Un lingot ? Non, la boîte des lunettes solaires Nu, de chez Atol. Un des premiers produits labellisés.

Exit le fameux et décrié made in France, place au nouveau « Origine France Garantie ». Un an après avoir présenté son rapport sur le made in France, Yves Jégo a en effet dévoilé le nouveau label — le 19 mai à l’Assemblée nationale —, qui est censé faire taire les critiques quant à la fiabilité des traditionnels « certificats de fabrication ». Jusqu’à présent en effet, il suffit de se conformer au code des Douanes et de prouver que « 45 % de la valeur ajoutée sont réalisés sur le territoire français, ou que la dernière ouvraison principale y est effectuée » pour qu’un produit soit considéré comme français. Pas très draconien en effet. Et que propose en échange le nouveau label ? Que 50 % de la valeur ajoutée soient d’origine française et — et non plus « ou » — que le produit prenne ses caractéristiques essentielles en France. Cette définition est suffisamment large pour pouvoir s’appliquer à nombre de secteurs d’activités. Mais elle l’est aussi pour entretenir à nouveau un certain flou.
Que faire pour décrocher le précieux sésame, géré par Pro France, une association créée pour l’occasion ? Il faut d’abord qu’une entreprise en fasse la demande ; il faut ensuite qu’elle envoie les documents demandés. Au vu des documents fournis, un label provisoire est attribué au bout de trois semaines. Un audit sur site est ensuite réalisé par Bureau Veritas au cours des six premiers mois, cela afin d’attribuer le label définitif. Enfin, un nouvel audit est prévu chaque année pour maintenir le label.

Aucune obligation
Comment les marques qui font intégralement fabriquer leurs produits par différents sous-traitants feront-elles labelliser leurs produits ? De même, qu’adviendra-t-il demain de celles qui produisent intégralement dans l’Hexagone ? Elles se trouveront en fait dans une situation identique à celle d’aujourd’hui : elles se verront attribuer le même label que d’autres entreprises qui réalisent près de 50% de leur valeur ajoutée hors de l’Hexagone. La seule différence sera qu’elles devront demain payer leur diplôme « Origine France Garantie ». Soit pour une PME, selon M. Etienne Casal, de Bureau Veritas, l’équivalent d’un abonnement iPhone d’un an (sic). Que vont devenir les anciens « made in France », « fabriqué en France » et « fabrication française »? Seront-ils supprimés, interdits ? Si ce n’est pas le cas, le nouveau label va tout simplement s’ajouter aux précédents, sans apporter pour autant une vraie garantie aux consommateurs. Car ce nouveau label n’est en rien obligatoire. Il est volontaire et seules les entreprises qui le souhaitent se feront labelliser. Pour M. Borloo, qui a clos la présentation, « La mondialisation est devenue la confusion et le désordre ». Il a également affirmé « vouloir se battre pour rendre le marquage obligatoire en Europe », ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ce serait effectivement la première des choses à faire…

Hermès et Coca, même label…
Selon M. Jacques Martin Lalande, membre du Groupement de la Façon française, les industriels du luxe sont mitigés quant à ce nouveau label. Pour ceux qui ont délocalisé depuis longtemps leur production, la question ne se pose pas. Ils ne le demanderont jamais et les affaires continueront comme avant (à moins que les consommateurs ne se rebiffent ?). Mais ceux qui ont choisi de préserver intégralement ou en partie leur savoir-faire dans l’Hexagone sont également partagés. Ces grands noms, comme Hermès bien entendu, bénéficient en effet de la confiance de leurs clients. Ces derniers achètent très cher des produits d’exception qu’ils savent confectionnés en France. Ces industriels n’ont probablement pas très envie de voir leur capital « fabrication française garantie » partagé avec d’autres qui vendent des marchandises beaucoup moins élitistes. Du coup, les deux ou trois derniers vrais fabricants français de luxe demanderont-ils ce nouveau « passeport », alors qu’on risque de le trouver collé sur une bouteille de Coca-Cola ?
Pas sûr…
La démarche et le désir de mettre de l’ordre sont sans doute sincères, les intentions bonnes. Mais tant que les industriels n’auront pas l’obligation de préciser le pays de fabrication de leurs produits, cela sera vain. Ils n’affichaient pas de made in France hier, ils n’afficheront pas davantage d’« Origine France Garantie » demain… Enfin, autant la notion d’« origine » se justifie et se comprend dans le cadre des AOC, autant elle est pour le moins ambiguë pour les productions industrielles. Pour ces dernières en effet l’origine, la création, a été totalement dissociée de la production. Combien de marques françaises jouent-elles désormais sur leur création, leur design et leur histoire, sur leurs origine française justement — ou mieux, parisiennes ! —, pour vendre cher des produits manufacturés en Chine, en Tunisie ou ailleurs ? L’important n’est pas ce qu’elles étaient hier. Ce qui compte est ce qu’elles sont, ce qu’elles fabriquent réellement et ce qu’elles vendent aujourd’hui.