Glazik, des pulls Saint-James, des chaussures Botalo, des bottes Aigle, etc. Bref, des productions presque exclusivement locales. Une sorte de voyage quinze ou vingt années dans le passé. Il y a probablement plus d’étiquettes « Fabriqué en France » dans ces 30 ou 40 m2 que dans les Galeries Lafayette et Le Printemps réunis… Au détour d’une conversation, la maîtresse des lieux nous apprend la fermeture définitive de la boutique en février prochain. Demain donc. La raison ? L’augmentation du loyer exigée par le propriétaire. Depuis l’ouverture, il y a quinze ans, les tarifs affichés dans ce magasin ont toujours été ceux pratiqués dans l’autre boutique Guy Cotten, à Concarneau. Pas des prix spécialement étudiés pour la richissime clientèle parisienne. Non, de pauvres petits prix provinciaux… Faute d’avoir fait hier suffisamment de gras sur le dos de ses clients, la direction ne peut pas aujourd’hui supporter l’augmentation du loyer qu’on lui impose. Là aussi, fermeture de la boutique et licenciement de la responsable.
Mais finalement, quelle importance a cette péripétie ? Les affaires continueront. Demain s’installera une agence, bancaire ou immobilière, peut-être un magasin, maillon d’une grande chaîne de prêt-à-porter. Celui-ci pourra sans souci satisfaire aux exigences du propriétaire des murs. Il lui suffira pour cela de rogner un peu sur les marges généreuses que la fabrication chinoise de ses collections autorise. Mieux, il pourra même augmenter ses prix pour répercuter les augmentations du loyer. Histoires de rendre les tarifs plus parisiens encore…
Alors oui, la reprise du marché de l’immobilier est une très bonne nouvelle. Tant pis pour les parkas et les polaires fabriquées dans le Finistère. Et tant pour celle qui les vendait.