Et hop !, 20 milliards d’euros dans l’escarcelle de la France. Cocorico ! Pourtant, ce volet commercial de la visite du numéro 1 chinois dans l’Hexagone début novembre 2010 n’est pas le plus intéressant. Signés par les autorités chinoises avec des multinationales, ces contrats — d’aucuns affirment qu’ils n’ont d’aillleurs rien de mirobolant — concernent en effet des projets qui se concrétiseront intégralement en Chine. Mis à part peut-être quelques Airbus en partie fabriqués en France… Ainsi, Areva fournira du combustible nucléaire, Alcatel-Lucent — qui a délocalisé tous ses sites de production français — des équipements de télécommunication à des opérateurs locaux, Total construira une usine de transformation du charbon, etc. Pourquoi alors se réjouir de ces milliards d’euros, alors qu’ils ne transiteront probablement jamais par l’Hexagone et n’empêcheront en rien licenciements, délocalisations et transferts de technologie ? Que de gros actionnaires s’en satisfassent, d’accord, mais le grand public ?

Investissements directs en France
En revanche, que les Chinois décident d’investir directement en France est peut-être plus porteur d’avenir. Puisque nombre d’entreprises françaises ne le font plus, pourquoi ne pas compter sur les chinoises ? Après tout, au lendemain la Seconde Guerre mondiale, des sociétés américaines sont venues s’implanter ici pour s’ouvrir de nouveaux marchés, pour asseoir leur puissance et leur domination, participant à la reconstruction du pays et fournissant du travail à ses habitants. Mais c’était hier. Aujourd’hui, ces entreprises « du nouveau monde » ont pour l’essentiel déserté. Place à la nouvel super puissance : la Chine.
Ainsi, le projet de plate-forme de coopération économique entre la France et la Chine, dans les tiroirs depuis 2007, se concrétise. Baptisé Châteauroux Business District, il est censé « générer dans un premier temps 500 millions d’euros d’investissements chinois et la création de 4 000 emplois directs, dont 80% français », a expliqué Jean-François Mayet, sénateur-maire de Châteauroux. Qui poursuit : « Des produits seront assemblés à partir de composants en provenance de Chine et bénéficieront de la haute valeur ajoutée française en matière de recherche et développement. » Certains stigmatisent déjà des produits de mauvaise qualité qui porteront le label made in France. Pourtant, ces composants chinois figurant déjà dans la majorité des produits commercialisés par les entreprises françaises, il n’y a pas de quoi s’alarmer. Seule l’étiquette changera. Et puis pourquoi redouter comme patron un industriel chinois plus qu’un quelconque financier français ?
Des craintes se font jour, cependant : « La région apportera son soutien, mais pour la création d’emplois effectifs  (…) Actuellement, aucune zone d’activité économique ne peut avancer un tel volume d’emplois », a précisé Marie-Madeleine Mialot, vice-présidente de la région Centre, en charge des affaires économiques. Sous-entendu : pas question d’accorder des subventions à des entreprises qui ne créent pas d’emplois, comme c’est trop souvent le cas. Mais heureusement, le pire n’est jamais sûr.

Chevalier blanc
L’exemple des moteurs Baudoin est à cet égard édifiant. Rachetée en 2004 par la société française d’investissement Axa Private Equity, l’entreprise Moteurs Baudoin décide — comme  toujours — d’externaliser l’usinage pour en réduire le coût de 30%. Puis arrive la crise. Alors que l’entreprise espère un refinancement par la banque Fortis, celle-ci, prise dans la tourmente financière qui lui a fait perdre plusieurs milliards d’euros, jette l’éponge. C’est le dépôt de bilan. C’est alors que surgit un chevalier blanc, venu de Chine. Le groupe Weichai reprend les Moteurs Baudouin début 2009 pour en faire sa vitrine en Occident. Contrairement à ce qui se pratique d’ordinaire, le groupe garde tous les salariés, conserve les acquis et rachète même l’usinage externalisé pour développer l’activité en France. Résultat : l’entreprise tourne à plein régime et la production annuelle devrait à l’avenir passer de 150 à 400 pièces. Pour le responsable français de Baudoin Moteurs, le dépôt de bilan qui lui a été imposé est au final une très bonne chose. Sans la venue des « vilains » Chinois en effet, ses salariés auraient tous été licenciés. Et l’entreprise aurait probablement disparu.