A défaut de pouvoir se l’offrir, l’écouter pendant deux heures est déjà un privilège…

Fixé au mur, le D-Premier de Devialet est sobre et élégant. Seul un petit cercle blanc illumine la surface en aluminium polie où se reflète l’auditorium qui lui fait face.
Dans un coin de la grande pièce, deux jeunes hommes envoient la musique à partir d’un simple ordinateur portable. A proximité, une jeune femme penchée sur un autre portable pilote à distance un projecteur. Il s’agit de projeter sur un mur blanc des informations relatives au morceau diffusé.
Un trentaine de personnes sont confortablement installées dans les fauteuils de l’auditorium Devialet, implanté dans le deuxième arrondissement de Paris. Tous se sont inscrits pour venir écouter, découvrir — voire de redécouvrir — de la musique sur un appareil haute-fidélité que l’on dit révolutionnaire.
La sélection musicale est éclectique — pop, soul, danse, jazz, classique… — et le maître de cérémonie, lui même invité par Devialet, maîtrise parfaitement son sujet.
Dès les premières notes, la puissance sonore saute aux oreilles. Comment un appareil de 40 x 40 cm ne mesurant que 4,5 cm d’épaisseur peut-il faire preuve d’autant d’énergie ? Et encore, le volume a semble-t-il été réglé à un niveau très raisonnable pour le voisinage. Comment le D-Premier peut-il fournir 2 x 240 watts de puissance ? Mystère de la technologie, d’autant que le D-Premier n’est pas seulement un amplificateur : c’est un appareil d’un genre nouveau destiné demain à remplacer quelques dizaines de kilos de matériel haut-fidélité.

Un seul D-Premier blanc fixé au mur ou un duo en aluminium brossé simplement posé ?

Un seul D-Premier blanc fixé au mur ou un duo en aluminium brossé simplement posé ? © LFH et Devialet

Pour le faire fonctionner, il suffit d’un ordinateur qui fournit le flux musical et d’une paire d’enceintes. Et bien sûr de sa jolie télécommande sur laquelle trône un gros potentiomètre que souligne trois petits boutons. Même les câbles sont inutiles puisque la transmission se fait sans fil. Rien n’interdit cependant de brancher un platine vinyle ou CD, un tuner ou une télé. Le D-Premier a simplement vocation à devenir le centre, le cerveau de toute installation audio, quelle qu’elle soit.
Après la puissance surgit la dynamique : standard du jazz enregistré dans les années quarante ou hit de danse mixé en 2012, le résultat est le même. C’est bluffant. Il n’y a plus ni restitution vieillotte ni explosion numérique. Il y a la musique, c’est tout.
Et puis il y a la clarté, la limpidité. Tout ce que les ingénieurs du son se sont — justement — ingéniés à créer depuis que l’enregistrement existe est ici révélé. De longues heures de redécouverte en perspective…
Grâce aux nombreux brevets déposés par Devialet, en particulier l’ADH® — Analog Digital Hybrid —, Devialet parvient à combiner la chaleur et la douceur du vinyle à l’énergie et la précision du CD. Bref, c’est le mariage d’hier et d’aujourd’hui, voire de demain, la parfaite union de l’analogique et du numérique. Selon Devialet, peu importent la source et le format du morceau musical — à condition qu’il ne soit pas compressé, car une information perdue est perdue —, car c’est le D-Premier qui se charge de tout et qui magnifie la musique. Encore une fois, un simple ordinateur suffit à remplacer la platine CD la plus performante. Et si les colonnes Magico associées pour l’occasion au D-Premier coûtent plusieurs milliers d’euros, des enceintes bibliothèque de bonne qualité suffiraient pour laisser la musique s’épanouir. A vérifier…

Pas un seul fil, pas une soudure… © Devialet

Pas un seul fil, pas une soudure… © Devialet

Initialement, le D-Premier — conçu à Paris et fabriqué en Normandie — était un démonstrateur, seulement destiné à mettre en œuvre les brevets de l’entreprise. Il ne devait pas être commercialisé. Mais les mélomanes en ont décidé autrement… A ce jour, plus de 1 500 unités ont été vendus, pour 90 % à l’étranger. Et pas de risque de voir demain arriver un remplaçant plus performant. Chez Devialet, pas d’obsolescence programmée ; le logiciel qui pilote le D-Premier est gratuitement actualisé. Il suffit pour cela de se rendre sur le site Internet de l’entreprise et de télécharger la mise à jour. Car si le le D-Premier est un appareil hifi hors pair et luxueux, c’est aussi un bijou informatique, dont la mise au point a nécessité près de 150 000 lignes de code…
L’objectif de Devialet est de démocratiser sa technologie, aujourd’hui commercialisée près de 12 000 euros. L’arrivée récente de nouveaux actionnaires de poids — MM. Arnault (LVMH), Niel (Iliade-Free), Simoncini (Meetic) et Granjon (Vente privée) — doit l’y aider. L’équipe est à la fois confiante et ambitieuse. Nombre de projets attendent dans les tiroirs, qui ne concernent pas que la hifi. Devialet n’entend pas rester une petite entreprise de luxe française uniquement réservée aux plus fortunés. Une bonne nouvelle alors que les anciens géants nationaux de l’électronique, Thomson et Alcatel en particulier, poursuivent leurs descentes aux enfers. Une chose est sûre — et même si dresser un parallèle entre ces deux entreprises et le nouveau venu est bien sûr prématuré —, si Devialet réussit sa mue pour s’adresser au plus grand nombre, les appareils audio actuels (hifi, télévision, auto-radio, etc.) prendront un sacré coup de vieux.

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