© Edition sous Etiquette et Horstaxe

Si designers et graphistes sont nombreux à ne prendre en compte que leur travail, à savoir l’amont, et à négliger l’aval, donc la fabrication, il y en a heureusement d’autres qui considèrent la création comme un ensemble. Du premier trait à l’objet fini, ces créatifs s’intéressent à toutes les étapes de la production. Pour ce faire, ils sélectionnent soigneusement leurs fournisseurs et les recherchent de préférence à proximité. Ils parviennent alors à tisser avec eux des liens solides, la conception et la fabrication d’un objet devenant un vrai travail d’équipe.
Les membres d’Editions sous étiquette (ÉSÉ) mettent ainsi tout en œuvre pour trouver les fournisseurs qui, là, juste à côté de Saint-Etienne, pourront produire leurs créations. « Nous avons par exemple trouvé un spécialiste de l’électricité automobile pour produire le fil en coton tressé de notre lampe I Miss Swan, explique son créateur, François Mageol, un des trois fondateurs d’ÉSÉ. Un industriel qui, du coup, s’est découvert une activité complémentaire qu’il n’aurait pas forcément imaginée… C’est également à ce tout jeune designer que l’on doit Usine occupée, une pièce de bois qui figure une usine. Sur l’étiquette — qui en plus d’être un emballage est aussi un pochoir — de cet objet décoratif pour la maison en cèdre de la Loire , on peut lire « Ma petite entreprise », ainsi que « Travailler à l’usine, ne pas chômer »… Chez ÉSÉ, les motivations graphiques, écologiques et sociales sont indissociables. Éclectique, cette jeune maison d’édition a également créé un soliflor, un économiseur d’écran, une typographie à charger sur son ordinateur, ou encore un magnifique tapis, tissé par la Manufacture de Moroges, en Saône-et-Loire.
C’est le même désir de s’inscrire dans un tissu industriel local qui a poussé Horstaxe, un studio de création graphique implanté à Strasbourg, à se lancer dans l’édition d’affiches pour la maison. Il s’agit pour les cinq membres de ce studio de « placer le graphisme hors de ses champs habituels, pour le voir dans nos intérieurs, sur nos murs, nos tables… ». Pour l’instant — cette activité a été lancée en janvier dernier —, Horstaxe édite quatre collections d’affiches, numérotées et déclinées en quatre thèmes. L’un d’eux, baptisé Trauma, est un « état des lieux d’une réalité visuelle ». Les affiches de cette série « sont des visions d’une époque en mutation, où les changements tant environnementaux qu’économiques interrogent ». Le graphisme de ces affiches est réalisé en interne. Elles sont ensuite imprimées par un sérigraphe local sur du papier 250 g certifié PEFC. Horstaxe entend bientôt étendre ses productions au textile, à des objets design, etc. Et tous seront produits dans l’Hexagone.
Sur les sites Internet de ces deux « entreprises graphiques », on remarque ici et là des photos d’ateliers, de sites de production. Ce sont des images d’hommes au travail qui, avec leurs mains et leurs machines, donnent vie aux projets des créatifs. Parce que séparer la tête et les mains ne peut pas être viable très longtemps.

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